La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 14 sur 61

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La cité des eaux

Le Repos

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant Ton corps au geste las et ta face verdie; Et quelle douloureuse et douce tragédie T'a faite la statue où tu dors à présent?

Le marbre de ton socle est rouge et l'on y sent Partout la pourpre encor d'une tache agrandie; Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie Qui t'a couchée ainsi plus belle dans ton sang?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure, Dont s'aigrit la patine et suinte la coulure, Sculpte de ton repos un cadavre éternel;

Et la matière où tu survis te décompose; Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel, Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.

 

LA RAMPE

La double rampe, auprès du bassin que surplombe La terrasse de marbre où le buis nu serpente, Incurve sa montée et courbe sa descente, Et de la vasque en pleurs sanglote l'eau qui tombe.

La corneille criarde et la blanche colombe Alternent, l'une rauque et l'autre gémissante; Chaque cyprès, le long de cette double pente, Figure un cippe noir d'où le lierre retombe.