La cité des eaux
Léda
Mais, avec le soir sombre et l'heure qui s'avance, A mesure, l'on voit, de sa bouche acharnée, Le jet d'eau qui décroît accroître le silence.
LÉDA
Au centre du bassin où le marbre arrondi Entoure une onde léthargique qui tressaille D'une ride qu'y fait, de son bec qui l'entaille, Un cygne se mirant à son miroir verdi,
Elle cambre son corps qu'une attente roidit; Son pied nu touche l'eau que son orteil éraille, Et sa langueur s'accoude à la rude rocaille, Et son geste s'étire au métal engourdi.
Les cygnes nonchalants qui nagent autour d'elle Approchent de la Nymphe et la frôlent de l'aile Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux;
Et le bronze anxieux dans l'eau qui le reflète Semble encor palpiter de l'amour fabuleux Qui jusqu'en son sommeil trouble sa chair muette.
LA NYMPHE
L'eau calme qui s'endort, déborde et se repose Au bassin de porphyre et dans la vasque en pleurs En son trouble sommeil et ses glauques pâleurs Reflète le cyprès et reflète la rose.