La cité des eaux
La Neige
La neige astucieuse et le silence adroit
Ont immobilisé au bout de l'avenue
Vulcain jaloux et Mars surpris et Vénus nue. La Déesse est couchée et l'Amant se tient droit.
Les blancs flocons qui emmaillent le marbre froid Ont assourdi le guet, le pas et la venue
Et semé des poils blancs dans la barbe chenue De l'Époux outragé de sa honte qu'il voit;
Et tous deux à jamais pris aux ruses du piège Dans l'enchevêtrement du filet de la neige Restent, couple captif autour de qui Vulcain,
Farouche et les bras nus sous le gel et le givre, A l'enclume de bronze et d'un ciseau d'airain, Martèle un parc d'argent et forge un ciel de cuivre.
L'HEURE
L'invariable buis et le cyprès constant
Bordent l'allée égale et le parterre où songe Dans le bassin carré l'eau qui reflète et ronge Un Triton fatigué de sa conque qu'il tend;
En sa gaîne de pierre aussi l'hermès attend Que tourne autour de lui son socle qui s'allonge; Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe, Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.
L'heure est longue pour ceux qui, figés en statues, Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues, Demeurent au jardin vaste et monumental;
Et le Temps qui s'en va, hibou noir ou colombe, Dessine au vieux cadran de pierre et de métal Une aile d'ombre oblique où fuit le jour qui tombe.