La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 35 sur 61

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La cité des eaux

Stances

Qu'il s'abrège ou s'éternise

Il deviendra ton passé.

Et, lorsqu'un jour de ta cendre

Les roses refleuriront,

Tu ne pourras plus entendre

Les aiguilles qui feront,

Sur le cadran à demeure,

Leur travail minutieux

De percer encore l'heure

Que ne verront plus tes yeux.

 

STANCES

Si je vous dis, ce soir, en respirant ces roses Qui ressemblent au sang que l'on répand pour lui: L'Amour est là dans l'ombre et son pied nu se pose Sur le rivage obscur du fleuve de la nuit.

Si je vous dis: l'Amour est ivre et taciturne Et son geste ambigu nous trompe, car souvent Il écrase une grappe au bord rougi de l'urne Dont il verse la cendre aux corbeilles du vent.

Successif ouvrier de bonheur et de peine, Il ourdit tour à tour sur le même fuseau

Les deux fils alternés de l'une et l'autre laine Qu'il emmêle, débrouille et confond de nouveau.

Prenez garde, l'Amour est vain et n'est qu'une ombre, Qu'il soit nu de lumière ou soit drapé de nuit, Et redoutez sa vue étincelante ou sombre Lorsque sur le chemin vous passez près de lui.