Hedard University Diary, Tome 2- Les tribulations de Cupidon
Chapitre 10
PARKER
Je me sens particulièrement étrange ce soir…
Une sensation à mettre sur le dos de l’alcool, sans aucun doute. Ou alors c’est d’avoir passé la soirée en compagnie de Thomas qui m’embrouille le cerveau.
Honnêtement, je n’avais pas la moindre idée de ce que me demanderait Doven lorsque je l’ai appelé pour lui apporter mon soutien afin de confondre le violeur d’Autumn. Me suggérer de devenir son « ami » est assez logique. Cependant, ça me fout bien la gerbe de me rapprocher d’un connard pareil. Pour m’aider à supporter ça, j’ai pu compter sur ma meilleure amie, ma bouteille de whisky. Ce qui explique mon état d’ébriété.
En plus de devoir me coltiner Thomas, j’ai vu Doven. Il est venu chez moi pour mettre la pression à ce fumier et j’ai dû me « friter » avec lui pour gagner la confiance de Thomas. Son plan est débile.
C’est beaucoup de bla-bla pour pas grand-chose, mais c’est lui le boss.
J’ai passé la soirée à penser aux filles. À C.J pour commencer. Je ne l’ai pas souvent vue ivre et ce soir fut sans doute la pire de ses cuites. Je la connais assez pour savoir que sa tête doit être sur le point d’exploser pour se mettre dans un état pareil. Je n’ai pas manqué d’en toucher deux mots à Doven, d’ailleurs. Ça serait bien qu’il relâche la pression.
Mais celle qui a monopolisé mes pensées, c’est bien évidemment Autumn. J’ai encore la sensation de son corps frémissant contre le mien. Se retrouver chez moi lui a fait tellement peur.
Et l’idée qu’elle me voit comme un enfoiré me rend malade.
Oui, Thomas est mon coéquipier et je joue au bon pote avec lui, mais je n’ai rien en commun avec ce mec. Sauf qu’Autumn ne semble pas le voir de cet œil-là. Je ne le lui reproche pas. Après tout, je n’ai aucune idée de ce qu’elle a vraiment au fond d’elle suite au traumatisme qu’elle a subi. Je veux gagner sa confiance et pour ce faire, je dois la rassurer sur mes « liens » avec Thomas.
C’est pour l’en convaincre que je suis sur le seuil de sa porte à 3h du matin. Même ivre, j’ai conscience que je ne devrais pas me trouver ici. Pourtant, je toque avec l’espoir qu’elle vienne m’ouvrir. Ce qu’elle fait après quelques minutes.
— Parker ?!
La voix ensommeillée d’Autumn me provoque un sourire charmé.
— Hé ! Salut, toi…
Par contre, mon irruption tardive ne semble pas la réjouir. Elle enfonce ses poings dans ses hanches.
— Non mais qu’est-ce que tu fiches ici ? Tu sais l’heure qu’il est ? Et puis Callie est chez Doven, je crois.
— Mais ce n’est pas elle que je viens voir, dis-je d’une voix aguicheuse en m’appuyant au chambranle.
L’alcool altère mon équilibre ce qui fait que je glisse et manque de trébucher.
— Attends, tu es bourré ? Tu te pointes chez moi au beau milieu de la nuit et ivre en plus ! D’ailleurs, comment es-tu venu jusqu’ici ?
Je hausse les épaules.
— Bah en bagnole !
Je reçois une claque à l’arrière du crâne.
Bon, elle doit s’appuyer sur mon bras pour y parvenir et ça m’éclate !
— Hé !!! Mais, euh…
— Tu n’es qu’un crétin ! Rassure-moi, tu n’as tué personne en chemin ?! Parce que je refuse d’être ta complice.
— On serait comme Bonnie et Clyde…
Autumn me guide à l’intérieur.
— Vous me faites halluciner quand même ! Callie et Emma sortent totalement bourrées. Ce qui fait que je dois jouer les taxis. Toi, tu prends le volant sous l’effet de l’alcool. Tu te balades sur le campus en pleine nuit. Vous ne pouvez pas faire comme moi ? Vous coucher à une heure décente en étant sobre.
Pendant qu’elle me fait son petit sermon, je traverse le salon et me laisse tomber sur son canapé.
— Tu es notre modèle de sagesse, Bouton d’or.
— Ton rôle de capitaine ne t’oblige pas à montrer l’exemple ? Visiblement, ce titre te sert seulement à aboyer des ordres autour de toi et attirer toutes les filles d’Hedard dans ton lit.
