La Maison aux livres
En sortant, je me suis retrouvé...
En sortant, je me suis retrouvé nez à nez avec Reza bey. J’avais l’air de quelqu’un qui vient d’apprendre coup sur coup deux nouvelles aussi graves qu’inattendues. Heureusement, celui qui se tenait devant moi n’était pas en état de s’en apercevoir. Un masque rouge cramoisi semblait s’être soudain posé sur le visage de l’homme partagé entre l’émotion et la fébrilité.
— Nous avons oublié un élément capital, monsieur, a-t-il dit en manquant de s’étrangler. Il y a encore une autre partie à l’arrière que vous devez voir. Heureusement Salih me l’a rappelé et m’a évité cet oubli.
Je n’avais plus la force d’affronter une troisième nouvelle. En effet, j’étais si accablé que je n’avais même plus assez d’énergie pour protester, et comme un automate, je me suis contenté de me traîner derrière son petit corps. En me promenant, j’avais remarqué que l’étroite allée entourant le bloc de verre fourchait quelque part en direction des arbres, mais je ne m’y étais pas attardé, supposant que c’était un sentier dédié à la promenade. Nous avons parcouru quinze ou vingt mètres à travers un bosquet touffu, nous penchant ou nous écartant de temps en temps pour éviter les branches, jusqu’à nous trouver en lisière d’une nouvelle clairière. Lorsque Reza bey, pointant du doigt la cabane trapue juste devant lui, s’est exclamé :
— Et voici la salle de lecture, monsieur,
Ma langue s’est déliée d’elle-même :
— À ce point ! Cette fois, c’est trop !
Si je ne m’abuse, ces quelques mots m’ont échappé en même temps qu’un rire nerveux. Je ne pense pas que le pauvre homme ait pu donner un sens à ma réaction. Seul un de mes proches aurait pu identifier le triangle symbolique que représentait dans ma vie une bibliothèque, une salle de lecture et des arbres. Personne n’aurait pu s’attendre que Reza bey comprenne ce que ce « trop » signifiait.
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