Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 23

Doven

 

Il y a un moment de latence on ne peut plus gênant après le départ de Callie, quelques secondes d’un silence pesant où personne n’ose prononcer le moindre mot. Et je me sens tellement con au milieu de ce salon avec ces regards tournés vers moi. J’ai attendu toute la journée de la voir. Elle m’a manqué, elle a occupé toutes mes pensées. Hier soir, j’ai aperçu une fêlure en elle lorsque nous évoquions Jeremiah et j’en étais le premier inquiet. J’ai voulu la convaincre, la guider pour qu’elle puisse tourner cette page douloureuse. J’ai été maladroit vu le résultat et ça m’a préoccupé toute la journée.

Je suis rongé par le désir de voir ma nana heureuse, bordel !

Et ce connard de Parker me fait presque passer pour le roi des enfoirés de le vouloir si ardemment. Il se mêle de tout, se permet d’intervenir, et ça ne m’aide pas à garder mon calme face à Callista.

— Désolé... je ferais mieux de rentrer…

Je ramasse mon manteau posé sur une chaise.

— Même si tu as du mal à y croire, je n’ai pas dit ça pour foutre la merde entre vous.

Entendre Parker s’expliquer me fait monter en pression. Je ne supporte pas qu’il fasse partie de sa vie, mais si en plus, il interfère dans notre couple.

— Toi, ferme-la !

Ben sentant que je perds toute patience se lève.

— On va rentrer avec toi, Doven.

— Tu t’y prends mal !

— Parker, on peut couper court avant que ça ne parte en vrille ?

Décidément, Ben se fait la voix de la raison. Mais c’est sans compter sur mon mépris pour Parker et son entêtement à vouloir me faire la leçon.

— Non, non, attends ! Je suis curieux d’entendre ce qu’il a dire.

— Tu la brusques trop ! Elle vient de te l’expliquer, Doven, c’est trop gros pour sa tête. Tu ne peux pas attendre de sa part qu’elle tire un trait sur Jeremiah…

— Je n’ai jamais demandé ça !!!

— Tu veux qu’elle fasse son deuil, c’est la même chose ! Tu es trop exigeant, tu avances trop vite pour elle.

— Comment es-tu au courant de ça ?

— J’ai vu Callie à midi. Elle était toute seule sur le campus. Elle ne savait même pas où elle allait, putain ! Elle est fragile. Rentre-toi ça dans le crâne avant qu’elle perde pied !

Alors, elle était avec lui ?! Je n’ai pas eu un message d’elle et elle était en sa compagnie.

— Je me moque bien de tes conseils. Arrête de foutre le merdier dans la tête de ma nana !

— C’est moi qui fais ça ? dit-il d’un rire amer. De son propre aveu, elle m’a expliqué avoir eu l’impression de se perdre et je l’ai ramenée.

— Tu l’as ramenée ?

Une moquerie qui le fait bondir dans ma direction. Je me retrouve bousculé et termine plaqué contre la table de la cuisine. Toute la bande s’écrie à l’unisson, choquée par le spectacle que nous leur offrons.

— Fais bien attention, Swanson ! Pour Callie, parce que je lui ai fait une promesse, il y a longtemps, je garde mon calme, mais ne me pousse pas à bout. Le dernier mec à l’avoir fait souffrir a fini à l’hosto !

— Arrêtez, putain ! s’exclame Ben en tentant de se mettre entre nous.

Parker se tourne vers lui.

— Elle va péter un câble à cause de lui ! As-tu la moindre idée de ce dont elle est capable de faire quand elle n’arrive plus à gérer ???

— Oui, je l’ai vue à l’œuvre…

— Comment ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ben, tais-toi !!!

Il le fait. Mais c’est sans compter sur Emma.

— Elle est montée sur le rebord du pont au-dessus de la voie ferrée le soir où nous avions trop bu chez toi, lui explique-t-elle.

Je jure.

— Putain, mais t’es vraiment trop con ! hurle Parker en revenant à la charge.

Will et Pete se joignent à Ben pour se dresser entre nous.

— Tu la fais souffrir !

Mes trois colocataires le maintiennent de force.

— Ça n’a rien à voir avec nous, Doven ! C’est elle qui compte et seulement elle. Tu me hais ? Je n’en ai rien à branler de ce truc entre nous. Tu es insignifiant pour moi. Apprends à en faire autant plutôt que de chercher à prouver que tu vaux mieux que moi. Tu es toujours là à vouloir prouver que tu es ce qu’il y a de mieux pour elle quitte à la blesser.

— Tu n’as plus à intervenir dans notre vie !!!

— Pas tant que je ne saurai pas avec certitude qu’elle est en sécurité et ce n’est clairement pas le cas avec toi !

— Je suis en mesure de la protéger !

— Tout ce qui t’importe c’est de me rayer de sa vie. C’est de moi que tu veux la protéger, mais pas de ce qui est véritablement nocif pour elle !

— Parker a raison…

La petite voix fébrile et hésitante de ma sœur ramène un silence entre nous. Je l’observe l’œil humide.