— Je n’aboie pas et tu es la seule étudiante d’Hedard à m’avoir chez elle ce soir, non ?
Une remarque qui la fait rougir. Je glousse.
— Et je n’ai jamais voulu être capitaine, d’ailleurs.
Comme pour m’éviter, Autumn marche jusqu’au réfrigérateur dans lequel elle récupère une bouteille d’eau qu’elle m’envoie. Je la réceptionne au vol.
— Emma est revenue ? demandé-je en constatant qu’il y a un bordel peu commun ici.
— C’est exact.
— Et vous avez un plan du coup ?
— Tu m’as sortie de mon sommeil pour me parler de mon avenir immobilier ? J’espère que tu plaisantes ! Tu vas vite découvrir que je n’aime pas qu’on vienne me réveiller pour rien.
Je fronce le regard.
— Mais je t’ai prévenue que je passerais avant que tu ne t’en ailles avec Rebecca, me lamenté-je.
— Ho… Mais tu aurais pu préciser que ça serait genre au beau milieu de la nuit. J’aurais fait des gâteaux et du thé au lieu de DORMIR !
Je ris. Même saoul, j’ai conscience d’avoir l’air d’un idiot. C.J m’a assez répété que je suis lourd quand j’ai trop bu. Je n’aurais jamais dû me pointer ici.
— Tu es marrante, tu sais…
— Et tu devrais enfin me dire ce qui t’a conduit chez moi avant que je perde définitivement mon sens de l’humour.
— Euh… balbutié-je avant de tapoter l’assise du canapé. Tu pourrais commencer par venir t’asseoir près de moi.
Elle ne rechigne pas et s’installe sur le canapé avant de s’emmitoufler dans un plaid.
— C’est au sujet de Thomas…
Elle baisse la tête lorsque je l’évoque.
— Je t’assure que tu te méprends sur les raisons qui me poussent à me rapprocher de lui.
— Je suis désolée d’avoir réagi de cette façon tout à l’heure. J’étais très nerveuse de me trouver chez toi à quelque pas de Thomas.
— Comment ne pas te comprendre ?
— J’ai été injuste de te faire ce reproche.
Timidement, elle entortille son doigt autour des poils de son plaid.
— Je t’ai assez vu avec Callie pour savoir que tu es un mec normal. Et puis, tu n’as pas la place la plus évidente. Tu es son capitaine. Il fait partie de ton équipe. D’ailleurs, rien ne t’oblige à prendre position.
Elle a prononcé cette dernière phrase avec une telle timidité qu’elle en devient redoutablement adorable et touchante. Si redoutable que je ne peux pas réprimer ce bras qui s’étend le long du dossier du canapé et mes doigts qui se faufilent dans ses cheveux blonds lâchés tombant en cascade sur ses épaules.
Putain, mais pourquoi je suis attiré vers elle comme un foutu aimant ?
Cette fois, je ne réprime pas mon envie de contact avec elle. Et le plus surprenant dans tout ça, c’est qu’elle non plus.
— Je n’y suis peut-être pas obligé, mais j’ai une bonne raison de vouloir la peau de ce fumier.
Avec une délicatesse prudente et une certaine lenteur visant à ne pas l’effrayer, je dérive en direction de son visage. Elle trouve enfin le courage de lever le regard vers moi. Je l’emprisonne dans le mien.
— Rien que de penser qu’il s’en est pris à toi alors que tu étais sans défense me donne des envies de meurtre.
Je caresse sa joue. Elle me regarde comme un chat apeuré.
— J’ai essayé de me remémorer cette soirée et je me souviens de t’avoir croisée. Je t’ai aidée à monter les marches quand tu as voulu te rendre à l’étage. J’ai vite vu que tu ne tenais plus debout. C’est pour cette raison que je t’ai conduite dans ma chambre. Je me rappelle que tu m’as demandé : « Pourquoi la maison tourne ? »
— Et tu m’as répondu : « C’est le signal qui veut dire au lit ! » C’est un des rares souvenirs que j’ai de cette nuit-là…
Mes yeux vont et viennent dans les siens.
— Jamais je ne t’aurais laissée seule là-haut si j’avais la moindre idée de ce qui allait…
Ses petits doigts fins finissent pressés contre mes lèvres.
— Je le sais, chuchote-t-elle les yeux larmoyants. Tu n’as pas à t’excuser de ce qui s’est produit. Tu n’as joué aucun rôle dans mon agression.
