La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 4 sur 61

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La toute dernière fois

3 … qu’il a reçu un cadeau

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… qu’il a reçu un cadeau

 

Ce n’était pas un cadeau comme les autres.

Il était différent.

Et malgré son prix somme toute modique, il a une valeur inestimable.

 

C’était juste un porte-clés. Tout simple, en forme de ballon de basket. Utile, par définition, mais pas pour lui : il ne s’en servirait pas comme d’un porte-clés. Il ne voulait pas le perdre ou l’abîmer. Il lui réservait un bien plus joli destin. Il l’a donc placé dans la vitrine de sa bibliothèque, parmi les autres objets auxquels il tenait beaucoup (citons, en vrac : quelques pierres décoratives, un coquillage jugé rare, une tour Eiffel dans une boule à neige, autant de potentiels ramasse-poussières aux yeux de sa mère, s’ils n’étaient pas placés derrière une vitre).

 

Évidemment, un si petit cadeau ne lui avait été offert ni pour son anniversaire ni pour Noël. Et c’était justement là que résidait la cause de son attachement à ce cadeau : non seulement il avait été complètement spontané et d’autant plus surprenant qu’il n’avait pas de raison d’être, mais surtout il lui venait de son père. Bizarrement, c’était la première fois que son père prenait l’initiative de lui faire un cadeau. Seul, comme ça. Jusqu’alors, pour quelque cadeau que ce soit, sa mère était aux commandes : choix, achat, emballage, don du cadeau, elle gérait tout de A à Z. Son père validait, opinait, approuvait, mais plutôt de loin. Il n’avait pas trop d’idées, ce n’était pas vraiment son truc. Lui, il préférait partager du temps (le peu qu’il pouvait leur accorder) avec ses enfants, et notamment au cours d’activités sportives. Ils se retrouvaient particulièrement autour du basket.

Alors ce porte-clés en forme de clin d’œil à leur passion commune l’avait donc touché dans son cœur bien plus que de raison, pour tout ce qu’il symbolisait de ce lien père-fils concrétisé, pour une fois, dans un objet qu’on peut regarder, tenir et faire tinter entre ses doigts. Il lui rappelle leurs moments à tous les deux, quand ils jouent au basket ou s’amusent à mettre des paniers dans le jardin, quand son père l’accompagne à l’entraînement ou vient le voir aux matchs.

Dans ce petit cadeau, il y a bien plus qu’un anneau qui sert à ne pas perdre des clefs.

Souvent, il s’approche de la vitrine et c’est le porte-clés qui attire ses yeux et qui le fait sourire. Comme s’il incarnait son père lui-même. C’était le premier cadeau de son père, peut-être pas le dernier. Mais il sait déjà que quoi qu’il arrive, et où qu’il aille, ce ballon de basket en porte-clés le suivra toute sa vie.

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