Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 19
Doven
— Son corps lové au creux de moi, son souffle dans mon cou, son bras replié sur moi, ses lèvres contre mon épaule — Il n’y a rien de plus doux en ce monde que de tenir cette femme contre moi, de sentir son affection à travers la tendresse qui anime ses gestes, de savoir qu’il n’y a plus rien pour nous retenir de nous aimer.
Callie est avec moi, tel que je le rêve depuis que j’ai compris l’importance de mon amour. Je vois le combat qu’elle mène contre elle-même pour mettre toutes les chances de notre côté d’avoir un avenir radieux loin de toute cette noirceur qui a terni les dernières années de son existence. Et ce passage par Lexington m’aide au moins à voir plus clair sur les angoisses qui la rongent.
Le problème principal dans ce qui arrive à Callista c’est sa mère.
Cette femme est un monstre.
Il n’y a pas que la maladie derrière ses agissements, mais une véritable malveillance et une lâcheté difficile à admettre.
Les choses ayant vite dérapé, nous n’avons pas eu l’occasion de nous étendre sur la séparation de ses parents. Elle était déjà si troublée que je n’ai pas voulu ajouter à sa peine, mais son père envisage sérieusement de quitter sa femme. Nous en avons brièvement discuté pendant que Callie se cachait au sous-sol.
Si Niels respecte ce qu’il a dit, il viendra très probablement vivre près du campus, ce qui est très bon pour Callie.
Il est évident que retrouver son père a joué un rôle important dans sa manière de gérer ses émotions récemment. Cette jolie nana a seulement besoin d’être aimée et choyée. Je suis prêt à m’engager sur cette voie pour le reste de ma vie.
Si j’ai chaque jour un peu plus confiance en notre histoire, j’ai vraiment flippé lorsqu’elle m’a parlé de Jeremiah. Elle s’est convaincue que son frère est revenu. Elle s’imagine qu’il s’est introduit chez eux pour voler ses journaux et cette fameuse peluche, mais je n’y crois pas une seconde.
Il n’y a qu’une réponse logique à tout ce bordel : Thomas veut intimider Callie. Il cherche à l’effrayer. Il n’y a que ce détail au sujet du lapin que je m’explique moins.
Je pense à sa mère. Cette femme est tellement dérangée que mentir à ce propos ne doit pas lui demander un gros effort. Mon job maintenant va être de lui prouver que j’ai vu juste et que Thomas est à l’origine de ce cambriolage. Il me reste plus qu’à trouver comment…
Le plus urgent est qu’elle quitte cette maudite baraque. Elle est malheureuse ici, c’est évident. À Hedard, je peux lui faire oublier sa peine, mais entre ces murs, elle ne peut être que plus vivace.
— Humm…
Callie remue, esquisse une légère grimace.
Dormir sur ce billard n’était pas un super plan. Surtout qu’il y a un beau canapé près de nous. Mais cette nuit, après que nous avons fini de faire l’amour, je l’ai tenue dans mes bras et nous nous sommes endormis presque instantanément.
— Ton dos ?
— L’épaule.
Elle dépose un baiser sur mon torse.
— Et toi, ça va ?
— Très bien.
Elle se redresse suffisamment pour me voir et repousse une à une mes mèches de cheveux.
— Je voudrais revenir sur un truc que je t’ai dit hier…
— Dis-moi, je t’écoute.
— Je suis heureuse que tu sois avec moi. C’est grâce à ta présence que je peux tenir le coup.
— Tu es plus solide que tu ne le crois, mais je suis très content d’être là. Je n’aurais pas aimé savoir que tu as vécu tout ça sans moi.
— Tu dois te demander où tu es tombé, n’est-ce pas ?
— La seule question qui me turlupine est : comment tu as pu endurer tout ça ? Tu as un mental impressionnant, c’est épatant.
Je souris.
— Et ça m’énerve que tu ne t’en rendes pas compte !
— Je commence, Doven. Et ce miracle est possible grâce à toi.