— Ton frère et moi allons nous occuper de lui, je te le promets…
Ses joues se mouillent.
— Mais je ne le veux pas. Doven s’entête. Il n’écoute rien lorsque je lui parle. J’aimerais seulement qu’il reprenne sa vie là où il l’a laissée. Avec Callie, il pensait à autre chose. Leur relation le détournait de son projet. Mais depuis qu’ils sont séparés, c’est redevenu une vraie obsession. Il ne veut pas comprendre qu’en persistant, il me contraint à revivre ça, encore et encore. Je veux avancer, mais comment y parvenir s’il se lance là-dedans ? Et comment ne pas m’inquiéter davantage si toi aussi tu t’en mêles ?
Alors, elle s’intéresse à mon sort…
— Je ne voulais pas te causer du souci.
— J’aime ma vie ici, Parker. J’ai la sensation d’avoir plus progressé en quelques jours à Hedard qu’en huit mois chez mes parents. Vivre avec Callie, reprendre les cours…
Son regard est fuyant.
— Apprendre à te connaître…
Apparemment, oui !
— Passer du temps en ta compagnie…
J’arbore un sourire fier.
— Tout ça m’aide énormément.
— C’est… je suis content de l’apprendre.
— Parker, murmure-t-elle en revenant vers moi. Même si je sais que Doven est borné, que vos relations sont tendues, et que tu ne dois pas vraiment avoir envie de l’aider, promets-moi de veiller sur lui. Pour moi, s’il te plaît, fais attention à ce qu’il ne fasse rien d’inconsidéré.
Je grimace.
— Ce n’est pas une mince affaire ce que tu me demandes, Doven me déteste. Mais je vais faire de mon mieux, tu as ma parole.
— Il ne te déteste pas. Tu lui fais peur, c’est tout.
— À cause de Callista ?
— Vous vous connaissez tellement bien tous les deux. L’alchimie entre vous est incontestable. Ça peut être perturbant pour une personne extérieure. Comment trouver sa place au milieu de vous deux ? Mais si Doven est jaloux, c’est simplement parce que Callie désire plus que tout tirer un trait sur son passé. Une chose qu’on peut comprendre. Seulement en voulant tourner cette page, elle lui verrouille toutes les portes.
— Merde alors, soupiré-je. Ce truc de psy c’est vraiment dans vos gènes.
J’obtiens un petit rire discret.
— Ton frère me met vraiment en pétard, parce qu’il ne voit pas la chance qu’il a…
— Comment ça ?
— Il a le meilleur d’elle ! Elle est paisible et ses idées noires semblent l’avoir laissée tranquille. Visiblement, elle est prête à se pardonner ce qui est arrivé à son frangin. Pourquoi ne peut-il pas savourer qu’elle soit aussi heureuse ? Moi, je n’ai pas eu…
Ma gorge se serre.
— Toi, tu n’as eu que sa peine, c’est ça ?
— Dès l’instant où elle a quitté Lexington, qu’elle s’est éloignée de ses parents, elle a commencé à aller mieux. Son passage en psy lui a permis d’apprendre à gérer ses émotions négatives. Et moi, j’ai commencé à la perdre. Plus j’y pense, plus je me dis qu’on n’est pas fait pour être ensemble quand tout va bien. Comme s’il fallait qu’on soit bousillé, au fond du trou pour avoir besoin l’un de l’autre. Lorsqu’on était flingués, on se focalisait sur l’autre pour l’aider à aller mieux et oublier nos propres problèmes. Apparemment, c’est devenu notre façon d’être un couple.
— Je vois ce que tu veux dire…
Dans un soupir comblé, Autumn pose sa tête contre mon bras.
— J’aimerais que tu me dises ce qui te faisait souffrir, mais si tu n’en as pas envie, je comprendrai.
— Je sais des choses très personnelles sur toi. Tu n’as pas réellement fait le choix de m’en parler, mais je pense que je t’en dois une, question confidence !
Ses doigts se lient aux miens.
— Merci de ta confiance, Parker.
Mes lèvres finissent dans ses cheveux.
— Ma mère m’a abandonné. J’avais cinq ans lorsqu’elle s’est tirée avec son amant en nous laissant seuls, mon père et moi. Du coup, j’ai un léger problème avec l’abandon.
— Tu ne l’as jamais revue depuis ?
— Non, jamais…
— Et comment t’entends-tu avec ton père ? Une telle expérience a dû vous rapprocher.