— Cesse de te focaliser sur ce qu’ils ont vécu ensemble et pense à vous.

— C’est ce que je fais déjà !

— Je te connais, Doven. Je sais que tu l’aimes infiniment, que ton seul désir est qu’elle soit heureuse, mais Callie a sûrement besoin de plus de temps…

— Le divorce de ses parents, c’est un choc important pour elle, poursuit Parker. Ce n’est pas leur séparation en elle-même qui la bouleverse, mais ce que ça implique : ils ne seront plus jamais une famille. C’était son plus grand rêve, qu’ils redeviennent un jour un foyer. Elle croit qu’elle l’a détruit. Elle espérait que tout finisse par s’arranger. Oui, c’est flippant, mais elle attend que Jeremiah rentre à la maison. Elle est comme ça Callie, elle est flippante ! C’est déroutant, je le sais mieux que quiconque ! Je l’ai vue partir dans des délires vraiment étranges quand nous étions ados. Je n’ai pas eu de frère ou de sœur. Toi, tu as Autumn. Essaie seulement d’imaginer ce que tu éprouverais si on l’avait enlevée dans les mêmes conditions. Si tu venais de passer douze ans sans savoir ce qui lui est arrivé, sans jamais obtenir la moindre réponse.

— Tu n’as pas idée du côté obscur de Callie, ajoute Emma. Et je n’ai pas vécu un quart de ce que Parker a traversé avec elle. Tu en fais ton pire ennemi alors qu’il pourrait être ton allié. Quoi qu’il en soit, tu dois accepter qu’elle a besoin de lui. Honnêtement, je ne pensais pas qu’elle le quitterait un jour. Pourtant, elle l’a fait pour toi. Pourquoi ne peux-tu pas te satisfaire de ça et laisser le temps faire son œuvre pour le reste ?

— Tu as tout ce que j’ai toujours rêvé d’avoir avec elle, bordel de merde ! Mais putain, profite et laisse-la continuer paisiblement son chemin !

— J’en ai ras le bol, bougonné-je. Il faut que je dorme.

Décidé à ne pas la quitter, je retire mon blouson.

— Allez faire votre soirée ailleurs, s’il vous plaît. J’ai envie d’être seul avec elle. On a besoin de calme.

Je traverse le salon sans un regard pour eux et pars rejoindre Callie. Lorsque j’entre dans la chambre plongée dans le noir, je suis heureux de constater que nous ne l’avons pas empêchée de s’endormir.

Un point sur lequel elle ne m’a pas menti : elle est épuisée…

***

Mon réveil le lendemain matin est aussi pénible que l’endormissement. Je me suis couché près de Callie en pensant que la fatigue m’emporterait rapidement. Finalement, j’ai mis des heures à trouver ce sommeil tant attendu.

Les propos tenus par Parker n’ont eu de cesse de me tourmenter. Ce type m’exaspère. Je le hais de voir si clair en elle. Oui, je suis jaloux de leur passé commun, du fait que Callie ait besoin de lui, qu’il soit une nécessité à ses yeux.

Ils me rendent tous dingue à me dire que j’ignore qui elle est ou ce qu’elle a vécu simplement parce qu’elle vient d’entrer dans ma vie. Celle dont ils me parlent n’a rien en commun avec la jeune femme qui partage mon quotidien depuis quelques semaines.

Elle est troublante, touchante, vulnérable, pourtant si forte et courageuse. Je sens son désir de reprendre le contrôle de sa vie et je ne doute pas qu’elle en soit parfaitement capable. Pourquoi la maintenir à cet état de petite chose fragile ? Elle est bien plus solide qu’ils ne le croient. Je sais qu’elle peut être très différente de ce qu’elle leur a montré jusqu’ici.

Je ne veux pas la C.J de Parker. Non, je dois vivre notre histoire avec ses hauts et ses bas, mais avec ma Callie !

Ma première réaction lorsque j’entrouvre les yeux est de chercher son joli corps à côté de moi. Mais sa place est vide. Je me relève brusquement inquiet à l’idée qu’elle se soit sauvée.

Pour m’éviter probablement...

Mais me retrouver confronté à ses deux immenses billes bleues qui me jaugent depuis le fauteuil près de son bureau me rassure instantanément.

— Ma Penny, murmuré-je, la voix encore enrouée par la fatigue. J’ai eu peur que tu sois partie…

— Il est très tôt.

Un bref coup d’œil vers l’unique fenêtre de la chambre m’apprend que la nuit est toujours bien installée dehors.

— Quelle heure est-il ?

— 6h.

— Viens, l’invité-je en lui tendant la main. Mets-toi au chaud.

Elle accepte. Je l’attire contre moi lorsqu’elle s’allonge et la serre dans mes bras qui l’enrobent.

— Je me sens si nul, lui avoué-je à l’oreille. Je n’arrive pas à communiquer avec toi. Je te dis des choses en pensant à ton bien-être, à ce que je pourrais faire pour t’aider à t’épanouir, mais je ne parviens pas à trouver les bons mots, le ton approprié pour que tu entendes le message exactement comme je le pense dans ma tête. Parler n’a jamais été un problème pour moi, mais toi, je t’aime à en crever. Visiblement, ça me fait perdre tous mes moyens.

