La toute dernière fois
51 … qu’il a vu le chat de la maison
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… qu’il a vu le chat de la maison
C’était il y a près de six mois.
Il n’est jamais revenu.
Mais lui, il espère encore.
Il s’appelait Blue. C’est lui qui l’avait trouvé, lui qui l’avait baptisé (il avait fraîchement appris les couleurs en anglais et était très heureux d’en faire quelque chose, même si white aurait mieux convenu). La première fois qu’il l’avait vu, ils se promenaient en famille dans la forêt. Des miaulements les avaient interpelés et il l’avait trouvé dans un fourré. Abandonné là, le petit chaton n’aurait pas survécu. Sitôt découvert, sitôt adopté. Il avait rejoint chez eux la chienne et le lapin. Toute la famille avait pris soin du petit chat dont la santé n’était pas brillante, mais surtout lui. Du haut de ses sept ans, il s’était autoproclamé soigneur en chef de Blue, et avait pris son rôle très au sérieux.
Les mois passant, Blue était devenu un chat magnifique, le complice des deux autres bêtes de la maison et la coqueluche de la famille. Comme tout félin qui se respecte, il passait ses journées entre siestes sur le canapé, repas, virées dans les jardins, câlins et ronronthérapie. Le garçon a grandi, le chat un peu moins, mais ils ont tous les deux pris des années et leur complicité ne s’est jamais démentie. Quand ils ne dormaient pas ensemble, le chat était toujours là pour se faufiler dans sa chambre au réveil de l’adolescent, et c’était lui qui administrait le dernier câlin du soir à Blue. Ces deux-là étaient inséparables. Toute la famille n’osait appréhender le jour où le chat serait vieux et qu’il faudrait s’en séparer. Finalement et malheureusement, ce jour qui paraissait lointain est arrivé plus vite que prévu, bien avant qu’il ne soit un vieux chat malade. Un jour d’été, Blue n’est pas rentré. Ce n’était pas dans ses habitudes. Ils se sont dit, pour ne pas s’inquiéter : « Il est parti en vadrouille avec des copains » (il ne pouvait plus faire grand-chose avec les copines depuis longtemps). Le lendemain, point de Blue. Ils ont essayé de se rassurer : « Il a dû être enfermé quelque part ». C’est vrai, après tout, c’est assez fréquent qu’un chat se faufile dans un garage et y soit enfermé par inadvertance. Pour autant, l’inquiétude enflait, et ils ont fait le tour du quartier, prospectus avec photo du chat en couleur à l’appui. Ils sont rentrés chez eux, bredouilles et le cœur serré. Surtout le sien à lui.
Les jours suivants, ils ont poursuivi et élargi les recherches. En vain. Ils l’attendaient tous, avec de moins en moins d’espoir, et le cœur en miette de ne pas savoir ce qui avait pu arriver à leur boule de poils à ronrons… Ils imaginaient le pire, mais surtout ils ne SAVAIENT pas et c’était peut-être ça, le pire. Mort enfermé ? Volé ? Écrasé ? Empoisonné ? Ce dont ils étaient certains, c’est que si Blue avait été libre et sauf, il serait revenu. Jamais il ne les aurait abandonnés.
Cela fait donc des mois que le chat ne vit plus parmi eux, et lui ne peut s’empêcher de l’attendre, de l’appeler dans le jardin, et surtout de trouver très tristes les couchers et les réveils sans le petit chat blanc de la forêt devenu gros… au drôle de nom de Blue.
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