— Eh bien, il n’est pas du style hyper expansif, mais je sais qu’il m’aime. Il a passé sa vie à trimer comme un malade pour garder notre maison à flots. J’adore mon vieux, j’aimerais qu’on parle plus parfois. Pas de trucs futiles, mais de choses vraiment profondes.
— Tout le monde peut apprendre à se confier, même si c’est plus simple pour certains, difficile pour d’autres.
— Je m’en rends compte depuis que je te connais…
Nous rions ensemble. Et pendant une seconde, je la regarde. Je la regarde vraiment ! Pas comme la coloc de Callie, la sœur de Doven, mais comme une vraie petite nana. Je la trouve magnifique. J’ai toujours pensé qu’elle était charmante, mais j’avais cette retenue vis-à-vis d’elle. Une retenue due au fait qu’elle m’a pris pour son violeur pendant des mois, forcément. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. Je sens que je l’attire. Et chaque seconde avec elle me met dans le même état.
— Tu es tellement belle…
— Quoi ?
Bon, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ça sorte à haute voix. Je l’ai pensé trop fort. Mais je décide de jouer ce ballon jusqu’au bout.
— Tu es belle, genre vraiment sublime.
J’ai une moue exagérée.
— Habituellement, je craque plus facilement sur les brunes, mais toi…
Je me mords la lèvre inférieure.
— Tu es… WAOUH !!!
Si je voulais plaisanter pour adoucir l’ambiance et qu’elle ne flippe pas, c’est loupé lorsqu’elle se met à pleurer.
— Hé....
— Ne me dis pas ce genre de choses si tu ne le penses pas…
Je prends son visage en coupe avec assez de fermeté pour lui signifier le sérieux de notre discussion sans toutefois la brusquer.
— Ce n’est pas mon genre de raconter des craques ! Si je te dis que tu es belle, c’est que je le pense sincèrement. Ne doute pas de moi et encore moins de toi. Tu es magnifiquement sensuelle. Tu es aussi très intelligente et tu as beaucoup d’humour.
De nouvelles larmes apparaissent dans le fond de ses yeux.
— Ne lui donne pas le pouvoir de te briser, Autumn. Tu es une femme renversante, qu’importe ce qu’il t’a fait !
Je sèche ses joues.
— Je meurs d’envie de t’embrasser, mais je ne sais pas si tu es d’accord avec mon plan.
— Un plan diabolique…
Ce qui se passe en elle est assez troublant. D’un côté, elle me dévore des yeux et semble attendre avec une impatience folle que je l’embrasse et de l’autre, elle est tétanisée à l’idée que je le fasse.
— Qui ne consiste qu’à un baiser, je te rassure. Je sais me tenir !
— Si ce n’est qu’un baiser…
— Mais un vrai baiser, genre avec la langue et tout !
— Il y a encore deux secondes, c’était hyper romantique…
— Je préfère préciser, histoire qu’on se comprenne bien.
Un sourire de sa part et je fonce sur sa bouche.
J’aimerais l’investir avec envie et passion, mais la douceur est de mise avec Autumn. Tout en effleurant ses lèvres, je la fais basculer sur l’assise du canapé. Le plaid retombe et m’offre une vision ravissante de sa poitrine moulée dans un simple débardeur en coton. Je voudrais explorer ses seins. Je les vois me narguer, mais je ne franchis pas la ligne du baiser.
Je perçois son souffle rapide contre moi. Il me donne de précieuses informations sur l’état d’esprit dans lequel se trouve Autumn. Je la sens envieuse, mais troublée.
Parce que c’est moi ? À cause de ce qu’elle a vécu ?
Je ne veux pas songer à ça, mais surtout, je ne veux plus qu’elle y pense.
Alors, je l’embrasse. Comme elle semble tenir à une note de romantisme, j’y mets toute la tendresse, toute la délicatesse que j’ai en magasin. Elle doit apprécier ce moment, le savourer. Je veux qu’elle s’en souvienne toute sa vie.
Et je trouve ça tellement bizarre de vouloir la marquer à ce point…
Il y a encore quelques jours, elle n’était que cette petite morveuse avec qui j’adore me chamailler et, ce soir, elle devient Autumn, cette fille déroutante qui éveille des sentiments très forts en moi. Et un désir douloureusement contrôlable.
