Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 32
AUTUMN
Le compte à rebours est lancé avant la fin du semestre. Dans deux jours, les cours s’achèveront nous offrant quelques jours de vacances avant celui de printemps.
Pendant ces congés, nous fêterons Noël ainsi que la nouvelle année. Je pourrais m’en réjouir, mais je sais pertinemment que Callie sera présente et j’avoue que je n’ai pas très envie de la voir jour après jour.
J’ai encore du mal à digérer son comportement à l’égard de Parker. Comment peut-elle faire comme s’il ne souffrait pas ? Bon sang, il lui a dit de manière très claire qu’il était amoureux d’elle et elle, elle ignore sa douleur d’avoir été rejeté ! Ne pourrait-elle pas au moins chercher à adoucir sa peine en discutant avec lui de ce qui s’est passé à l’hôpital ? Non, elle, elle préfère faire l’autruche.
J’ai été si mal à l’aise lorsque j’ai assisté à cette proposition de vie commune de Doven. J’aurais voulu réconforter Parker, lui apporter ma sollicitude. Je l’ai vu se décomposer à chaque mot que formulait mon frère et je n’étais pas en mesure de l’aider, de le prendre dans mes bras, d’agir comme une amie pour lui. Pourtant, j’aurais souhaité lui proposer qu’on se tire tous les deux, qu’ils aillent tous au diable ! Je me sens coupable par rapport à Doven. Lui est sur un petit nuage et j’aimerais me réjouir de son bonheur, mais comment passer outre la lâcheté de Callista ?
Depuis cette soirée, j’ai tenté de revoir Parker, mais soit il a un emploi du temps surchargé, soit aucune envie de me parler.
Je pencherais pour la seconde option...
Je pense qu’il souhaite être seul, mais je doute que ce soit la solution à son problème. Nous sommes en période d’examens et son manque de temps peut découler d’un besoin de réviser. Pour ma part, je viens de finir mon examen de science appliquée. Il me reste encore une évaluation en mathématiques demain matin.
Après, à moi les vacances !
Je décide de profiter d’avoir une petite heure devant moi pour passer chez Parker et voir comment il se porte. Pour ce faire, je dois prendre l’autobus et marcher cinq minutes dans un froid polaire.
Comme souvent lorsque je me rends chez lui, je ne suis pas hyper tranquille en sonnant à la porte. J’ai toujours ce sentiment horrible de retourner en enfer. Et puis, Dwayne, le meilleur ami de Parker, ne me donne pas l’impression de m’apprécier. Heureusement, ce n’est pas lui qui m’ouvre, mais Lewis. Je constate qu’il ne porte plus son atèle.
— Bonjour, Lewis.
— Oh ! Salut, Autumn.
— Ta cheville va mieux, visiblement.
— Normalement, je pourrai recommencer à m’entraîner à la reprise des cours.
— C’est une super nouvelle ! Est-ce que le capitaine est là ?
— Affirmatif ! Dans sa piaule.
— Je peux ? lui demandé-je en indiquant le couloir où se trouve la chambre de Parker.
— Ouais, bien sûr !
Il me laisse passer. Je le remercie et fonce en direction de la porte contre laquelle je toque un petit coup contre elle avant de la pousser.
À mon entrée, Parker est assis contre sa tête de lit, il regarde un match à la télévision. Son volet étant fermé, la pièce offre peu de luminosité. Il n’y a que l’écran de télévision qui éclaire les alentours. Pourtant, à cette faible lueur, je peux voir qu’il a les traits tirés, les yeux cernés et une barbe de plusieurs jours. Ses cheveux sont décoiffés, il porte un jogging et uniquement ça, et sa chambre est dans un foutoir impressionnant. Habituellement, il n’est pas hyper ordonné, mais aujourd’hui, c’est pire que tout.
— Salut.
— Hé ! Salut, chaton.
Je jette mon sac de cours sur le sol et grimpe sur le lit. Là, je me penche pour l’embrasser.
— Oh la vache ! m’exclamé-je en grimaçant. Tu pues le rat crevé, c’est abominable !
Cette puanteur ne trouve rien de mieux que de rire.
— Sûrement parce que je suis en train de crever !
— Hilarant…
— Pourtant, c’est vrai, je crève d’amour.
Je remarque alors une bouteille de whisky vide entre ses oreillers.
— Attends, tu te fous de moi ! m’emporté-je en la prenant. Dis-moi que tu plaisantes !
