La Maison aux livres

Enis Batur · Chapitre 31 sur 46

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La Maison aux livres

Si le travail qui m’a aidé...

Si le travail qui m’a aidé à rouler ma bosse depuis plus d’un quart de siècle m’a octroyé quelque privilège à un ou deux égards, je peux dire que l’un d’eux est d’être tenu dans mon entourage proche et lointain pour celui qui a vu passer et déchiffré le plus de manuscrits.

 

Pour autant, je n’avais jamais vu ni entendu parler, de près ou de loin, de quelque chose de tel. Quand je parle de manuscrits et d’écriture manuscrite, je ne fais certainement pas référence à l’art de la calligraphie et aux œuvres dont la calligraphie est la finalité. Celles dont je parle sont, peu ou prou, de la main de mes contemporains dont le métier est d’écrire. Si j’ai d’abord pris l’écriture de Monsieur pour des lettres imprimées, cela n’a rien à voir avec ma déficience visuelle, je voulais dire, je le répète, que jamais je n’avais vu ni entendu chose pareille.

En raison de sa culture, Monsieur avait une écriture qui, au-delà de l’écriture soignée fréquente chez les élèves des lycées étrangers d’Istanbul, faisait preuve d’une qualité qui atteignait un niveau de perfection maniaque. Qui sait comment et sous quelle impulsion il avait fait de ces caractères gothiques, dont l’esthétique est en soi étonnante, sa façon d’écrire ordinaire. De plus, toute personne qui s’applique à écrire à la main connaît fréquemment avec le temps une sorte de détérioration – au fil des ans mon écriture, par exemple, est devenue illisible. Lui avait réussi à conserver la sienne jusqu’à la fin.

Mais cela allait encore bien au-delà.

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