— Ma chérie, tu n’as pas ta place ici. Le mieux est qu’on rentre le plus tôt possible.
— Mais il y a mon père…
— Je comprends que ça te déchire le cœur de devoir le laisser, mais j’ai peur qu’elle s’en prenne à toi à nouveau. Je ne vais pas supporter qu’elle déverse sa haine sur toi une minute de plus.
— Elle doit avoir autre chose en tête.
— Callie, il faut que tu te prépares à ce qu’ils se séparent.
Elle hoche la tête comme pour me dire qu’elle en a pleinement conscience.
— Ton père avait l’air plutôt décidé après ton départ.
— Se sont-ils parlé ?
— Pas vraiment. Il a essayé de lui faire avouer l’identité de son amant. Elle a fermement nié sa liaison avant de finir par l’admettre. Je n’ai pas assisté à toute leur discussion. Je me suis mis en retrait. C’était très personnel.
— Effectivement…
Je perçois la tristesse en elle et ça me déchire le cœur de sentir combien la petite fille en elle souffre de constater l’effondrement de sa famille.
Callie a toujours eu un infime espoir de voir les choses se réparer avec le temps, mais le divorce de ses parents anéantit définitivement cette chance en laquelle elle croyait encore.
— Écoute, on va faire un marché tous les deux.
Je n’ai pas à en dire davantage pour avoir toute son attention.
— Je sens que tu as besoin de rester avec ton père. Je comprends que vous ayez des choses à vous dire. Alors, on va passer la journée ici à la condition qu’on monte dans la voiture illico si ta mère s’en prend encore à toi.
— Merci Doven.
Je fais rouler son petit corps nu sur le tapis du billard et me place entre ses cuisses.
— J’ai pensé à un moyen pour sceller notre accord. Tu veux que je te montre ?
Je joue du bassin contre elle pendant que nous nous embrassons avec passion. Jusqu’à ce qu’on se racle la gorge près de nous. Un bruit suffisant pour me figer. Mal à l’aise, je balance un coup d’œil par-dessus mon épaule.
Non mais j’hallucine !!!
La mère de Callie est plantée là au milieu de la pièce et nous fixe avec ce regard glaçant qui me fout la chair de poule.
— Ce n’est pas vrai, se lamente Callie avant de me repousser.
Se moquant d’être nue, elle se lève et marche jusqu’au canapé sur lequel elle ramasse la bouteille de whisky pour la tendre à sa mère.
— À ce qu’on raconte, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Du coup, tu m’excuseras, mais j’ai tapé dedans. Maintenant, si tu veux bien aller te saouler plus loin ; on était en plein en train de faire un truc.
— Callie, arrête, dis-je en me levant à mon tour après avoir enroulé le plaid autour de ma taille. Je vais aller te faire un petit-déj.
— Mais !
Je sens qu’elle est déçue, je le suis également, mais sa mère vient de me couper tous mes effets.
— S’il te plaît.
— Bon, soupire-t-elle. Comme tu voudras.
Boudeuse, elle récupère ses vêtements et les passe. Ça serait sympa si je pouvais en faire autant, mais sa mère n’a pas bougé d’un iota. Callie s’en aperçoit.
— J’ai pigé que tu aimes les petits jeunes, mais celui-ci est à moi. Dégage ! Fous-nous la paix !
Devant la violence des propos de sa fille, Auriel capitule et disparaît dans l’escalier. Je m’habille.
— Tu veux qu’on aille déjeuner en ville ?
— Je ne sais pas. Si mon père est là…
Décidément, la faire sortir d’ici n’est pas gagné. Pourtant, j’ai hâte de me barrer.
— On fait comme tu le sens…
— Je suis désolée, mon amour, me dit-elle en se lovant contre moi. Je me doute bien que ce n’est pas très agréable pour toi.
— Ne te prends pas la tête. Je veux ce que tu désires.
Une fois prête, Callie capture ma main et me guide vers l’escalier.
Je sens que les prochaines heures vont être très longues…
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