La cité des eaux
Le Voeu
N'as-tu pas vu, en nous, se lever de l'étreinte Un dieu né de notre âme et fait de notre chair, Et qui, debout au seuil de la maison éteinte, En la jeune clarté sourit au matin clair?
Amour, prends aujourd'hui nos formes dans la tienne, Prête-nous pour marcher dans l'herbe tes pieds nus Et que, ce soir, tes pas par les nôtres reviennent Au seuil mystérieux où nous t'aurons connu;
Et laisse-nous, durant ce jour que tu nous donnes, Sentir en lui ton feu, ta force et ta beauté Et mirer dans les eaux qui reflètent l'automne L'image en un seul corps de notre double été.
LE VOEU
«N'avez-vous pas tenu en vos mains souveraines La souplesse de l'eau et la force du vent? Le nombreux univers en vous fut plus vivant Qu'en ses fleuves, ses flots, ses fleurs et ses fontaines.»
C'est vrai. Ma bouche a bu aux sources souterraines; La sève s'est mêlée à la fleur de mon sang Et, d'un cours régulier, naturel et puissant, Toute l'âme terrestre a coulé dans mes veines.
Aussi, riche et joyeux du fruit de ma moisson Et du quadruple soir de mes quatre saisons, Je te donne ma cendre, ô terre maternelle,