Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon

Chapitre 3

PARKER

 

— Oh, oui… Parker…

Les genoux appuyés contre le matelas, les mains solidement enfoncées dans les hanches d’Amélia, je vais en elle à un rythme soutenu.

J’ai rencontré cette fille quelques minutes plus tôt à la soirée d’après-match – le premier de la saison – et j’ai décidé de célébrer notre victoire en sa compagnie. Moins de vingt mots échangés avec elle et la voilà déjà dans mon lit. Ses cheveux enroulés dans le creux de ma main, je tire sur sa tignasse brune tout en m’enfonçant en elle.

— Ça te plaît comme ça ?

— Putain, ouais…

L’enthousiasme qui teinte ses propos me pousse à donner plus de cadence à mes coups de boutoir.

— Je vais… Oh, mon Dieu !

Les frémissements de son corps, annonciateurs de son orgasme, me parviennent et je sais qu’elle n’est pas loin de la jouissance. Je mets plus d’intensité dans mes assauts et me penche suffisamment pour presser ses seins dans mes mains. Je les malaxe, les pétris avant de malmener ses tétons. Je les pince, les tire. Elle hurle de plaisir. Ses membres se tendent, se crispent. Elle s’agite autour de ma bite. La tête jetée en arrière, les yeux rivés au plafond, je joue une nouvelle fois des hanches et je jouis enfin.

Me délectant du plaisir de l’orgasme, je bouge plus lentement entre ses cuisses. Ainsi logé en elle, je suis aux premières loges pour sentir son sexe se contracter autour du mien lorsqu’elle se délivre à son tour.

— Bordel, ça fait du bien, soupiré-je en m’immobilisant en elle.

Pour réponse, Amélia émet un gémissement tout aussi satisfait. Son corps retombe sur mon matelas lorsque je l’abandonne. De mon côté, je me débarrasse de la capote et me lance en quête de mon calbut. Je n’oublie pas de ramasser ses fringues au passage pour les déposer près d’elle.

— C’est ta manière de me dire de ficher le camp ?

— Ce n’est pas contre toi, je t’assure. Je me suis bien amusé et je crois qu’il en est de même pour toi, mais on n’attendait rien de plus de cette soirée, si ?

La demoiselle soupire tout en quittant mon plumard. Elle s’habille. J’en profite pour lui piquer la place.

Tant que je peux éviter les câlins « post-baise » …

Amélia passe ma chambre en revue et s’arrête devant ma commode. Une photo dans son cadre attire son attention.

— C’est ta frangine ?

La photographie en question a été prise lors d’un réveillon de Noël. Elle remonte à ma dernière année de lycée et la fille que je tiens dans mes bras n’est nulle autre que Callista.

— Je suis fils unique et c’est ma nana.

Choquée, Amélia se tourne vers moi.

— Je te demande pardon ?

Je me marre de son air outré.

— Laisse couler ! C’est une histoire bien trop longue à raconter. Tout ce que tu as besoin de savoir c’est qu’elle ne va pas te traquer pour te refaire le portrait. Je peux sauter toutes les filles du campus, elle n’en a rien à foutre.

— C’est… euh… bizarre…

Je glousse.

— C’est merdique, tu veux dire !

Son regard devient plus malicieux.

— Donc, si ta nana n’en a rien à taper, on pourrait remettre ça à l’occasion…

— Excuse-moi, mais je préfère éviter les quiproquos. Les coups d’un soir, c’est plutôt parfait. Ça correspond plus à mes attentes du moment.

Elle a un rire moqueur.

— Tu dois être sacrément amoureux pour baiser à droite et à gauche…

— Crois-moi, tu te trompes. Je l’aime à en crever. Ce n’est pas moi le problème, c’est elle !

Amélia a une moue navrée.

— Tu sais où me trouver si tu changes d’avis ! me lance-t-elle depuis le seuil de ma chambre. Bye, Parker.

Elle sort en me laissant comme une pauvre merde derrière elle, car c’est clairement ainsi que je me sens après une séance de baise.

