Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 7
Parker
— Bonjour, capitaine Reeves !
Mon regard est naturellement attiré par cette voix féminine s’adressant à moi avec une sensualité qui émoustille légèrement mes instincts les plus primaires me rappelant au passage que je n’ai pas baisé depuis un bon moment.
Au milieu de la foule qui a envahi mon salon, je repère cette belle blonde qui me charme d’un sublime sourire.
— Oh, salut…
Je la détaille un instant en cherchant à me remémorer son prénom. Elle traîne souvent au stade. Sûrement pour aguicher mes coéquipiers.
— Comment tu vas ?
— Ça roule, et toi ?
— Nickel !
— On pourrait se parler dans un endroit plus intime. Qu’est-ce que tu en dis ?
— J’ai un truc sur le feu, mais on se capte dès que j’ai un moment à te consacrer.
Heureuse de recevoir mes attentions, elle m’offre un nouveau sourire avant de retourner auprès de ses amies.
Sauf que je n’ai aucunement envie de lui accorder une seconde de plus !!!
Je n’ai pas touché une nana depuis Amélia et, même si mon corps est en manque, je n’ai aucune envie de reprendre ce genre de relation futile et éphémère. Parler avec Callista, retrouver notre complicité m’a ouvert à d’autres perspectives. J’ai envie de prendre mon temps pour digérer notre histoire, ces longues années à être en couple et penser davantage à moi.
Et ce n’est pas en sautant une fille différente tous les soirs que j’y parviendrai…
Bien sûr, j’ai des envies et je ne vais pas faire vœu de chasteté. Cependant, j’aime l’idée d’être lié à quelqu’un, d’apprendre à faire sa connaissance et de savourer des instants intimes et complices en sa compagnie. Voilà pour quelle raison je dois me reconstruire.
J’ai tant donné à Callie depuis notre rencontre qu’il me faut réapprendre à vivre pour moi seul sans faire passer les intérêts d’une autre personne en priorité. C’est si compliqué de renoncer à cette sensation d’être un soutien, un réconfort, un repère, une force aux yeux de quelqu’un que j’aime. J’avoue adorer le fait de me sentir si important, voire indispensable. D’aucuns y verront un problème d’ego. Moi, j’y vois seulement un besoin de chérir les personnes que j’ai dans mon cœur. En attendant de parvenir à me défaire de ce sentiment, j’ai vraiment un truc sur le feu !
Un truc merdique dont je me serais bien passé…
Abandonnant la jolie demoiselle, je reprends mon chemin. Celui-ci me guide en haut des marches. Une bière dans chaque main, je traverse le palier pour venir m’appuyer contre la rambarde. J’offre la seconde bière à mon voisin qui n’est autre que Thomas.
— Merci, mec !
— Pas de quoi !
Nous trinquons ensemble. Après avoir pris une gorgée de ma bière, je pose une main ferme sur l’épaule de mon coéquipier.
— Je tiens à te féliciter pour ton match ! Tu as assuré, mon pote. Tu es dans une très bonne dynamique depuis la reprise.
Je me marre.
— Qu’as-tu fait cet été pour tenir une telle forme ?
— Je me suis beaucoup entraîné.
Je grimace.
— Tu t’es montré plus raisonnable que ton capitaine, alors…
— Vraiment ? Tu n’as pas passé l’été chez toi ?
— En fait, non. J’ai rejoint Dwayne à Malibu.
Je glousse.
— Tu peux aisément deviner la suite.
Il ricane en retour.
— Et c’était cool ?
— Man, je me suis enfin libéré de toute la merde qui m’embrumait le cerveau lorsque j’ai quitté Hedard. J’avais besoin de m’aérer l’esprit et c’est ce que j’ai fait. J’ai baisé, j’ai picolé et ça m’a fait un bien fou !
— Pas de regrets concernant C.J ?
Je ris franchement en prenant une nouvelle gorgée de ma bière.
— Tu as pu t’apercevoir du côté névrosé de cette fille…
Il acquiesce d’un mouvement de tête entendu.
— Cet été, j’ai brisé mes chaînes. C’est mort, je ne referai plus avoir.
— En parlant de C.J, j’ai croisé son nouveau mec une paire de fois depuis la rentrée. J’ai l’impression qu’il attend le bon moment pour m’en coller une.
— Ce blaireau est vraiment le mec idéal, il est aussi névrosé qu’elle. Mais pour m’être frité avec lui, je peux t’assurer que c’est une véritable couille molle.
Je lui donne une accolade virile et bienveillante.
— T’inquiète, Thomas ! Tant que je serai le capitaine de cette équipe, personne ne touchera à l’un de mes joueurs. Nous sommes une équipe, une famille !
Son expression m’indique qu’il est ravi de m’entendre lui formuler mon soutien. Nous trinquons une nouvelle fois pour célébrer cet accord. Un coup d’œil vers le rez-de-chaussée me provoque un rire moqueur.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
J’indique Amélia qui est présente, ce soir. Vêtue d’une robe rouge moulante et extrêmement courte, elle ricane aux propos de Tom.
