La cité des eaux
Ombre D'eau
Cette statue est charmante
De la femme qu'elle fut
Avant que cette eau dormante
Reflétât son marbre nu;
Mais dans l'eau qui la reflète
Au bassin ovale et clair
Son ombre me semble faite
Du souvenir de sa chair;
Et la pensée incertaine
Est telle ou telle, suivant
Que la voix de la fontaine
Se mêle à la voix du vent…
INVOCATION
Ombres de mes sept Soeurs et de mes sept Pensées! Toi, par la flèche, et toi, par la pierre lancée Au travers de la haie et par-dessus le mur; Toi, par la fleur tendue, et toi, par le fruit mûr Offerts l'un à ma bouche et l'autre à mon sourire; Toi que la nuit endort, toi que l'aurore étire, Toi qui ruisselles d'eau, toi qui coules de sang, Vous toutes qui parlez, passantes, au passant, Assises dans le soir ou debout dans l'aurore, Le long du fleuve calme ou de la mer sonore, Le pied sur l'herbe haute ou sur le rocher nu, Sur la lande déserte où danse un bouc cornu Ou dans le verger clair où chante une colombe Tandis que l'heure, hélas! marque d'un fruit qui tombe Son invisible fuite et son muet retour;