La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 54 sur 61

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La cité des eaux

Le Souvenir

Venir boire à la fontaine

Où ta bouche jette une eau

Fraîche, pure, égale et saine

A puiser quand il fait chaud.

Et tu verras dans la vasque

Te sourire, en son reflet,

D'un sourire vrai, le masque

De ce Faune que tu es!

 

LE SOUVENIR

Qu'un autre, en arrivant au soir de son destin, Voie au fond de sa vie, éclatant et hautain, Celui qu'il fut jadis et dont le pas sonore Sur la route parvient à son oreille encore Et dont il se rappelle avoir vécu les jours. La gloire a couronné son front heureux. L'amour Au laurier toujours vert mêle son myrte sombre Qui parfume la nuit et qui sent bon dans l'ombre; La Fortune riante et qui lève un flambeau, En riant, l'a tiré par le pan du manteau;

La toile s'est changée en pourpre à son épaule; Les abeilles, au creux de la ruche et du saule, Ont toujours eu pour lui quelque miel réservé. Ce qu'il fut est si beau qu'il peut l'avoir rêvé Et dans son souvenir, il s'apparaît pareil A quelqu'un qui marcha longtemps dans le soleil Et qu'au seuil de la nuit accueilleraient encor Des torches de lumière et des trompettes d'or!