— C’est bon, on s’en tape ! râle-t-il en me l’arrachant des mains pour la jeter dans sa poubelle.
Elle tombe pile-poil dedans. Il me fait un clin d’œil.
— Impressionnée ? Je suis hyper doué au basket aussi.
— Je suis impressionnée par ta bêtise, oui.
Furieuse de son relâchement, je me lève et commence à mettre de l’ordre dans la pièce. Je ramasse quantité de fringues traînant sur le sol. En quelques minutes seulement, sa panière à linge sale est pleine à craquer.
— Mais qu’est-ce que tu fous ?
— Et toi, Parker ? Franchement, tu ne penses pas que ta réaction est un peu exagérée.
— J’ai décidé de ne faire que ce dont j’ai vraiment envie…
— Et ça consiste à glander au lit en répandant ton odeur infecte autour de toi ?
— C’est au menu, j’avoue !
— Et le whisky ?
— Ça m’aide à dormir.
— Il y a d’autres solutions pour trouver le sommeil.
— Voilà pourquoi je ne voulais pas que tu te pointes, grommelle-t-il en se cachant sous sa couette. Je savais que tu allais me prendre la tête.
— Depuis quand n’es-tu pas sorti d’ici ?
— On s’en fout.
— Parker !
— Viens me faire un câlin. J’ai envie de te sentir.
— Pourquoi ? Tu t’autoasphyxies ?
Ce crétin se marre.
— Serre-moi dans tes bras, chaton, je t’en prie.
— Comment se sont déroulés tes exams ?
Il ricane.
— Tu sais, généralement, les mecs qui se lancent dans le sport, c’est qu’ils n’ont rien dans le ciboulot et je ne fais pas exception à la règle.
— Parker !
Je le rejoins et soulève la couette sous laquelle il se cache.
— Tes examens ? lui dis-je en croisant les bras sur ma poitrine.
— J’en sais foutre rien ! Je suis largué complet. Je ne comprends plus rien et je n’ai rien révisé du tout.
— Tu as conscience des conséquences si tu foires ton semestre ?
— Ouais, ils me vireront de l’équipe.
Il bondit du lit et manque de trébucher.
— Est-ce que tu es bourré ?
— Et alors ? Toi, t’es bien chiante !
— Tant que je serai ton amie, il est hors de question que je te laisse foirer ton semestre. Quel exam as-tu planté ?
— Les maths…
— Tu as quoi comme épreuves maintenant ?
— Sciences et histoire. J’ai aussi les notes sportives.
Comprenant que Parker court à la catastrophe question études, je ne peux me résigner à le laisser livrer à lui-même. Il est perdu, au fond du trou, ça crève les yeux. Il n’a plus que moi. Il faut que j’agisse.
— Bon, va te doucher pour te rafraîchir les idées ! Je vais nous commander à manger et on va bosser pour te préparer…
— Ne te prends pas la tête avec ça…
— Non, mais t’as pas le choix en fait ! Du coup, bouge-toi le cul !
— Je n’ai plus envie de me faire chier avec tout ça, tu comprends ? s’agace-t-il. J’ai fait tout ça pour elle et elle m’a plaqué. Je m’en fous du foot ou de l’université !
— Oublie Callie deux secondes et pense à toi, bon sang ! Arrête de faire les choses pour elle et commence à prendre des décisions pour toi ! Tu es un putain de quarterback et ce n’est pas elle qui a réalisé toutes ces prouesses, mais toi.
— Pour l’impressionner !
— Tu excelles au football ! Je le vois, tes coéquipiers le savent tout comme ton coach. Focalise-toi là-dessus et fais les choses pour toi pour une fois !
— Je n’ai jamais fait ça. Qu’est-ce que je suis supposé faire ?
— Commence par prendre une douche. On avale un morceau et on en parle plus calmement quand tu auras l’esprit moins embrumé par le whisky.
Résolu, il fouille dans sa commode, mais celle-ci est presque vide. Il jure en cherchant de quoi s’habiller.
— Le linge ne se lave pas tout seul, c’est incroyable hein ? me moqué-je gentiment.
— C’est une honte !!!
— Je vais m’occuper de te faire quelques lessives. Vous avez une buanderie ?
— Derrière la cuisine, mais t’inquiète, je vais le faire plus tard.
— Contente-toi de te laver et de bosser tes cours ! Je me charge du reste.
Amusé – et touché par mon initiative – il m’ouvre ses bras.
— Ça te tente d’embrasser un rat crevé ?
Je roule des yeux.
