La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 27 sur 61

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La toute dernière fois

26 … qu’il a menti

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… qu’il a menti

 

C’était au travail.

Une nouvelle fois.

Et cela a pris des proportions inattendues.

 

Il ment toujours, depuis qu’il est tout petit. La faute à son enfance ? Peut-être bien. La vérité n’était pas très drôle, alors il l’améliorait. Son père n’était plus un chômeur alcoolique qui battait sa mère, il télétravaillait à la maison pour une grosse société. Et il aimait sa mère, il lui offrait même des fleurs et une nouvelle robe par mois. Évidemment, il se voyait mal inviter des copains à la maison, vu l’écart entre le film et la réalité. Sauf qu’un jour qu’il était malade, un camarade de classe était passé pour les devoirs. C’est son père qui avait ouvert. Tout débraillé, comme tous les jours, et une Kro à la main. Alors là, il était mal… et en effet, ça ne s’était pas bien passé au retour à l’école. « Menteur », qu’on lui disait. Il était devenu la risée de la classe. Le paria.

Heureusement, il déménageait souvent. Et chaque fois, il s’inventait une autre vie, une autre famille, des jouets à Noël qu’il n’avait pas… Il disait que si ses vêtements étaient vieux et moches, c’était parce que ses parents étaient de généreux donateurs pour les enfants pauvres. Évidemment, il priait pour ne jamais croiser ses camarades au supermarché du coin... Il avait trop honte, surtout quand sa mère avait un œil au beurre noir. Bref : son enfance était moche comme ses vêtements. Après, il a grandi, il a inventé d’autres mensonges… Il s’est inventé des vacances sympas, des sorties avec des filles, une première expérience sexuelle avec une femme expérimentée… Parfois, pour mettre la réalité un petit peu à hauteur de la fiction, il volait. Ainsi, il pouvait s’acheter un truc nouveau, et avoir un walkman, comme tous les autres. Et puis, pour se rendre intéressant, puisque bien sûr il ne pouvait pas l’être pour ce qu’il était, il fourmillait d’anecdotes. Il avait vu ce truc, il connaissait untel, il allait faire ça… « Mytho », qu’ils disaient, les autres. Il en faisait trop, et s’était taillé une sale réputation de pauvre-type-qui-ment-parce-qu’il-a-une-vie-de-merde. Et pourtant, s’il avait agi différemment, il aurait pu mettre en avant ses qualités. Elles étaient vraies, il n’aurait pas eu besoin de les inventer. C’était un gentil garçon, poli, serviable, soucieux de sa famille et d’une intelligence réelle. Mais en société, il était passé à côté, en ne voulant pas se ressembler.

Et puis, voilà… Adulte, il a continué à mentir, et continue toujours. Pour être intéressant à ses propres yeux, pour s’excuser, pour ne pas faire de peine, aussi. Le mensonge est sa deuxième nature. Parfois, il ne sait même plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Tout est emmêlé. Mais cette fois, c’est grave. Parce qu’il a menti au travail pour la xième fois, parce qu’il a commis une faute mais a accusé un autre de l’avoir faite, parce que son chef l’a bien compris, qu’il a mené sa petite enquête et en a trouvé plein d’autres… Parce que son mensonge va lui coûter son travail, et sans doute son appartement. Parce que sa copine, elle l’avait prévenu : « Encore un mensonge, et tu te tires de chez moi ». Le mensonge de trop, celui qui fait déborder le vase.

 

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