La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 51 sur 61

Pages du PDF

La cité des eaux

La Fleur du Soir

Si l'automne fut douce au soir de ta beauté, Rends-en grâces aux dieux qui veulent qu'à l'été Succède la saison qui lui ressemble encore, Ainsi que le couchant imite une autre aurore Et comme elle s'empourpre et comme elle répand Au ciel mystérieux des roses et du sang! Ce sont les dieux, vois-tu, qui font les feuilles mortes D'un or flexible et tiède au vent qui les emporte, Et dont l'ordre divin veut que les verts roseaux Deviennent tour à tour, uniques ou jumeaux, Et, selon que décroît leur taille à la rangée, L'inégale syrinx ou la flûte allongée.

Ce sont eux qui, des fleurs de ton été, couronnent Ta jeunesse mûrie à peine par l'automne Et qui veulent encor que le parfum enfui De la fleur se retrouve encore au goût du fruit Et que, devant la mer qui baisse et se retire, Une femme soit belle et puisse encor sourire.

 

LA FLEUR DU SOIR

Ne crois pas, ô passant, à me voir, quand tu passes, Les mains vides, assis à mon seuil où s'enlace, Au-dessus de ma tête et de mes cheveux blancs, A soi-même le lierre égal et permanent,

Que je ne sache plus que la terre éternelle, De saisons en saisons toujours se renouvelle. Je n'ignore pas plus ces choses qu'autrefois Quand, pour louer les dieux qui revivaient en moi, Ou pour en couronner les nymphes des fontaines, Toutes les fleurs tentaient mes deux mains incertaines. Mais aujourd'hui, plus sage et de mon seuil, j'attends Que l'été moins hâtif succède au court printemps,