— Même si tu commets des erreurs, je sais que tes intentions sont bienveillantes. J’ai mes torts également.

— Dis-moi ce que tu attends de moi.

— J’ai seulement besoin de ton soutien.

— Et parfois, ça implique de te laisser de l’espace ?

— C’est sûrement injuste pour toi, mais oui, j’ai envie de solitude à certains moments.

— Je peux le comprendre et le respecter, mais essaie de te mettre à ma place. C’est difficile quand je te sens aussi fragile.

Callie roule dans le lit pour finir face à moi.

— C’est douloureux d’accepter leur séparation. Tout s’effondre subitement. Je me rattachais à un espoir bien vain, je m’en rends compte, mais pendant si longtemps je n’avais rien d’autre que cette espérance de nous voir enfin tous ensemble et heureux.

— J’aurais voulu que tu m’en parles plus franchement afin de pouvoir mieux t’épauler. Je t’ai sentie si perturbée par cette histoire avec Jeremiah que mon envie de te protéger a pris le dessus sur tout le reste.

— Ce week-end à Lexington m’a vraiment mise dans un drôle d’état.

— Il y a des raisons impérieuses à ça. Mais, Callie, tu ne dois pas oublier que, quoi qu’il arrive, tu n’es pas seule ! Tu as des amis très fidèles et qui t’adorent. Ton père semble sincèrement décidé à prendre soin de toi. Et puis, tu m’as moi.

Elle sourit à mon air bête.

— J’essaie encore de comprendre ce qui s’est passé chez moi. Je me pose beaucoup de questions.

— Je suis moi aussi très intrigué. On va résoudre ce mystère ensemble. Tu as besoin de réponses et je vais te les apporter, tu as ma parole !

— Doven, murmure-t-elle avec une vive émotion. Tout me fait si peur en ce moment.

Je la serre dans mes bras.

— Mais je suis là, ma chérie. Tout ira bien, je te le promets.

— Je me sens si fatiguée.

— Commence par te reposer dans ce cas. Le reste viendra petit à petit. Ne brûlons pas les étapes.

Son corps se détend contre moi, elle semble prête à s’assoupir.

— Et si on restait au lit toute la journée.

— C’est impossible…

— Si ! Ça s’appelle sécher les cours.

— Ce n’est pas raisonnable.

— Allez, dis oui, Callie, l’encouragé-je en la chatouillant doucement.

Elle se tord sous les draps. J’en profite pour me faufiler entre ses cuisses.

— Doven ! s’exclame-t-elle en riant.

— Combien de fois penses-tu que l’on puisse faire l’amour en restant au plumard jusqu’à ce soir ?

— Ne me tente pas.

— Mais je n’ai pas l’intention de faire autre chose tant que tu n’auras pas capitulé, ris-je contre sa bouche. On pourrait essayer de battre notre record…

— Il s’élève à combien déjà ?

— Tu me vexes là, chérie. Tu as oublié notre journée des six fois ?!

— Je n’en ai pas oublié une seule minute…

J’arque un sourcil.

— Prête à relever le défi ?

— Je suis hyper partante, ricane-t-elle avant de m’embrasser langoureusement.

— Je t’aime, Callista.

— Je t’aime aussi.

Et nous partons dans un baiser sulfureux annonciateur de longues heures qui le seront toutes autant.

***

– Mon corps endolori – c’est ma première sensation en ouvrant les yeux. J’ai mal dans tous mes membres. On a tellement fait l’amour que mes muscles sont tendus. J’essaie de m’étirer, ce qui me provoque une grimace. Mais ce qui m’agresse le plus c’est la sonnerie de portable qui braille dans la chambre.

— Ton téléphone ou le mien ? demandé-je en reprenant lentement mes esprits.

Je suis totalement abruti par la fatigue. Je dormais très profondément avant qu’on vienne m’arracher à mon paisible et si mérité sommeil. N’obtenant comme réponse qu’une nouvelle sonnerie stridente, je vire dans le lit à la recherche de ma voisine, mais cette fois-ci elle a déserté la pièce.

— Callie chérie ?

Je ramasse enfin mon portable sur la table de chevet et constate que Parker vient de m’appeler par trois fois.

— Qu’est-ce qu’il me veut lui ?

Râleur, je compose son numéro pour m’enquérir du motif de son appel.

— J’essaie de te joindre depuis une heure !

— Et je ne suis pas à…

— Pointe-toi à l’hosto d’Elkhart en vitesse ! me coupe-t-il abruptement.

Un ordre qui fait dresser tous les poils de mon corps. Mon instinct se met au garde-à-vous et je sais immédiatement qu’un truc ne tourne pas rond.

— Qu’est-ce qu’elle a fait ?

— Elle s’est plantée avec sa bagnole. Son père vient de m’avertir. Je suis déjà en route ! Magne-toi !

— J’arri…

Mais il a raccroché. Je saute du lit et m’habille en toute vitesse. En moins de deux, je quitte mon appartement.

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