La Maison aux livres

Enis Batur · Chapitre 12 sur 46

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La Maison aux livres

Si je disais que ce jour-là...

Si je disais que ce jour-là je ne suis pas entré, qui me croirait ? L’amoureux passionné des livres est un type d’homme universel. Indépendamment de leur origine, leur nation, leur langue, leur religion ou de l’endroit de la Terre où ils vivent, de tels hommes ont des réactions communes, leurs habitudes sont similaires et la constitution quasi organique qui détermine leurs comportements les amène à prendre des décisions strictement identiques. S’ils se plaisent à rêver d’agir différemment les uns des autres, il est assez improbable qu’ils s’en rendent compte. Par exemple, même lorsqu’ils visitent un pays dont ils ignorent la langue ou dont ils ne savent pas lire l’alphabet, ils ne peuvent s’empêcher d’entrer dans les librairies ou de lécher longuement leurs vitrines. Lorsqu’ils se promènent la nuit, ils s’arrêtent devant une fenêtre éclairée pour observer une bibliothèque qui couvre un pan de mur, puis, dans un recoin de leur imagination, ils s’inventent l’histoire de celui qui vit là et dont ils n’ont même jamais vu le visage. Si la fenêtre se trouve au rez-de-chaussée, se faisant franchement intrusifs, ils tentent d’identifier l’ADN de la bibliothèque, ayant appris à reconnaître les livres à leur dos. Dans les maisons où ils sont invités, si la bibliothèque de leur hôte n’est pas installée dans le salon, ils trouvent moyen de s’aventurer dans les parties privées de la maison, sans prendre en considération les limites de la décence. Il n’y a aucun moyen de réfréner la curiosité du véritable passionné de livres ou de retarder son envie de se plonger dans le petit univers qui s’ouvre devant lui. Cette passion ne connaît aucune règle, ne sait rien réguler. Dans le monde des livres, la seule règle qui compte est celle de l’écriture.

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