Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 33
C.J
Le dernier jour du semestre marquera le début des vacances de Noël pour les autres étudiants d’Hedard. En ce qui me concerne, il annoncera aussi un évènement plus personnel que je redoute vraiment : la cérémonie organisée à la mémoire de mon frère Jeremiah.
Si je suis touchée par l’initiative de Doven, à quelques heures de me retrouver en compagnie de mon père, de Doven ainsi que de mes amis pour planter cet arbre près du lac Michigan non loin de là où nous vivions avec ma famille, je commence à appréhender. Assimiler les sentiments que la disparition de Jeremiah éveille en moi n’a rien de facile, j’apprends doucement. Naturellement, j’ai peur d’être submergée par une déflagration d’émotions que me causera cette journée vouée à être rude.
Pour le moment, je dois me concentrer sur mes cours et finir en beauté afin de pouvoir relâcher la pression. Une fois la cérémonie achevée, nous nous rendrons à Milwaukee pour y passer les fêtes de fin d’année et cette idée m’enchante sincèrement. Je me suis toujours sentie très bien chez Doven et Autumn. Leurs parents sont des gens formidables et ne pas les aimer est impossible et la chaleur de leur foyer est bienfaisante. Mon unique dilemme dans ce prochain départ est de laisser Parker à son sort.
Les choses sont très compliquées depuis le coup de fil d’Autumn où elle m’intimait de trouver un bon mensonge pour Doven pour justifier son absence. Heureusement, je m’en suis plutôt bien sortie avec la complicité d’Emma bien sûr. J’ai raconté à son frère qu’elle devait l’aider à réviser et que pour cette raison, elle passerait la nuit chez les garçons. Doven étant sur un nuage depuis que nous partageons cet appartement ensemble, il ne s’est pas plus questionné que ça.
Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de parler à Autumn de cette soirée où elle m’a surprise par son attitude et sa manière de s’adresser à moi. Il ne fait aucun doute que je suis la cible de sa colère. Je devrais la confronter pour arranger les choses, mais rien n’est moins simple en cette période d’examens.
Ce matin me semble une bonne occasion de m’expliquer avec elle. J’ai un contrôle important dans une heure et elle aussi. Doven n’ayant cours que cet après-midi est sorti de bonne heure pour finir de préparer la cérémonie pour Jeremiah. Voilà pourquoi je me suis levée un peu plus tôt, que j’ai pris le temps de cuisiner un vrai petit-déjeuner. Je veux me réconcilier avec Autumn.
Je suis déjà prête à partir en cours lorsqu’elle sort de sa chambre encore vêtue de sa tenue de nuit. Elle n’a pas fini de remonter le couloir qu’un café frais l’attend sur la table de la cuisine. Elle s’approche et s’aperçoit de mon attention à son égard.
— C’est pour moi ?
Un peu anxieuse, je lui désigne l’assiette de pancakes.
— Ça aussi…
Elle me dévisage l’air perplexe.
— Tu as un examen important. Tu seras plus performante avec le ventre plein.
— J’ai l’estomac noué. Je ne pense pas pouvoir avaler quoi que ce soit.
— Ce n’est pas grave…
Elle ramasse sa tasse et prend la direction de sa chambre.
— Autumn, la retiens-je. On pourrait parler toutes les deux ?
Elle soupire en me faisant front.
— Et de quoi précisément, Callie ?
— De ce qui s’est passé l’autre soir. Des tensions qu’il y a entre nous sans que je comprenne vraiment pourquoi…
Elle a un rire un poil hautain.
— Quoi ?
— Tu es quand même quelqu’un ! dit-elle en secouant la tête dépitée.
— Explique-moi ce que tu me reproches ?
— Comme si tu ne le savais pas.
— J’ai bien saisi que Parker est plus ou moins lié à…
— Plus ou moins lié ? s’indigne-t-elle. Il n’est pas plus ou moins lié ! C’est le cœur du problème entre nous.
Je m’apprête à lui dire que je regrette que Parker l’ait quittée, mais elle m’en empêche d’un geste de la main.
— Je sais ce que tu vas me sortir, mais je t’assure que tu te trompes. Ça n’a aucun rapport avec notre rupture, seulement avec ta façon pourrie et égoïste de gérer ce qu’il t’a dit lorsque tu étais à l’hôpital.
— C’est un peu compliqué…
— Ben voyons ! Dis plutôt que ça t’arrange d’ignorer ses sentiments, ça te fait te sentir moins coupable.
— Écoute, je pense que cette situation ne concerne que Parker et moi…
Elle se marre.
— C’est si facile pour toi ! Tu n’as même pas essayé de lui parler depuis qu’il t’a fait part de son amour. Tu t’es contentée de le jeter et tu t’es tue.
