La cité des eaux
Les Cloches
Vous qui êtes la Mort, vous qui êtes l'Amour O flamboyantes, ô légères, ô glacées,
En vous voyant marcher dans mon âme, Pensées Qui descendez en moi les pentes de l'oubli, Pour que vous les miriez en son lac d'or pâli J'ai fait à vos sept fronts à jamais sept couronnes Avec des fleurs d'été, avec des fleurs d'automne, Avec l'algue du fleuve et l'algue de la mer Et des feuillages durs immortellement verts Et des feuilles de lierre et des feuilles d'orties, Avec des cailloux noirs et des gemmes polies; Et, pour qu'en ma mémoire il se revive encor, J'ai couronné en vous mon Rêve sept fois mort.
LES CLOCHES
Ce matin est si clair, si pur et si limpide
Que les cloches, qui l'ont à l'aurore éveillé En sa douceur soyeuse et en sa fraîcheur vive, Semblent tinter au ciel, où longtemps elle vibre, Une gamme d'argent et de cristal mouillé.
Midi. Le fort soleil accable la ramure
Et verse ses rayons sur les choses et pleut Sa lumière éclatante, impitoyable et dure; Et les cloches, dans l'air qui brûle leur murmure, Semblent fondre les gouttes d'or de l'heure en feu.