Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 2
DOVEN
Je rêve ? Mais bordel ! Dites-moi que je rêve !
Je n’arrive pas à croire que ma sœur se soit mis en tête de partir vivre avec Callista.
Enfin si peut-être…
Il faut être honnête : crécher avec quatre mecs ne doit pas être pratique pour elle.
Mais d’ici à emménager avec mon ex, c’est un peu dur à avaler…
J’ai tellement flippé en les trouvant en pleine discussion dans ce café. Ma première pensée a été que je venais de tomber dans un traquenard organisé de toutes pièces par Callista avec la complicité d’Autumn pour me contraindre à revenir sur notre rupture et tenter de nous rabibocher.
Mais non ! Ça ne concernait qu’Autumn…
Est-ce vraiment surprenant finalement ? Il y a des semaines que Callie n’essaie plus de m’aborder ou de me reconquérir. À croire qu’elle s’en moque, que ça n’a aucune espèce d’importance.
Au début, elle inondait mon téléphone de SMS, de messages vocaux dans lesquels elle me présentait ses excuses et où elle me suppliait de l’appeler. Ça a duré un moment. Mais du jour au lendemain, un peu avant la rentrée, elle s’est plongée dans le mutisme. Un silence que je ne m’explique pas.
Non pas que je sois là à attendre qu’elle se roule à mes pieds…
Ce qu’il y a c’est que je suis hanté par cette image d’elle bouleversée lorsque j’ai débarqué chez elle cet été. Une visite que je ne suis pas près d’oublier puisque j’ai compris, à ce moment-là, qu’elle couchait avec Parker. Elle souffrait lorsque je l’ai laissée sur le bord de la route et ce n’a pas été simple de m’en aller en lui tournant le dos. Mais elle m’a fait mal. J’ai senti mon cœur se briser en moi quand l’évidence m’a frappé. J’ai vu tous mes espoirs s’envoler, tous mes rêves partir en fumée. Il ne me restait plus rien !
Et aujourd’hui, après un été seul, loin d’elle, je le suis encore plus.
D’après Autumn, elle n’a plus aucun contact avec Parker. D’ailleurs, ma sœur me maintient que Callie n’a plus aucun sentiment pour lui. Elle m’a également relaté que les seules fois où elles ont parlé de moi, Callista était malheureuse, qu’elle pleurait. Pour autant, elle n’entreprend rien.
Comment croire en son amour ? Elle semble se désintéresser de nous, de moi !
Apparemment, son unique centre d’intérêt est ma petite sœur. Pour être franc, je m’en réjouis. Autumn est plus paisible depuis qu’elles se voient régulièrement. Elle trouve quelque chose en Callie ; une sorte de force qui lui donne envie de se battre pour elle-même. Même si je me suis senti vexé lorsque ma sœur m’a dit qu’elle voulait quitter l’appartement pour aller vivre avec Callista, avec le recul, je pense que ça peut être une très bonne chose pour elle. Je peux compter sur elles pour veiller l’une sur l’autre.
Et ça m’arrange, car j’ai d’autres chats à fouetter pour le moment. Mon plus gros problème est que j’ai besoin de Parker pour atteindre cet objectif. De son côté, lui semble bien décidé à se moquer de cette histoire avec Thomas.
J’ai tenté de le joindre plusieurs fois depuis cet été. Il ne m’a jamais répondu. Alors ce soir, hors de question de le laisser se défiler. Il me parlera, qu’il le veuille ou non !
Il doit me filer un coup de main pour coincer ce connard !
En attendant d’aller le trouver à la fin de son entraînement, je dois aider ma sœur à transporter ses affaires à Allenton Hills dans sa nouvelle chambre. Lorsque je la rejoins dans ma piaule où elle s’est grossièrement installée depuis quelques jours, elle finit de ranger ses vêtements dans sa valise.
— Tu es prête, poussinette ?
— Mon Dieu, ricane-t-elle sans cesser de plier son linge avec grand soin. J’ai l’impression d’avoir de nouveau cinq ans.
Je m’approche et dépose un baiser dans ses cheveux.
— Tu auras toujours cinq ans pour moi.
— Tu m’en diras tant…
Je glousse avant de m’allonger sur mon lit. Ma sœur me dévisage avec tendresse.
— C’est mieux ainsi, Doven ! Tu ne peux pas passer toute l’année à dormir sur le canapé. Franchement, c’est une super opportunité pour tout le monde. Callie a été adorable de penser à moi…
Je fixe le plafond en soupirant. Autumn s’arrête et s’assied sur le lit.
— Elle s’imagine que tu as une petite amie…
Je cache mon visage dans mes mains en soufflant.
— Que vous soyez amies, passe encore, mais que tu me parles d’elle…
— J’essaie de comprendre, Doven ! Il y a vraiment une autre fille ?
— Tina, murmuré-je. Elle voudrait bien qu’on soit plus que des potes. Moi, je n’en sais rien, alors on passe du temps ensemble. Elle m’a dit qu’elle avait des sentiments pour moi, mais je ne suis pas certain d’être prêt pour ça…
— Tu es encore amoureux de Callie ?