— Non…
— Et t’es-tu souciée ce qu’il a pu ressentir en entendant Doven te demander de vivre avec lui ?
— C’est…
— Quoi ? Compliqué ? Oui, Callie, c’est compliqué et douloureux d’assumer les conséquences de ses actes ! Mais la vérité est que tu as quitté Parker pour un autre mec, qu’il le vit on ne peut plus mal depuis ton accident comme si, tout à coup, il avait pris conscience qu’il t’avait perdue. Tu te contrefous de ce qu’il éprouve tant que sur ta petite planète tout va pour le mieux.
— C’est faux, me récrié-je au bord des larmes. J’y pense chaque jour, mais je ne sais pas quoi lui dire pour apaiser sa peine.
— Et dans ta grande lâcheté, tu préfères l’ignorer ?
— Je ne peux pas l’aider, me défends-je. Je suis la cause de son chagrin, pas le remède.
— Et t’excuser t’écorcherait la bouche ? Agir comme une amie te fatiguerait un peu trop ?
— Arrête ! Tu ne sais rien de notre histoire ! m’emporté-je.
— Il ne t’a jamais laissée en plan ! rétorque-t-elle sur un ton identique. Jamais ! Même quand tu l’as quitté pour un autre, il t’a offert son soutien. Et toi, au moment de sa vie où il a le plus besoin d’être guidé, tu lui tournes le dos !
— Je le fais parce que je pense que c’est ce qu’il…
— C’est ce qui t’arrange !!! s’époumone-t-elle. Tu n’as pas à supporter les conséquences de TA décision ! Tu l’as abandonné, Callista !
Elle me jauge de la tête aux pieds.
— Et tu ne mérites aucunement l’amour qu’il te voue. En plus de devoir faire face à votre séparation, il doit encaisser la plus grosse déception de sa vie. Et c’est toi, Peachy…
Elle a formulé mon surnom avec un mépris glaçant.
— Je… je… bafouillé-je en essuyant mes joues.
— Et je n’ai plus rien à te dire !
Elle tourne les talons et disparaît dans le couloir.
***
Le reste de ma journée est voilé par la lourdeur de ma conversation avec Autumn. Je me sentais déjà si touchée par tout ce qui est en train d’arriver à Parker, cette dispute ne pouvait pas tomber plus mal. J’ai bien conscience que notre discussion cette nuit-là a dû l’ébranler. Je ne suis pas naïve au point de croire qu’il n’en a pas souffert, mais j’ignore quoi faire pour l’aider. Autumn le défend et, même si ses propos me blessent, je suis heureuse de savoir qu’il a quelqu’un d’aussi généreux pour veiller sur lui.
J’ai été effrayée par ce qu’elle m’a rapporté au sujet des agissements de Parker. Apprendre qu’il s’alcoolise, qu’il se néglige, encore pire, qu’il risque de perdre sa brillante progression au sein de l’équipe des Scorpions m’inquiète tellement. Autumn a décidé de lui venir en aide, de le soutenir dans cette épreuve et je suis soulagée de le savoir. Pour rien au monde, je ne veux le voir s’effondrer. Pas pour moi, ce n’est pas possible.
Parker m’idéalise trop !
Pourquoi s’entête-t-il à croire que je suis sa seule et unique chance de trouver le bonheur et l’amour ? Comment peut-il s’épanouir en vivant auprès d’une personne telle que moi ? Je ne comprends pas plus la persévérance de Doven. Si elle me touche, elle me terrifie également. Je ne suis pas en capacité de combler qui que ce soit ! Je suis prise au piège par ma peur d’être seule et de devenir nocive pour les gens qui m’entourent. Mais je veux, je dois garder l’espoir que je ne lui ressemblerai pas. Je peux me battre pour apprendre à vivre en paix avec mes regrets et ma culpabilité. Oui, j’ai envie d’y parvenir, mais Parker a déjà trop souffert de toute cette noirceur qui fait ma vie.
Même s’il doit traverser une période sombre et douloureuse, il finira par la surmonter et un avenir bien meilleur, plus tranquille s’ouvrira à lui. Il lui arrivera de belles et grandes choses. Dans le football, mais pas que ! Et il a amplement gagné le droit de vivre ça aux côtés d’une femme qui pourra l’élever encore plus haut. Plus haut vers la lumière. J’espère qu’il verra, quand le moment sera opportun, combien lui a été précieuse Autumn et qu’il fera le bon choix. Le savoir dans cet état est une véritable torture, mais il doit en passer par là pour m’oublier. C’est ce que je peux faire de mieux pour lui.
— Hé ! Peachy !
