La cité des eaux
Marsyas Parle:
Maintenant Apollon était debout dans l'ombre, Et dédoré, et d'éclatant devenu sombre, Il semblait être entré tout à coup dans la nuit, Tandis que Marsyas à son tour, devant lui, Caressé maintenant d'un suprême rayon Qui lui pourprait la face et brûlait sa toison, Marsyas ébloui et qui chantait encor
A ses lèvres semblait unir un roseau d'or.
Tous écoutaient chanter Marsyas le satyre; Et tous, la bouche ouverte, ils attendaient le rire Du Dieu et regardaient le visage divin
Qui semblait à présent une face d'airain. Quand, ses yeux clairs fixés sur lui, Marsyas le fou Brisa sa flûte en deux morceaux sur son genou.
Alors ce fut, immense, âpre et continuée, Une clameur brusque de joie, une huée
De plaisir trépignant et battant des talons. Puis tout, soudainement, se tut, car Apollon, Farouche et seul, parmi les rires et les cris, Silencieux, ne riait pas, ayant compris.
MARSYAS PARLE:
Tant pis! Si j'ai vaincu le Dieu. Il l'a voulu! Salut, terre où longtemps Marsyas a vécu, Et vous, bois paternels, et vous, ô jeunes eaux, Près de qui je cueillais la tige du roseau Où mon haleine tremble, pleure, s'enfle ou court, Forte ou paisible, aiguë ou rauque, tour à tour, Telle un sanglot de source ou le bruit du feuillage! Vous ne reverrez plus se pencher mon visage Sur votre onde limpide ou se lever mes jeux Vers la cime au ciel pur de l'arbre harmonieux: Car le Dieu redoutable a puni le Satyre.
Ma peau velue et douce, au fer qui la déchire, Va saigner; Marsyas mourra, mais c'est en vain Que l'Envieux céleste et le Rival divin
Essaiera sur ma flûte inutile à ses doigts De retrouver mon souffle et d'apprendre ma voix; Et maintenant liez mon corps et, nu, qu'il sorte De sa peau écorchée et vide, car, qu'importe Que Marsyas soit mort, puisqu'il sera vivant Si le pin rouge et vert chante encor dans le vent!