Un peu comme un rituel, je chope mon portable et le manipule jusqu’à voir le nom et la photo de Peachy dans ma liste de contacts. Je louche sur l’onglet « Appeler ».

Ma gorge se serre et j’ai envie de chialer, comme à chaque fois que je couche avec une fille. Quand je me retrouve face à ma culpabilité, il y a toujours cet instant de nostalgie où elle me manque plus qu’à n’importe quel autre moment.

Je voudrais l’appeler, lui dire combien j’ai mal, que son absence me met au supplice, mais à quoi bon ? Elle s’en fout ! Si ce n’était pas le cas, elle ne m’aurait pas tourné le dos, elle ne m’aurait pas planté pour aller le rejoindre. Il n’y a plus rien à espérer de nous…

Mais, ce soir, je suis incapable de me retirer les mots de Doven de la tête : ils ne sont plus ensemble. Si son attitude me fait halluciner, je ne peux m’empêcher de repenser à notre discussion. Je comprends sa motivation à coincer Thomas, je ne suis pas débile, mais filer un coup de main au mec qui a ruiné ma vie m’emballe déjà moins.

En attendant, ma C.J est toute seule depuis mon départ pour la Floride et pas une fois elle n’a eu l’idée de m’appeler. Visiblement, vivre sans moi ne lui pose aucun souci…

Pendant que moi, je meurs d’elle…

***

Les jours qui suivent ce samedi soir, je ne suis pas dans mon assiette. D’ailleurs, ce soir, j’ai même décidé de zapper mon entraînement.

Après ma brève discussion avec Amélia et la visite de Doven, je me sens bizarre. Je ne suis plus en phase avec moi-même.

Du coup, je remets en question et ça me bousille. Je songe à mes vacances à Malibu, à l’attitude que j’ai adoptée là-bas. Le but de ce voyage était de relâcher la pression et me sortir cette putain de rupture de l’esprit. Pour y parvenir, j’ai suivi les conseils de Dwayne, j’ai bu et j’ai baisé.

La première fois où je me suis retrouvé face à une fille à poil n’est pas un souvenir impérissable. J’étais plus coincé qu’un puceau et je pensais à Peachy, à la première fois où je lui ai fait l’amour, à toutes les promesses que je lui ai faites pendant qu’on se découvrait si intimement. Mon cerveau était tellement embrouillé que je me suis contenté de combler ma partenaire. Moi, j’ai été incapable de prendre mon pied.

Je galère beaucoup moins depuis, je l’avoue. Je dirais même que je m’amuse plutôt bien. Mais tout ceci est un leurre, une échappatoire, un moyen d’oublier qu’elle me tue.

Il est presque 20h lorsque je gare ma caisse en bas d’Allenton Hills. Le côté judicieux de cette visite à Callista ne me saute toujours pas aux yeux tandis que je franchis les deux étages qui me séparent de sa piaule. Il y a peu de chances qu’elle soit ravie de me voir, mais je me laisse guider par ce foutu instinct de protection qui me somme de m’assurer qu’elle va bien.

Et ça m’énerve de ne pas réussir à me détacher d’elle ! Elle ne veut plus de moi. Pourquoi je persiste ?

Pourtant, même si je sais que je vais souffrir, je toque à la porte que m’a indiquée Emma lorsque je lui ai demandé l’adresse de Peachy.

Quelques secondes plus tard, on tourne le verrou. Je me maudis intérieurement en sentant mon cœur s’envoler dans ma poitrine face à la perspective de la revoir. Je suffoque, je manque d’air, je me paralyse en attendant de redécouvrir son beau visage.

Et mon malaise ne fait qu’accroître lorsque je me retrouve nez à nez avec Autumn. Comme cet été, je suis saisi d’angoisse face à cette fille qui m’a imaginé dans la peau de son violeur durant des mois.

— Parker ?

Étrangement, elle semble plus à l’aise en ma présence.

— Oh… Salut !

— Tu viens voir Callie ?

— Euh, ouais…

— Elle n’est pas là !

— Ah…

J’ai du vocabulaire, ce soir, c’est impressionnant…

— Elle est à son cours de soutien.