Autumn desserre les lèvres comme une invitation à aller plus loin. Elle me laisse mener la danse. À croire que son job consiste juste à se délecter de notre baiser. Ce qui me convient parfaitement. Ma langue s’invite dans sa bouche et reçoit très vite toute l’attention de la sienne. Elles dansent ensemble, se cajolent, jouent l’une avec l’autre.
Je sens ses mains sur moi. Elles parcourent mon corps et je pense qu’il faut que je me souvienne de la charrier à ce propos. Tout est doux et léger dans ce baiser. Moi le premier. Autumn, elle, paraît s’enfoncer dans un nuage cotonneux, douillet et rassurant. Je la laisse m’embarquer avec elle dans ce voyage au cœur des nuages. Jusqu’à ce que sa main se faufile sous mon tee-shirt. Un geste fait dans le feu de l’action. Un tel baiser peut chambouler.
Mais ce n’est qu’un baiser… Elle ne veut rien d’autre. Je ne peux rien lui donner de plus… Pour le moment…
Sans briser la magie de l’instant, je ralentis la cadence et, avec prévenance, je me détache d’elle et abandonne, à regret, le paradis de ses lèvres.
— Je ne crois pas pouvoir honorer ma promesse de veiller sur ton frangin…
— Pourquoi ?
Je souris au son de sa voix lascive et en même temps cotonneuse.
— Parce qu’il va me buter ! dis-je en riant contre sa bouche. Je viens de signer mon arrêt de mort.
— Je te défendrai dans ce cas.
— Je crois qu’il est temps pour moi de partir. Il est très tard.
Elle secoue mollement la tête.
— Tu ne vas nulle part, Parker Reeves. C’est déjà un miracle que rien ne te soit arrivé sur la route. Callie est chez Doven. Tu peux dormir dans sa chambre.
— Quitte à mourir demain, si tu me fais assez confiance pour savoir que je ne tenterai rien, je peux m’inviter dans ton lit ?
J’adopte une moue implorante.
— Les condamnés à mort ont le droit à un dernier repas, alors… se moque-t-elle.
Je jure en pressant mon front sur son épaule.
— Je suis hyper balèze quand on y pense ! Doven me hait viscéralement. Et moi, je trouve le moyen d’aggraver encore les choses.
— Dans l’immédiat, il vaut mieux qu’il n’apprenne rien de ce baiser. Vu que nous sommes les deux seules personnes au courant, je pense que tu es peinard.
— Je préfère que tu n’en parles pas à Callie.
— Tu crois qu’elle n’appréciera pas ?
— Elle est du genre à vouloir tempérer les choses. Elle nous prendrait la tête pour qu’on parle à Doven, c’est certain !
— Alors, ça restera entre nous.
Je quitte le canapé. Autumn m’imite et me guide jusqu’à sa chambre.
— J’ai entendu dire que vous aviez gagné votre match, ce soir.
— Oui, m’dame. Votre serviteur ici présent a marqué un touchdown !
— J’étais déjà au courant.
— Hum… Tu es une vraie fan, j’adore !
— À vrai dire, j’avais assisté à ton match, le soir où…
Elle se tait, me contemple de haut en bas.
— Retire ton tee-shirt, s’il te plaît.
Je ne sais pas si elle me demande ça pour changer de sujet ou parce que ça l’amuse de voir me déshabiller, en tout cas, j’obéis. J’ai un rictus en la voyant contempler chaque centimètre de mon torse.
— Tu comprends mieux pourquoi je transpire autant quand je fais de la muscu ?
Elle glousse. Je commence à retirer mon pantalon.
— Non, garde-le !
J’arque un sourcil.
— S’il te plaît…
— Comme tu veux.
— Pardon, mais…
En un pas, je suis près d’elle et son visage est captif de mes mains.
— Je t’interdis de t’excuser d’avancer à ton rythme. Tout va bien, OK ?
— Merci…
Autumn se couche la première. Timidement, elle se plaque contre le mur et me tend la main pour m’inviter à la rejoindre. Allongés l’un en face de l’autre, nous nous contemplons en silence. Sa main est ridiculement petite au milieu de la mienne.
— C’est ce qui me manque le plus.
— Quoi donc ?
— Les câlins.
— Oh…
— Pourtant, je n’étais pas très porté sur la chose avec Callie, mais depuis notre rupture, je m’en rends compte que c’est rassurant.
— Callie te manque, n’est-ce pas ?
— Lorsque j’ai débarqué chez vous l’autre soir, j’étais vraiment dans le mal. Je devenais barge de ne plus la voir. Mais j’avoue que d’avoir retrouvé mon amie me fait du bien. C’est ce qui me manquait le plus, je crois.
