La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 38 sur 61

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La cité des eaux

Élégie

Pour renaître plus vif, plus vaste et plus vivant Et vivre de nouveau la Vie universelle,

Dans la fuite de l'Eau et la force du Vent.

 

ÉLÉGIE

Je ne vous parlerai que lorsqu'en l'eau profonde Votre visage pur se sera reflété

Et lorsque la fraîcheur fugitive de l'onde

Vous aura dit le peu que dure la beauté.

Il faudra que vos mains pour en être odorantes, Aient cueilli le bouquet des heures et, tout bas, Qu'en ayant respiré les âmes différentes Vous soupiriez encore et ne souriiez pas;

Il faudra que le bruit des divines abeilles Qui volent dans l'air tiède et pèsent sur les fleurs Ait longuement vibré au fond de vos oreilles Son rustique murmure et sa chaude rumeur;

Je ne vous parlerai que quand l'odeur des roses Fera frémir un peu votre bras sur le mien Et lorsque la douceur qu'épand le soir des choses Sera entrée en vous avec l'ombre qui vient;

Et vous ne saurez plus, tant l'heure sera tendre Des baumes de la nuit et des senteurs du jour, Si c'est le vent qui rôde ou la feuille qui tremble, Ma voix ou votre voix ou la voix de l'Amour… OMBRE D'EAU