Je suis tellement perdue dans mes songes que je fais un bond de vingt mètres lorsqu’Emma me saisit par les épaules. Je ne l’ai pas vue arriver.
— Merde, ricane-t-elle. T’as eu les jetons ?
— Désolée, j’étais happée par mes pensées.
Ma meilleure amie me bouscule gentiment.
— Tu veux en parler ?
Je secoue la tête.
— Ce n’est rien de bien méchant.
En silence, nous rejoignons le self. Je récupère un plateau et le garnis d’une salade de fruits frais sans vraiment savoir si j’arriverai à avaler ce maigre repas. J’ai l’estomac tellement noué en ce moment que je ne mange quasiment rien. Surtout quand Doven n’est pas là pour me forcer à me nourrir. Emma a bien meilleur appétit que moi. D’ailleurs, ce n’est pas dans ses habitudes de se goinfrer autant…
Mes fesses à peine posées sur ma chaise, Emma revient à la charge.
— C’est Belle Gueule qui te met dans cet état ?
Le sourcil arqué, j’observe Emma engloutir ses frites à une cadence surréaliste.
— Tu devrais moins t’envoyer en l’air et davantage te nourrir.
— Si seulement il me laissait le temps de reprendre des forces…
— Mais tu es heureuse ?
Son regard brillant suffit à répondre à ma question.
— Ce mec est trop gentil, Callie ! Ça cache forcément un truc.
— N’importe quoi ! Ben est simplement quelqu’un d’adorable.
— Ouais, on verra ! Mais ne change pas de sujet. C’est à cause de Parker que tu es soucieuse ? C’est en rapport avec ce faux alibi que tu cherchais pour Autumn ?
Je soupire.
— Je ne sais plus quoi faire avec elle. Emma, elle me déteste, gémis-je.
— Parce que son malabar est amoureux de toi ?
Je fais non de la tête.
— D’après elle, j’abandonne totalement Parker.
— Mais c’est un peu normal que tu lui laisses un peu d’espace en ce moment.
— Ce n’est pas ce qu’elle pense. À ses yeux, je devrais présenter des excuses à Parker de ne pas avoir répondu à sa déclaration d’amour et tenter d’adoucir sa peine.
— Elle est bien mignonne, mais ce n’est pas aussi simple !
— Peut-être qu’il faudrait que je lui parle…
— Éventuellement. Mais ne te laisse pas miner par cette gamine. Je suis certaine qu’elle essaie de te culpabiliser parce qu’elle l’aime et qu’il ne veut pas d’elle. T’es forcément la nana à abattre pour elle.
— En d’autres circonstances, je n’en aurais rien à faire qu’elle soit en colère après moi, mais là, il s’agit de la sœur de mon mec. Tu imagines l’enfer si elle me prend en grippe ?!
— J’avoue que ce n’est pas idéal, mais Parker va finir par se détendre. Il va la sauter une ou deux fois et tu seras de nouveau sa nouvelle meilleure pote. D’ailleurs, je suis certaine que c’est pour ça qu’elle a squatté chez lui l’autre nuit. Réviser, mon œil ! Elle lui a agité ses nibards sous les yeux pour qu’il oublie sa Peachy Pussy…
Je grimace.
— Mon Dieu… ce surnom…
Elle se marre.
— Je te jure que c’est ton mec qui l’a inventé, pas moi ! Il m’a fait porter le chapeau parce qu’il a bien capté que t’étais pas fan, mais c’est lui qui racontait qu’il avait rencard avec Peachy Pussy.
— Nan mais je rêve ! Quel imbécile !
— Il avait seize piges et il ne songeait qu’à s’envoyer en l’air !
Je me sens rougir.
— Je reconnais qu’à cette période-là, on ne faisait que ça.
— Le bonheur des hormones…
— Toujours est-il, je pense aussi qu’il est encore sous le coup de l’émotion. De son propre aveu, il m’a dit que le coup de fil de mon père lui a rappelé des trucs vraiment durs de l’époque où je me tailladais les veines.
— Par contre, il avait l’air bien secoué l’autre soir.
— Je me suis sentie si mal à l’aise quand j’ai compris ce qu’allait faire Doven.
— Ça a un peu brisé la magie de l’instant, mais tu es contente de vivre avec lui, n’est-ce pas ?
— Bien sûr ! Doven est si doux en ce moment…
— Tu vas faire quoi avec ton anaconda ?
— Je devrais sûrement aller lui parler. Autumn m’a dit qu’il partait à la dérive. Je n’ai pas envie de lui tourner le dos, mais pour la première fois de ma vie, je me demande si ce n’est pas le mieux à faire pour lui.
