La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 2 sur 61

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La toute dernière fois

1 … qu’il a fait du vélo

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… qu’il a fait du vélo

 

C’était l’été dernier.

De toute façon le vélo, pour lui, c’est un truc « de vacances ». Cela va avec « plage », « glace » et « farniente ».

 

Ils étaient avec leur groupe de copains sur l’île de Ré. L’endroit rêvé pour en faire, du vélo. LE mode de déplacement roi. Des pistes cyclables partout, pour traverser les villages, les marais, les bois, pour aller à la plage, au marché, au musée. Nez et cheveux au vent. Et à toute heure. Le plus rigolo, c’est d’en faire la nuit. Surtout entre Loix et St Martin, sur la piste qui longe la mer. On croise d’autres cyclistes, qu’on devine de loin par les loupiotes qui tremblent, et par les voix et les rires qui se rapprochent. On est alors un peu tous dans le même délire.

Le vélo, c’était donc leur moyen de locomotion pour les petits trajets du quotidien. Mais ils ont décidé, avant la fin de leur séjour, d’aller jusqu’au phare des Baleines, tout là-bas, au bout de l’île. Soixante kilomètres en tout environ. Sur le plan, ça n’avait pas l’air si loin que ça. En pratique, ça n’était pas si près. Surtout que leurs engins avaient passé la quarantaine (c’était ceux de papy Jo) et ne pouvaient s’enorgueillir de posséder dix-huit ou même six vitesses… Au mieux, il y en avait deux. Sans parler des freins qui grinçaient et ne freinaient pas vraiment. Passons sur l’esthétique (les bicyclettes rivalisaient dans la catégorie « taches de rouille »). Bref : leurs vélos dataient clairement, et leur virée s’annonçait un peu folklo. Pour l’aller, cela avait été quand même facile. C’était roulant, cela ne nécessitait pas d’effort. A posteriori, ils devaient avoir le vent dans le dos. Parce qu’au retour, en plus du mal aux fesses causé par la selle au moelleux contestable, ils avaient le vent de face, sans aucun doute. Ils ont traversé les marais avec la désagréable impression de faire, par moments, du sur place. Pour mieux fendre l’air, ils se courbaient sur leur vélo, et se relayaient en pole position toutes les cinq minutes, les quatre autres dans la roue du précédent, comme les pros, mais sans la classe des pros. Franchement, l’arrivée semblait s’éloigner à mesure qu’ils avançaient, tant leurs jambes étaient fatiguées, et pas seulement par les 257 marches gravies dans le phare. Certes, ils n’avaient pas l’habitude de briller dans le sport, mais là, c’était de la faute aux 2 V (vélos et vent).

À l’arrivée, ils pouvaient à peine marcher. Fourbus, épuisés et… cramoisis. Tout à leurs efforts dans le vent, ils n’avaient pas senti le soleil les mordre sur la face, la nuque, les bras et les cuisses. Leur nez avait pris plus que le reste, ce qui ne les avantageait pas vraiment. Ah, ils s’en souviendraient de cette journée !

Bref, il avait eu sa dose annuelle de vélo.

 

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