— Ce n’est pas le lundi d’habitude ?

— Pas cette année. Maintenant, c’est le mardi et le jeudi.

— Merde…

Je fais un pas en arrière.

— Je repasserai une autre fois alors…

Je suis sur le point de tourner les talons quand :

— Mais, elle sera là dans quelques minutes. Tu veux l’attendre ?

Autumn ouvre la porte en guise d’invitation. Je la remercie d’un sourire.

— C’est gentil…

— Il n’y a pas de quoi !

J’entre et découvre le logement des filles. Je ne peux retenir un rictus devant cet endroit impeccable et joliment décoré.

Du Peachy tout craché…

— Assieds-toi !

J’obéis et m’installe sur le sofa bleu.

Pianotant sur mon jean, je commence à patienter en pensant qu’Autumn va filer dans sa chambre. Pourtant, non. À ma grande surprise, elle prend place dans le fauteuil en rotin. Même si je ne m’attendais pas cela, le mieux est de lui faire la conversation.

— Donc, tu as décidé de revenir étudier à Hedard et de vivre avec Callista…

Elle lève les yeux au ciel.

— Et ça fait la joie de Doven.

— Comme tu peux l’imaginer, je ne suis pas hyper fan de ton frangin…

Je me frotte la nuque.

— Mais je peux me mettre à sa place deux secondes et comprendre ce qui lui fait péter les plombs.

Nerveux, je me mords la joue.

— Vu que Thomas est là…

Son visage s’assombrit.

— Je reconnais que la situation n’est pas idéale et encore moins facile. Cela dit, je ne peux pas m’empêcher de vivre éternellement…

L’air convaincant qu’elle essaie d’adopter est attendrissant.

— C’est très courageux de ta part…

— J’ai passé les six derniers mois à rester cloîtrée chez moi, car tout me faisait peur, mais j’ai trop de choses à faire, trop de choses à vivre pour m’arrêter là. Ici, je ne suis pas seule, j’ai Doven et Callie, maintenant.

— C.J est une très bonne amie, quelqu’un sur qui l’on peut compter.

Je baisse les yeux.

— Je le sais mieux que quiconque.

— C’est pour cette raison que tu es là ? Parce qu’elle te manque ?

— Je…

Je me repositionne dans le canapé, perturbé par cette question à laquelle je ne m’attendais pas.

— Rien de plus normal ! Callie m’a raconté votre rencontre. Vous vous connaissez depuis si longtemps. Ça doit être horrible de devoir apprendre à se passer d’un être aussi important d’une manière si brutale…

— Horrible, oui…

— Doven est peut-être mon frère, mais je n’en suis pas moins désolée pour toi.

J’ai un sourire coincé.

— Je n’ai pas vu Callista depuis cet été. Elle me manque vraiment.

— Mais quel aspect de vous te manque le plus ? Votre amitié ou votre amour ?

L’œillade que je lui lance est plus que sévère. Encore une fois, la question d’Autumn me pique de sa franchise et de sa spontanéité. Elle se rembrunit quand nos regards se croisent.

— Pardon ! On me dit souvent que je suis trop curieuse.

— Ce n’est rien, je t’assure.

Je me frotte les paupières.

— Je ne suis pas habitué à tant de franc-parler.

— Je comprends.

— Ce numéro de psy, c’est un truc de famille, apparemment…

Autumn s’esclaffe.

— Je ne pense pas que ce soit de la psychologie.

— Tu appellerais ça comment toi ?

— Eh bien, pour tout te dire, notre père est pasteur…

J’écarquille les yeux.

— Et je crois que ça vient de là !

Je ris.

— Ce n’est pas impossible.

Le sourcil arqué, je la contemple d’un air badin.

— Et ce n’est pas chaud d’avoir été élevée par un pasteur ?

— Absolument pas ! Mon père est vraiment cool. C’est un pasteur très moderne et ouvert. Il a aussi beaucoup d’humour. Cependant, il a des préceptes religieux auxquels il entend qu’on obéisse sous son toit.

— Ce qui est logique.

