La Maison aux livres

Enis Batur · Chapitre 30 sur 46

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La Maison aux livres

Ce n’est pas que je ne le sache pas...

Ce n’est pas que je ne le sache pas, je le sais, bien sûr, mais une fois encore je constate que le travail de l’écrivain obéit à un processus, un ordre qui ne s’accorde pas avec celui du vécu. Bien plus, l’écriture l’ignore. Même si celle-ci procède de la vie même, elle se voit imposer par la main qui prend la plume un ordre artificiel. En tentant de redonner vie à la façon dont j’ai rencontré, connu, découvert la Maison aux livres et dont je m’y suis immergé jusqu’à explorer son labyrinthe, j’ai un peu suivi la méthode que Günter Grass appelle « peler l’oignon », que je me souviens d’avoir déjà mentionnée quelque part. J’essaie de parcourir le cercle ou plus précisément le volume de la sphère, vu sa structure tridimensionnelle, en utilisant une logique de balayage depuis ses contours jusqu’au centre. Cependant, du moins dans ma phase initiale, la manière dont je me suis comporté pourrait être qualifiée d’agression brouillonne.

Il est tout simplement impossible de parvenir à déterminer la somme des propriétés d’une masse sans développer une méthode appropriée et rationnelle. Heureusement, j’ai très vite cessé de fouiller comme un fou dans tous les sens. Jusque-là, j’ai parlé de mes rencontres avec ces livres comme si, avant de venir ici, je ne les avais jamais ouverts. Bien sûr, ce n’était pas le cas : les signaux que j’ai repérés dans ceux tirés des étagères ont suffi à me montrer qu’ils n’avaient pas seulement été rassemblés, mais lus et travaillés, souvent les deux, de façon plus ou moins approfondie. Monsieur avait passé sa vie à leur consacrer du temps et des efforts, et entre eux des liens complexes, inextricables, s’étaient formés.

Cela allait encore bien au-delà.

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