La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 8 sur 61

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La cité des eaux

Le Bassin Vert

L'allée est inquiète où l'on ne passe plus; La terre peu à peu s'éboule du talus;

La porte attend la clef, le portique attend l'hôte,

Et le Temps, qui survit à ce qu'il a été

Et se retrouve toujours tel qu'il s'est quitté, Fait l'eau trop anxieuse et les roses trop hautes.

 

LE BASSIN VERT

Son bronze qui fut chair l'érige en l'eau verdie, Déesse d'autrefois triste d'être statue;

La mousse peu à peu couvre l'épaule nue, Et l'urne qui se tait pèse à la main roidie;

L'onde qui s'engourdit mire avec perfidie L'ombre que toute chose en elle est devenue, Et son miroir fluide où s'allonge une nue Imite inversement un ciel qu'il parodie.

Le gazon toujours vert ressemble au bassin glauque. C'est le même carré de verdure équivoque Dont le marbre ou le buis encadrent l'herbe ou l'eau.

Et dans l'eau smaragdine et l'herbe d'émeraude, Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde.

 

LE BASSIN NOIR