— On ne cesse pas d’aimer une personne en claquant des doigts. Surtout pas Callista. Mais ça ne veut pas dire que cet amour n’est pas toxique !
— Toxique ? Tu y vas un peu fort, non ?
— Je suis lucide, Autumn. Callista n’est pas fichue de faire un choix…
— Mais elle l’a fait.
— Non ! m’exclamé-je en me dressant sur mes jambes. Elle n’a jamais assumé ses décisions ! Elle m’a dit qu’elle m’aimait, qu’elle le quittait pour moi avant de coucher avec lui dès que j’ai eu le dos tourné. Et maintenant, elle fait comme si rien de tout ça n’avait existé. Elle ne se bat même pas pour moi. Pourquoi devrais-je espérer qu’elle me prouve son amour ?
— Pour avoir un peu bavardé avec elle, je crois qu’elle essaie de comprendre des choses sur elle à travers sa relation avec son père. Ils sont de plus en plus proches…
— Tant mieux ! Je sais qu’elle en avait besoin. Cependant, elle n’est pas prête pour le reste. Et moi, je n’ai plus envie d’attendre et encore moins d’espérer. Elle m’a fait trop mal…
— Alors, c’est vraiment fini entre vous ?
Je ramasse la valise que ma sœur vient de fermer.
— De toute évidence, c’est ce qu’elle désire. Et finalement, c’est sûrement le mieux pour tout le monde !
Je me dirige vers la porte.
— Je crois que tu te trompes, Doven. Tu évalues mal combien elle souffre et j’espère que tu ne le regretteras pas…
Ignorant cette dernière remarque, j’invite Autumn à finir de réunir ses affaires pendant que je termine de me préparer à sortir. J’aimerais arrêter de penser à tout ça. Dans quelques minutes, je vais voir Callie et c’est toujours un crève-cœur pour moi d’être face à elle.
***
Il nous faut encore une bonne demi-heure pour que ma sœur soit prête à quitter mon appartement et prendre ses quartiers chez Callista. Même si ça me rend nerveux, je suis heureux de la voir si surexcitée.
J’ai échangé avec ma mère à ce propos et elle a fait un constat identique. En ce qui concerne mes parents, c’est cet enthousiasme qui a fait pencher la balance.
Et puis, elle est revenue en grande forme de son séjour dans le Kentucky. Le bénéfice de la présence de Callie dans la vie de ma sœur n’est plus à démontrer. Naturellement, elle voit en elle un peu de ce qu’on lui a volé cette nuit d’octobre. À son contact, elle a la sensation que son envie de reprendre le dessus est plus forte que tout.
Allenton Hills est une résidence non loin d’Hogan Hills. Elle est bien plus grande, mais surtout plus chic. Les logements qui s’y trouvent sont destinés, à minima, aux étudiants de troisième année les plus chanceux. Voilà pourquoi la présence de ma sœur ne serait pas tolérée si on venait à découvrir qu’elle y vit. Les filles prennent un risque considérable en se lançant là-dedans, mais elles sont décidées, alors…
La chambre indiquée par Callista est au deuxième étage de la résidence. Visiblement aussi pressée que sa nouvelle colocataire, elle patiente sur le palier lorsque nous nous engageons dans l’imposant couloir desservant à lui seul une dizaine de chambres.
— Callie !
Ma sœur se suspend à son cou.
— Bienvenue chez toi, Autumn.
— Je suis tellement contente !
— Moi également.
Les filles entrent. Je les suis et découvre un intérieur vraiment coquet. C’est presque un petit appartement qu’elles ont toutes les deux cette année. Il y a une pièce principale avec une kitchenette, une table de bar et un coin salon avec un canapé bleu, une table basse et un meuble où est posée la télévision, le tout dans un style scandinave.
Puis il y a deux portes donnant sur les chambres. Deux pièces communiquant par la salle de bains. Là aussi, les meubles sont d’architecture nordique. Callista s’est chargée de décorer un peu le logement ; c’est un espace de vie très agréable.
— Je n’arrive pas à le croire ! se réjouit ma sœur en faisant dix fois le tour de sa nouvelle chambre.
— Si vous vous faites attraper, vous serez toutes les deux dans la merde.
Callista hausse les épaules.
— Je préfère prendre ce risque plutôt que de vivre seule ou, pire, avec une nana que je ne connais pas.
— C’est vous qui voyez.
Sans même attendre que je parte, Autumn commence à déballer ses affaires. Callie la regarde faire d’un œil amusé.
— J’ai pensé qu’on pourrait fêter ton arrivée en allant manger au resto. Ça te dit ?
— Carrément !
— Dans ce cas, je vais t’aider à t’installer et on ira après.
Je traverse la chambre de ma sœur pour la prendre dans mes bras.
— Tu fais attention à toi.
— Promis.
— Et au moindre problème, tu m’appelles !
— Ne t’en fais pas.
Je l’embrasse une dernière fois avant de sortir.
— Je peux te parler une minute ? glissé-je à Callie au passage.
