La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 21 sur 61

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La cité des eaux

La Neige

La neige astucieuse et le silence adroit

Ont immobilisé au bout de l'avenue

Vulcain jaloux et Mars surpris et Vénus nue. La Déesse est couchée et l'Amant se tient droit.

Les blancs flocons qui emmaillent le marbre froid Ont assourdi le guet, le pas et la venue

Et semé des poils blancs dans la barbe chenue De l'Époux outragé de sa honte qu'il voit;

Et tous deux à jamais pris aux ruses du piège Dans l'enchevêtrement du filet de la neige Restent, couple captif autour de qui Vulcain,

Farouche et les bras nus sous le gel et le givre, A l'enclume de bronze et d'un ciseau d'airain, Martèle un parc d'argent et forge un ciel de cuivre.

 

L'HEURE

L'invariable buis et le cyprès constant

Bordent l'allée égale et le parterre où songe Dans le bassin carré l'eau qui reflète et ronge Un Triton fatigué de sa conque qu'il tend;

En sa gaîne de pierre aussi l'hermès attend Que tourne autour de lui son socle qui s'allonge; Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe, Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.

L'heure est longue pour ceux qui, figés en statues, Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues, Demeurent au jardin vaste et monumental;

Et le Temps qui s'en va, hibou noir ou colombe, Dessine au vieux cadran de pierre et de métal Une aile d'ombre oblique où fuit le jour qui tombe.