La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 39 sur 61

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La cité des eaux

Ombre D'eau

Cette statue est charmante

De la femme qu'elle fut

Avant que cette eau dormante

Reflétât son marbre nu;

Mais dans l'eau qui la reflète

Au bassin ovale et clair

Son ombre me semble faite

Du souvenir de sa chair;

Et la pensée incertaine

Est telle ou telle, suivant

Que la voix de la fontaine

Se mêle à la voix du vent…

 

INVOCATION

Ombres de mes sept Soeurs et de mes sept Pensées! Toi, par la flèche, et toi, par la pierre lancée Au travers de la haie et par-dessus le mur; Toi, par la fleur tendue, et toi, par le fruit mûr Offerts l'un à ma bouche et l'autre à mon sourire; Toi que la nuit endort, toi que l'aurore étire, Toi qui ruisselles d'eau, toi qui coules de sang, Vous toutes qui parlez, passantes, au passant, Assises dans le soir ou debout dans l'aurore, Le long du fleuve calme ou de la mer sonore, Le pied sur l'herbe haute ou sur le rocher nu, Sur la lande déserte où danse un bouc cornu Ou dans le verger clair où chante une colombe Tandis que l'heure, hélas! marque d'un fruit qui tombe Son invisible fuite et son muet retour;