La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 19 sur 61

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La cité des eaux

L'ile

Et, sur la table nue où le marbre veiné

A quelque chair ancienne et pâle s'apparente, Effeuille le bouquet que l'Amour t'a donné.

 

L'ILE

L'île basse, parmi les eaux, isole en elle, Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble, Le pavillon carré dont la tristesse semble Enclore en son secret un silence fidèle.

Par les vitres, on voit, qui se décharne, l'aile D'une harpe tendre ses cordes où il tremble Un peu du frôlement des doigts qui l'ont ensemble Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.

Et le blanc pavillon de marbre et de cristal S'est endormi, avec en lui l'accord final

Que le silence embaume en son ombre engourdie;

Et qui sait si le chant, par la fenêtre close, N'en filtre pas encor pour charmer l'eau verdie, Faire trembler le tremble et sangloter le saule?

 

FOND DE JARDIN

Le noir lierre aux douces roses enlacé

Décore le portique et son treillage vert,

Et l'on voit s'entr'ouvrir le pétale de chair Près du feuillage en coeur qui vers lui s'est glissé;