La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 28 sur 61

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La cité des eaux

Promenade

Et, pour que de la mort ils ne reviennent plus Fouler tes dalles, ô Vérone, il a fallu

Entourer leurs tombeaux d'une grille de fer.

 

PROMENADE

Sur l'eau verte, bleue ou grise,

Des canaux et du canal,

Nous avons couru Venise

De Saint-Marc à l'Arsenal.

Au vent vif de la lagune

Qui l'oriente à son gré

J'ai vu tourner ta Fortune,

O Dogana di Mare!

Souffle de l'Adriatique,

Brise molle ou sirocco,

Tant pis, si son doigt m'indique

La Cà d'Or ou San Rocco!

La gondole nous balance

Sous le felze, et, de sa main,

Le fer coupe le silence

Qui dormait dans l'air marin.

Le soleil chauffe les dalles

Sur le quai des Esclavons;

Tes détours et tes dédales,

Venise, nous les savons!

L'eau luit; le marbre s'ébrèche;

Les rames se font écho

Quand on passe à l'ombre fraîche

Du Palais Rezzonico.