— J’ai baisé cette nana, il y a genre trois semaines…
— Moi, c’était l’année dernière, m’apprend Thomas.
Nous rions ensemble.
— Cette meuf a un problème, sérieux ! Apparemment, son unique but en entrant à l’université était de se faire sauter par tous les mecs de l’équipe. Ce sont toutes des salopes !
Je serre les dents, mais ne laisse rien paraître de mon envie de lui démolir le portrait.
— Elles sont là à nous faire leur numéro de nanas bien sous tous rapports, mais tout ce qu’elles veulent c’est se faire sauter ! T’as juste à regarder ce qui se passe en bas pour comprendre. Elles sont là à défiler dans des tenues provocantes, elles draguent, elles picolent, elles font les malines et elles s’insurgent dès que tu les traites comme des traînées. Pourtant, c’est ce qu’elles sont !
Je me force à lui offrir un sourire entendu. Pourtant, j’adorerais soulever ce mec, le balancer par-dessus la rambarde et le regarder s’écraser un étage en dessous. Pour me détourner de mes envies de meurtre, je me concentre sur ce qui se passe plus bas. Si j’ai bien du mal à me retirer les propos de cet enfoiré de la tête, elles disparaissent subitement quand un visage parmi la foule attire mon attention.
C’est une blague ???
Je donne une tape dans le dos de Thomas,
— Bro, faut que j’aille pisser ! Je passe par la cuisine au passage. Je te ressers une bière ?
— OK !
— Je reviens !
Pressé, j’abandonne Thomas et descends l’escalier au pas de course sans jamais quitter des yeux celle qui vient d’entrer chez moi. Elle s’engage dans le couloir donnant sur la cuisine.
Parfait !
En quelques pas, je suis derrière elle. Sans perdre un instant, je saisis cette visiteuse par la main et l’attire dans ma direction. Surprise et sûrement apeurée, Autumn lâche un cri plaintif. La seconde suivante, je nous fais entrer dans la pièce la plus proche. C’est-à-dire la chambre de Dwayne.
— Putain, mais qu’est-ce que tu fous ici ?
Autumn me fait front.
— C’est quoi ton problème ? Tu m’as fait peur, espèce d’abruti !
— Tu n’as rien à faire ici, Autumn ! Rentre chez toi !
Je m’en veux de me montrer si rude avec elle, mais putain, je flippe comme un malade ! Thomas est là, dans la même baraque où il l’a violée. La voir se mettre à pleurer ne m’aide pas à me sentir moins dépassé par le déroulement de cette soirée.
— J’ai essayé de t’appeler et tu n’as pas répondu !
— Autumn…
— Tu crois que j’avais envie de venir ici, peut-être ?! gémit-elle.
Troublé de la voir dans cet état, je fouille mes poches.
— Je crois que mon téléphone est dans ma piaule…
— Ça me fait une belle jambe !
— Tu… euh…
Me voilà pris de bafouillage en la voyant si triste.
— Qu’est-ce que tu avais à me dire de si important ? la questionné-je plus délicatement.
— Je viens de déposer Emma et Callie.
— Quoi ?
— Emma voulait voir la nouvelle nana de Lewis.
Elle baisse les yeux.
— Et elles sont bourrées aussi.
— Tu te moques de moi ?
Autumn secoue la tête. Je me pince l’arête du nez.
— Ce n’est pas vrai…
— J’ai pensé qu’il valait mieux que tu le saches.
— Emma commence à me gonfler avec ses conneries ! Et Peachy se laisse toujours embarquer dans ses conneries !
— Tu peux veiller sur elles, s’il te plaît ?
— Ouais, je vais gérer ces deux emmerdeuses ! Mais toi…
Doucement, j’attrape Autumn par le bras pour la faire sortir de là, mais les tremblements de son corps me coupent dans mon élan.
— Tu trembles comme une feuille…
Dans un geste de pudeur, elle tente de se défaire de ma prise.
— Ce n’est rien…
Sans vraiment comprendre ce qui me prend, je l’attire contre moi et l’enlace.
— Tu es en sécurité avec moi, murmuré-je dans ses cheveux. Il ne peut rien t’arriver.
Son corps se détend légèrement.
— Je ne peux même pas imaginer ce qui se passe dans ta tête en ce moment.
— Non, tu ne peux pas… marmonne-t-elle le nez enfoui dans mon tee-shirt.
— Je vais m’occuper d’Emma et Callie. Toi, je veux que tu rentres chez toi.
Autumn recule.
— Ne sois pas en colère après elles. Elles sont…
— Irresponsables !
Les bras croisés sur mon torse, je poursuis :
— Emma ne sait pas résoudre un problème sans picoler et Peachy doit vraiment apprendre à assumer ses décisions !
Ma main dans la sienne, je l’entraîne en direction de la fenêtre.
— Vous êtes venus comment ?
— Avec la voiture de Callie.
— OK ! Je vais te faire raccompagner.
— Mais je peux…
— Arrête de discuter les ordres du capitaine, morveuse ! Tu es chez moi ici, donc tu m’obéis !
