La cité des eaux
Les Statues
Si tu descends à gauche et si je monte à droite, Nous verrons tous les deux, en l'onde dont miroite La patine d'or vert qu'éteint le crépuscule,
Toi, la Déesse en fuite et moi le Dieu discret, Statue en marche qui s'avance ou qui recule, Glisser inversement de cyprès en cyprès.
LES STATUES
Les feuilles, une à une, et le temps, heure à heure, Tombent dans le bassin dont le jet d'eau larmoie; Iphigénie en sang près d'Hélène de Troie, Danaé, Antigone, Ariane qui pleure,
Marbres purs que le vent soufflette ou qu'il effleure! Si le torse se cambre ou si la tête ploie,
Héroïque au destin qui caresse ou rudoie, La statue aux yeux blancs persévère ou demeure.
L'éternelle beauté subsiste à jamais belle. Le Silence a ployé le crêpe de son aile
Et songe, assis, le coude au socle où il inscrit
Le nom de l'héroïne énergique ou morose Qui dérobe un sourire ou cache un sein meurtri Derrière les cyprès ou derrière des roses.
TRIANON