— Tu sais, plus j’y pense moins je comprends ce truc entre vous, alors, excuse-moi, mais je vais passer mon tour. En plus, j’en ai pris plein la gueule en me rendant à l’épicerie. C’est bon, ça m’a vaccinée !
— Parker peut être dur quand il est en colère, qu’il a peur…
Emma me dévisage un moment en silence. Elle semble s’interroger.
— Ça ne va pas ?
Elle hausse les épaules.
— Je me demandais si je ne devrais pas profiter du fait que nous sommes seules pour te parler d’un sujet un peu délicat…
— Nous sommes en vacances ce soir. Les prochains jours seront très particuliers pour moi. Si tu veux le faire, c’est maintenant.
— OK !
Elle toussote.
— C’est justement un truc que m’a dit Parker pendant qu’il me pourrissait.
— D’accord…
— Il prétend que tu n’avais pas vraiment envie de devenir mon amie lorsque nous étions au lycée, m’apprend-elle d’une voix hésitante.
Je me mords la lèvre inférieure en comprenant de quoi il retourne.
— C’est vrai, Peachy ? Il n’y avait pas de place pour moi dans ta vie ?
— Em’, murmuré-je sur un ton désolé. À cette époque, il n’y en avait pour personne. J’avais Parker et ça me suffisait. Mais même lui, je le rejetais dès qu’il me mettait dans une configuration émotionnelle que je n’arrivais plus à assumer.
— C’est aussi ce qu’il a dit.
Elle a une moue confuse.
— Il a ajouté qu’il t’a fait la misère pour que tu me laisses me rapprocher de toi.
— C’est vrai qu’il a beaucoup insisté.
— Je n’ai pas de mal à le croire. C’est bien ça le problème.
— Comment ça ?
— Eh bien, lui a fait ce qu’il fallait pour que j’entre dans ta vie, il m’a soutenue. Comment ne pas me sentir coupable après tout ce que je t’ai dit par rapport à votre couple ?
— Ne mélange pas tout, Emma.
— La vérité, c’est qu’il a été plus correct avec moi que je ne l’ai été avec lui. J’avais une mauvaise image de lui, mais finalement, c’est toute la gent masculine que j’ai tendance à diaboliser. Je n’ai pas été très juste avec lui, je crois. Le truc, tu vois, c’est que lorsque nous parlions de lui, tu ramenais tout à Parker ! Parker et ses entraînements, ses matchs, ses soirées, ses devoirs, ses petits boulots et ses envies de baise… J’ai pensé que tu t’oubliais complètement, qu’il n’y avait que lui qui comptait, mais Callie, j’ai besoin de savoir si je me suis trompée. Étais-tu heureuse avec lui ?
Je baisse les yeux, fixe mon assiette.
— Ce n’est pas important, Em’…
— Mais bien sûr que si !
— Non, je t’assure. Ce qu’il l’est maintenant, c’est son bonheur ! Emma, si tu veux te rattraper vis-à-vis de Parker, alors encourage-le à rester proche d’Autumn…
— Attends, tu rigoles ?
— Pas le moins du monde. C’est la réponse dont il a besoin. Montre-lui tous les bienfaits qu’il pourrait trouver à tenter sa chance avec une fille aussi adorable et lumineuse qu’elle. Elle saura le charmer, mais surtout le comprendre et le rassurer. Surtout, fais-lui remarquer comme Autumn s’accroche, qu’elle ne l’abandonne pas. C’est très important pour lui.
— Et toi, tu vas le faire pour qu’il se détache de toi…
— S’il te plaît, Emma. C’est mieux ainsi…
— Pour qui au juste ?
— Pour tout le monde !
— Je vais aller causer à Parker, mais je ne te garantis rien. Désolée, mais je doute que tu sois dans le vrai, là, Peachy. Je me sens assez merdique d’avoir foutu le bordel, je ne vais pas ruiner votre amitié, maintenant.
— Emma !
— C’est non, C.J ! Je vais garder un œil sur lui pour te rassurer, mais je ne lui transmettrai pas ce message. Autumn est gentille, je le reconnais, mais la connais-tu suffisamment pour être certaine qu’elle soit bien pour lui ? Parker a souffert de l’abandon de sa mère. As-tu vraiment envie d’être celle qui va lui faire ressentir un truc qui le terrifie à nouveau ? Sérieusement, j’en doute !
— J’essaie de penser à lui…
— Alors, demande-lui ce qu’il y a de mieux ? Il a compris que tu aimes Doven, il n’est pas stupide ! C’est à lui de te dire ce qu’il attend de toi maintenant que tout est clair entre vous ! S’il veut que tu t’éloignes, alors ça sera son choix !
— D’accord, soufflé-je, en me frottant le visage. J’irai lui parler…
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