Comme je l’espérais, mes propos l’exaspèrent. Ils la détournent aussi de son chagrin…
— Je peux savoir pourquoi je dois sortir par la fenêtre ?
Je grimace.
— Je ne veux pas que tu fasses une mauvaise rencontre…
— Comment ça ?
Timidement, je tends mon bras vers elle pour dégager son épaule de ses cheveux avant de me raviser.
C’est quoi mon problème, sérieux ? Pourquoi j’ai autant envie de la réconforter ?
— Fais-moi confiance, Autumn, s’il te plaît.
Son regard se voile de larmes.
— Il est présent, c’est ça ?
— Crois-moi…
— Te croire ? Toi ? dit-elle blessée. Tu traînes avec le mec qui m’a violée, Parker !
— Je ne traîne pas avec lui ! me défends-je. Je fais de mon mieux pour vous protéger, Callie et toi. Ce type me donne la gerbe, mais je n’ai pas le choix. Comme je n’ai pas d’autre solution que de faire « copain-copain » avec ton frangin, mais si c’est ce que je dois faire pour que vous soyez en sécurité, alors je le fais, point barre !
J’ouvre la fenêtre et soulève Autumn aussi facilement qu’une poupée pour la faire passer dans l’encadrement. Je sors derrière elle. Nous croisons un petit rassemblement d’étudiants dans lequel se trouve l’un de mes joueurs.
— Mason !
— Oui, Capitaine ?
— Va me chercher Rebecca, s’il te plaît. Je l’attends près de sa bagnole.
Mason se met en route immédiatement.
— Donc, tout le monde t’obéit sans broncher !?
Je lui fais un clin d’œil.
— C’est la grande classe, hein !?
Je m’amuse de la voir rouler des yeux.
— Qui est Rebecca ?
— La fille en charge de reconduire les filles trop bourrées ou, dans ton cas, trop imprudentes jusqu’à chez elle.
— Je ne suis pas imprudente.
— Non, tu viens juste d’entrer chez moi alors que Thomas s’y trouve…
— Et je n’aurais pas eu besoin de le faire si tu avais ton téléphone sur toi !
Je lève les mains en l’air
— On peut stopper le lynchage ?! Je vais devoir appeler ton frère pour lui rapporter que Callie est là et totalement bourrée. N’en rajoute pas en m’engueulant !
— Pourquoi le prévenir ? C’est déjà compliqué entre eux…
— Doven va passer. Il la verra, alors autant l’avertir.
— Doven va venir chez toi…
Elle fronce les yeux.
— Mais qu’est-ce que vous complotez tous les deux ?
— Rien dont tu doives te soucier.
— Parker.
Un coup d’œil derrière moi m’apprend que Rebecca s’approche de nous.
— Salut, Rebecca.
Je lui indique ma voisine qui semble toujours s’interroger.
— Voici Autumn.
Elles se saluent.
— Tu peux la ramener à Allenton Hills.
— Ouais, ça marche.
J’ouvre la portière du côté passager. Autumn s’installe sur le siège.
— Je peux te demander de la raccompagner jusqu’à la porte de chez elle ?
Rebecca me dévisage.
— C’est… euh… bredouillé-je avant de lancer un coup d’œil intimidé vers Autumn. Elle est importante…
Trop lâche pour affronter la réaction d’Autumn, je me détourne d’elle avant que ses yeux se posent sur moi. Je la laisserais bien repartir avec la voiture de Callie, mais je préfère la savoir en sécurité avec Rebecca… si jamais il lui arrivait un pépin en chemin…
Je commence à rabattre la portière sur elle.
— Je passerai te voir plus tard pour qu’on parle de tout ça, lui dis-je sans oser la regarder pour autant.
— OK…
Rebecca démarre. Je retourne à l’intérieur lorsque la voiture disparaît dans un virage.
À l’étage, je constate que Thomas a déserté les lieux, ce qui me prend vraiment la tête. Je dois avoir ce merdeux à l’œil. Si je ne le trouve nulle part, je n’ai aucun mal à localiser C.J et Emma. Elles se tortillent comme deux folles sur la piste de danse.
— Peachy…
Furieux de la voir dans cet état, je me dirige dans ma chambre pour y récupérer mon téléphone. Je compose le numéro de Doven.
— Quoi ?
Ce mec est toujours aussi aimable...
— C’est un plaisir pour moi aussi !
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Tu as l’intention de te pointer à un moment donné ?
— Je suis en route.
— Il y a quelqu’un ici et tu ne vas pas être heureux de sa présence.
— Qui ?
— Peachy.
Je l’entends soupirer.
— Et elle a picolé.
Il jure.
— Elle me prend la tête, sérieux !
—Elle ne se mettrait pas dans cet état si tu étais moins con avec elle.
— Je m’occupe de la faire dégager de là. Pour le reste, ça ne te regarde pas !
Il raccroche et me laisse en pleine réflexion.
Certes, j’ai mes défauts, mais merde ! Je suis quand même plus sympa que ce type…
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