La cité des eaux
La Lune Jaune
En l'homme, un Dieu!
LA LUNE JAUNE
Ce long jour a fini par une lune jaune
Qui monte mollement entre les peupliers, Tandis que se répand parmi l'air qu'elle embaume L'odeur de l'eau qui dort entre les joncs mouillés.
Savions-nous, quand, tous deux, sous le soleil torride Foulions la terre rouge et le chaume blessant, Savions-nous, quand nos pieds sur les sables arides Laissaient leurs pas empreints comme des pas de sang,
Savions-nous, quand l'amour brûlait sa haute flamme En nos coeurs déchirés d'un tourment sans espoir, Savions-nous, quand mourait le feu dont nous brûlâmes Que sa cendre serait si douce à notre soir,
Et que cet âpre jour qui s'achève et qu'embaume Une odeur d'eau qui songe entre les joncs mouillés Finirait mollement par cette lune jaune
Qui monte et s'arrondit entre les peupliers?
LE BONHEUR
Sois heureuse! qu'importe à tes yeux l'horizon Et l'aurore et la nuit et l'heure et la saison, Que ta fenêtre tremble aux souffles de l'hiver Ou que, l'été, le vent du val ou de la mer Semble quelqu'un qui veut entrer et qu'on accueille. Sois heureuse. La source murmure. Une feuille Déjà jaunie un peu tombe sur le sentier; Une abeille s'est prise aux fils de ton métier, Car le lin qu'il emploie est roux comme du miel; Un nuage charmant est seul dans tout le ciel; La pluie est douce; l'ombre est moite. Sois heureuse. Le chemin est boueux et l'ornière se creuse, Que t'importe la terre où mènent les chemins! Sois heureuse d'hier et sûre de demain; N'as-tu pas, par ta chair divine et parfumée, L'ineffable pouvoir de pouvoir être aimée?