— Je suis contente que vous vous soyez réconcilié. Elle souffrait elle aussi.
— Tu es vraiment quelqu’un de bien, Autumn. Tu es marrante, attendrissante et incroyablement belle. Je pourrais envisager de pousser les choses plus loin entre nous. J’en ai envie. Mais je dois être franc avec toi : nous ne sommes pas prêts pour ça. Ni toi ni moi. C’est trop tôt, trop vite après ma rupture. Et toi, tu dois réapprendre à faire confiance.
— J’en ai conscience et je suis de ton avis.
— Mais sache que je tiens à toi.
— Je tiens à toi, moi aussi.
— Je te propose qu’on se laisse du temps pour apprendre à nous connaître et à nous apprivoiser doucement.
— Ça me va très bien.
Heureux et satisfait que les choses soient dites clairement, je lui ouvre mes bras. Elle s’y blottit sans hésitation aucune. En m’installant pour dormir, mon bras glisse sous son oreiller et l’objet que je sens éveille ma curiosité et mon esprit plutôt moqueur.
— Ho, ho ! me marré-je. Qu’avons-nous là ?
Je m’en empare et le saisis fièrement. Autumn me jauge comme si j’étais cinglé.
— Une télécommande…
Je fais la moue, déçu de n’avoir aucune matière pour la taquiner.
— Toi, tu planques une télécommande sous ton oreiller, dis-je désespéré. Aucun doute, tu es bien une fille de pasteur !
— Que pensais-tu trouver à la place ?
J’arque un sourcil.
— À ton avis ! Le kit de survie que toutes les nanas célibataires planquent dans leur lit, bien sûr !
Elle gémit, écœurée lorsqu’elle saisit enfin mon sous-entendu. Moi, je suis mort de rire.
— Il n’y a aucune honte à être bien outillée. C’est naturel, tu sais...
— Eh bien, pas pour moi. J’ai eu une approche du sexe qui n’était absolument pas naturelle.
Je fais moins le malin subitement.
— Excuse-moi…
Elle secoue la tête.
— Ce n’est rien, t’inquiète !
— Détenir un tel objet pourrait peut-être t’aider.
— Comment ça ?
— Tu pourrais apprendre à te familiariser avec le côté plaisant du sexe en l’utilisant.
— Tu crois ?
— Ça ne changera rien au fait que te retrouver seule face à un homme sera une étape sûrement compliquée pour toi. Mais si on parle de toi, de ton corps, de ton désir, je pense que ça peut t’apprendre à le découvrir en douceur.
— Ce n’est pas un peu bizarre ?
— Je trouve que c’est une bonne expérience pour toi. Tu pourrais simplement essayer et voir si ça te correspond. Mais tu serais seule, ça peut te mettre plus à l’aise.
— Ce n’est pas faux. Ça serait un peu comme nager là où j’ai pied avant de me jeter dans le grand bain.
— C’est tout à fait ça. Et d’ailleurs, je suis partant pour être le grand bain en question.
Ses grands yeux bleus s’écarquillent tout à coup.
— Quoi ? bafouille-t-elle.
— Le jour où tu te sentiras prête à franchir ce pas, j’aimerais que tu viennes me trouver.
— Pourquoi ? Tu m’as dit que tu ne te sentais pas prêt !
— Pour entretenir une relation sérieuse, mais on peut dissocier l’amour du plaisir charnel, non ?
— Sûrement…
— Je te connais, je t’apprécie et tu me plais beaucoup. C’est étrange, mais j’ai envie d’être le type avec qui tu sauteras le pas parce que je saurai m’y prendre avec toi. Et, plus que toute autre chose, je saurai l’importance de cet acte à tes yeux. Je veux en être le gardien, même si ce n’est que du sexe ! D’ailleurs, ça peut faciliter les choses quand l’attente n’est que physique, la pression est moindre.
— Oui, peut-être…
— Penses-y au moins.
Elle fait non de la tête.
— Pas besoin. C’est avec toi que je ferai l’amour quand je me sentirai prête à le faire.
Voilà un drôle d’accord que nous venons de sceller tous les deux. J’étais loin de m’attendre à ça en montant dans ma voiture pour me pointer ici. Cela dit, la tournure qu’a prise ma visite ne me déplaît pas du tout. Autumn est une chouette fille et j’ai hâte de voir où peut nous conduire notre nouvelle intimité…
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