— Je dois vraiment être cinglée, me lamenté-je en m’accrochant à sa taille.
Son regard est plongé dans le mien.
— Aide-moi un peu, s’il te plaît. Je ne te laisserai jamais tomber, mais il faut que tu me files un coup de main. Arrête de déconner, je t’en prie.
— J’ai mal, articule-t-il la voix vacillante. Putain, ce que ça fait mal…
— Je le vois et je souffre pour toi, mais tu n’es pas seul. Je peux t’aider à porter ta peine.
Ses lèvres trouvent mon front.
— Si seulement je pouvais l’oublier et t’aimer toi…
— Si seulement…
— Tu m’en veux, pas vrai ?
— J’étais en colère l’autre jour, mais je t’assure que non. C’était un peu déroutant sur l’instant. Comme je te l’ai dit, j’apprécie ta franchise et je suis touchée par ta faiblesse. Laisse-moi être ton amie. J’aurais pu tomber amoureuse de toi, mais j’en suis incapable. Pas avec ce que je sais, pas avec elle dans ta vie. J’espère qu’un jour Callie sera moins toxique pour toi.
Une dernière remarque qui le fait grimacer.
— Je vais aller me doucher.
Il m’étreint plus fort.
— Merci, chaton. Je t’adore.
— Moi aussi, je t’adore, mon malabar !
Ses vêtements en main, il marche jusqu’à la porte et balance un dernier coup d’œil vers moi.
— Ça me manque l’époque où on baisait comme des oufs, tu sais ?!
Je glousse.
— À moi aussi, mais ce n’est pas ça qui t’aidera.
— Pour être franc, je me sens tellement en vrac que je ne pense plus pouvoir te toucher, mais ça n’empêche que j’aimais la légèreté de ces instants.
Il me fait un clin d’œil.
— Et le sexe avec toi, c’est…
Il mime une explosion au niveau de son crâne.
— Ce que t’es bête…
— Je suis tellement nul, Autumn. Tu es là, tu es belle, tu es parfaite et…
Ses yeux se troublent. Sentant ses larmes poindre, il se pince l’arête du nez pour les repousser.
— Je n’y arrive pas…
— Je sais, Parker.
— Pourquoi tu ne me détestes pas ?
— Parce que tu es correct avec moi. Tu es sincère et tu m’aimes à ta manière. Tu as été franc avec moi dès que tu as compris que notre histoire ne pourrait plus évoluer et c’est moi qui ai décidé de rester près de toi bien que tu aies des sentiments pour elle. Je le fais en pleine conscience de tout ce qui se passe dans ton existence, Parker. Je n’oublie pas non plus que tu m’as rendu une partie importante de moi-même. Je me sens plus à l’aise dans mon corps, dans ma vie de femme, et c’est grâce à toi.
— Tu m’as fait beaucoup de bien toi aussi.
— Et je vais faire en sorte que tu ne perdes pas ta place chez les Scorpions.
Parker sort en me laissant seule dans son désordre. Je soupire en regardant autour de moi sans vraiment savoir par où commencer. Je fais quelques pas et tombe sur le réveil de Parker.
— Eh merde !
Vu l’heure tardive, je vais m’attirer des ennuis si je ne donne pas d’explication à mon absence. Je récupère mon portable et compose le numéro de la seule personne capable de couvrir mes arrières. Callie décroche rapidement.
— Autumn ! Salut…
— Salut, Callie. Écoute, il faut que tu trouves une excuse à donner à Doven pour justifier que je vais arriver très tard.
— Excuse-moi ?
— Je ne vais sûrement pas rentrer d’ailleurs.
— Attends, tu plaisantes ?
— Non ! Débrouille-toi !
— Tu veux découcher et c’est à moi de te fournir un mensonge !?
— Je suis en train de gérer ta merde, alors oui, tu vas trouver ce que tu souhaites dire à Doven ! Et puis, je m’en fous. Si tu désires lui dire que je suis chez Parker, ne te gêne pas ! Je n’ai aucune honte à avoir eu une aventure avec lui.
— La question n’est pas là.
— Il est sur le point de planter son semestre, il a besoin de soutien pour sauver sa place dans l’équipe.
— Mince…
— Il boit, il ne se lave plus, ne sort plus de chez lui. Tu peux peut-être l’aider en t’occupant de Doven, non ?
— Mais…
Je raccroche en me moquant des conséquences. Soit Callie arrive à trouver un mensonge à fournir à Doven, soit je lui dirai la vérité et il devra l’accepter.
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