— Bien sûr !
Elle me suit au salon.
— Emma vit avec Lewis, c’est ça ?
Callie acquiesce.
— Et si elle veut revenir ?
— Pour le moment, ce n’est pas le cas. Et si ça doit arriver, alors on improvisera, mais je ne laisserai tomber ni l’une ni l’autre.
Je plonge les mains dans mes poches.
— Elle n’a pas de voiture, mais je voudrais éviter qu’elle se déplace…
— C’est bon, Doven ! me coupe-t-elle. Je sais ce que tu souhaites pour ta sœur. Je vais faire attention à elle. Mais fais-lui davantage confiance. Elle fait preuve de courage en revenant ici. Ça ne signifie pas pour autant qu’elle n’a pas peur.
Mal à l’aise, je me balance sur mes pieds.
— Merci de ce que tu fais pour elle. Tu n’étais pas obligée…
— Je te l’ai dit, j’ai aussi un intérêt : je n’ai pas envie de vivre seule.
Je me tourne en direction de la porte.
— Je vais vous laisser fêter votre emménagement alors…
Sur le palier, je suis sur le point de fermer derrière moi quand :
— Pourquoi as-tu décidé de continuer le soutien ? me lance Callie comme si elle se battait avec cette question depuis une éternité.
— Et pourquoi pas ? Ça te pose un problème ?
Je regrette immédiatement le ton trop agressif que je viens d’adopter. Elle secoue la tête.
— J’ai été indiscrète, pardon…
Elle tourne les talons pour retourner vers la chambre de ma sœur en me demandant de fermer la porte derrière moi. Je le fais en me maudissant d’avoir été aussi con.
***
22h30 – c’est l’heure à laquelle Parker quitte enfin le stade où il s’entraîne en compagnie de trois de ses coéquipiers que je reconnais comme étant Dwayne, Lewis et Tom. Les trois joueurs avec qui il vit. Ce sont leurs rires qui m’interpellent en premier puis leur voix.
— Arrête, se marre Parker. Samedi soir, c’était hyper chaud ! J’ai cru qu’elle n’allait pas me lâcher.
— En même temps, tu es comme un aveugle qui vient de recouvrer la vue, badine l’un.
— Tu as du boulot avant de rattraper ton retard, ricane un autre.
— Pourquoi tu crois qu’il y en a une nouvelle dans mon lit tous les soirs…
Tout en écoutant leurs bavardages écœurants, je marche dans leur direction. Parker se stoppe net en me trouvant sur sa route. Dans une posture clairement défiante, je le jauge avec tout le dégoût et la haine qu’il m’inspire.
Et dire qu’elle a tout bousillé pour un connard se vantant de toutes les nanas qu’il peut sauter maintenant qu’il a recouvré la vue…
— J’attends toujours que tu me rappelles, Parker !
— Si je ne l’ai pas fait, c’est que je n’en avais pas envie !
— Je trouve que tu fais sacrément le malin si on considère tout ce que je sais sur toi…
— Putain, mais c’est quoi ton problème ? intervient Dwayne en s’approchant de moi jusqu’à ce qu’on se frôle.
J’ai un rictus.
— Tu devrais tempérer ta troupe de pom-pom girls…
Dwayne dont le visage change me met un coup de torse.
— Tu as dit quoi ?! Répète un peu pour voir !
— C’est bon, calme-toi ! Allez m’attendre près de la bagnole ! Je n’en ai pas pour longtemps.
Défiant Dwayne du regard, je l’observe s’en aller suite aux recommandations de Parker.
— Bon, qu’est-ce que tu veux ?
— Toujours la même chose : Thomas !
— Bah, démerde-toi !
Parker se met en mouvement.
— Je n’en ai plus rien à foutre.
Je l’attrape par le bras lorsqu’il est à ma hauteur.
— Ce mec est toujours libre de faire ce qui lui plaît et Callie et ma sœur sont ici !
— Ta sœur ? Elle est revenue ?
— Oui.
Cela ne semble pas le convaincre de m’aider.
— Franchement, je m’en tape. Tu as gagné, tu as ce que tu désirais. C’est ta nana, démerde-toi !
— Non, ça n’est pas ma « nana » comme tu dis et ça ne change rien à l’affaire. Thomas doit tomber !
Le sourcil haut, il semble se questionner.
— Vous n’êtes pas ensemble ?
Je fais non de la tête.
— Tout ça pour ça ?! Sérieusement ?
— Je ne suis pas là pour ça. C’est du passé maintenant.
— J’ai perdu Callie et ça, c’est toujours d’actualité pour moi.
— Je veux Thomas, Parker !
Il balance sa tête sur le côté.
— Et moi, je veux Callie. Apparemment, aucun de nous ne sera satisfait, hein ?
Sur ces mots, il tourne les talons pour rejoindre ses potes. Je me doutais bien, en venant me confronter à lui, que le faire plier ne serait pas chose facile. Pourtant, j’ai besoin de lui.
Sans Parker, je ne vois vraiment pas comment choper ce salopard…
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