La toute dernière fois
34 … qu’il est allé à la mer
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… qu’il est allé à la mer
C’était aussi la première fois.
Ils ne partent jamais en vacances.
Heureusement, grâce à l’association, il a pu y aller.
Il ne connaissait des paysages que les murs gris de la banlieue. Ses parents n’ont pas de voiture, pas assez d’argent pour partir. Son père a un travail, mais pas tout le temps. Les vacances, c’est pour les autres. Son quotidien, c’est l’enfermement. Il se sent terré, obligé de ne fréquenter que trois lieux autorisés : son appartement où ils s’entassent à six dans un trois pièces, la place en bas de l’immeuble, et l’école. L’école ? Il y va par obligation aussi. Et pour ses parents, qui pensent que son salut n’arrivera que par là, parce que l’éducation c’est important, et la culture aussi… et que ce ne sont pas les trafics en tous genres qui vont le faire bien grandir. Mais lui, il n’aime pas spécialement l’école. Il ne croit pas trop à ses bienfaits. Heureusement, il y a les copains. Ça compte, et ça permet de mettre un peu de rire dans cette vie pas très drôle.
Depuis un an, il sait ce qu’il y a au-delà des tours et du gris de la ville. Il est sorti des murs de sa prison pour une journée de permission. C’était l’été dernier. Grâce à l’association « Sors de ta banlieue », il a fait partie du groupe des jeunes qui sont partis en car pour une journée à la mer. La mer, il ne l’avait vue qu’en photo et dans des films. Il était content d’y aller. Évidemment. Déjà, le trajet en car lui a permis de découvrir avec ses yeux un autre monde. Ils ont traversé des villes et surtout des campagnes, des forêts. Il a vu des maisons avec jardin, des zones commerciales modernes. Il a vu des couleurs comme jamais. Ils sont arrivés sur une plage de Normandie. Ils se sont élancés sur le sable en criant, courant difficilement vers la mer. Ont enlevé leurs chaussures et leurs vêtements, pour partir à l’assaut des vagues. Les adultes tentaient de réduire le niveau sonore mais pas l’enthousiasme. C’est sûr qu’ils ne passaient pas inaperçus.
Lui, il n’a pas fait pareil que les autres. Il a d’abord regardé partout autour, il a pris le temps d’observer les gens, et surtout le ciel et ses petits nuages moutons sur fond bleu, à perte de vue. L’horizon n’avait jamais été aussi loin. Et plat. Il avait appris à l’école qu’en face, tout là-bas, c’était l’Angleterre. Il se prenait à rêver qu’en fixant très fort devant lui, il pourrait la distinguer. En fait, non, mais tant pis. Il trouvait ça beau. Il regardait ses copains s’ébrouer et s’éclabousser. Il se demandait s’ils avaient vraiment vu tout ce qu’il y avait à voir. Il s’est rapproché d’eux, les a rejoints. S’est amusé aussi.
Ils ont pique-niqué sur la plage et ils ont même acheté des glaces. C’était la fête.
Quand il a fallu partir, les copains chahutaient déjà dans le car. Lui, il regardait la mer. Autant que possible, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus la voir. Il voulait absorber la lumière qui scintillait sur l’eau et la ressentir jusque chez lui au moins, et pour très longtemps.
Depuis, il ne rêve que d’y retourner. Quand il sera grand, il partira en vacances à la mer avec ses enfants. Il se l’est promis.
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