C’est alors que la porte d’entrée s’ouvre avec fracas et interrompt mes bavardages avec Autumn. Ils sont bien plus naturels et même agréables d’ailleurs.

— Ton frère va me rendre folle !

C.J s’engouffre dans la pièce comme une tornade tout en marmonnant ces quelques mots. Sans lever la tête, elle fonce en direction de la première chambre.

— Callie !?

— J’ai envie de le tuer, sérieux !

Elle entre dans sa chambre.

— Tu as de la visite.

Mais je suis déjà debout et prêt à déguerpir. La voir m’angoisse, l’entendre parler de Doven me brise. Il faut que je m’en aille !

Je traverse le salon et m’empare de la poignée de la porte quand C.J réapparaît. Mes yeux se détournent d’elle quand elle s’attarde enfin sur moi. Il y a si longtemps que cette nana ne m’avait plus terrifié. Une sensation qui ne m’avait pas manqué.

— Parker ?

Le regard rivé sur le sol, je desserre les lèvres.

— Je ne sais pas pourquoi je suis venu…

J’ai un coup d’œil pour Autumn.

— Merci pour ton accueil. C’était sympa de bavarder avec toi.

J’ouvre la porte.

— Attends, Parker !

En deux enjambées, C.J est à mon côté.

— Tout va bien ?

Sans relever la tête, je réponds par la négative. Mon regard s’embrume.

— Je suis désolée…

Sa main se glisse dans la mienne. Mes larmes grossissent. Je me pince l’arête du nez pour tenter de les chasser.

Puis ce sont ses bras fins et délicats qui s’enroulent sur ma taille. Elle se love contre moi.

— Je suis là, Parker. Je serai toujours là pour toi.

Je bouge enfin. Tout ce que je désire est de la serrer dans mes bras. Je m’empare de son petit corps si fébrile et la soulève contre moi. En réponse, elle se suspend à mon cou pendant que j’enfouis mon visage dans ses cheveux lâchés. Et je craque pour la première fois depuis notre rupture en retrouvant simplement la chaleur de son étreinte et l’odeur de sa peau.

— Peachy, marmotté-je la voix pleine de sanglots.

— J’ai eu envie de t’appeler, de prendre de tes nouvelles, mais l’idée de te blesser.

— C’est ton silence qui me brise, C.J, comme toujours…

— Pardonne-moi. Je ne voulais pas que tu aies l’impression de ne plus compter. Tu me manques.

— Toi aussi, tu me manques. C’est tellement violent…

— Je te demande pardon, chouine-t-elle, elle aussi.

Je la serre plus fort.

— Ne sors pas de ma vie. Pas comme ça. Je ne peux pas tout perdre de nous.

— Je n’en ai jamais eu envie, mais l’idée de te faire du mal est insupportable.

— Tu m’en feras bien davantage en me rayant de ta vie.

Délicatement, je la dépose sur le sol et m’occupe de sécher ses larmes. Elle en fait de même pour moi.

— Peachy, je t’aime et je sais que toi aussi. Alors, j’ai besoin que tu me regardes dans les yeux et que tu me dises que tu le veux lui, que tout est fini entre nous, que seule l’amitié peut subsister entre nous et je me ferai une raison.

— Parker, bredouille-t-elle avec réticence.

— C.J, s’il te plaît, dis-le-moi !

— C’est lui que je désire, tout est terminé entre toi et moi, mais tu es et tu resteras mon meilleur ami, Parker Reeves. Personne n’a le pouvoir de détruire ça.

— Même lui ?

Elle acquiesce.

— Tu m’en fais la promesse ?

— Je te le promets. Il me faut ma dose de toi dans mon existence et Doven ne pourra pas combler ce vide. Tu es une partie de moi. Trop de choses se sont passées entre nous pour que je puisse envisager ma vie loin de toi.

— Alors, je vais apprendre à me contenter de ça.

Un joli et encore timide sourire embellit son sublime minois.

— C’est tellement bon de te voir. Tu n’as pas idée.

— Oh si, ma puce, j’en ai une vague idée…

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