La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 23 sur 61

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La toute dernière fois

22 … qu’elle a eu des doutes

22

… qu’elle a eu des doutes

 

Elle en avait depuis quelques temps.

Elle attendait la preuve irréfutable.

Elle l’a eue.

 

Des mois qu’elle en avait, des doutes. D’abord une pensée, fugace et volatile, aussitôt chassée par la confiance ; puis, une question, presque tout aussi légère ; après, de petits doutes, vaporeux, pas méchants ; ensuite, une intuition formelle et l’envie de chercher des indices ; enfin, le constat, amer et violent. La dernière fois qu’elle a eu des doutes a mené à la preuve irréfutable qu’il la trompait. Les doutes avaient cédé la place à la certitude. Les premiers doutes sont venus sous la forme de « et si »… Et s’il avait rencontré quelqu’un, et s’il y avait une autre femme, et s’il la trompait, et s’il la voyait vite fait entre midi et deux, ou après le travail, dans n’importe quel trou de son emploi du temps… ? Et si ce n’était pas si concret, mais juste des discussions par écran interposé, et s’il ne l’avait jamais vue mais qu’elle emplissait ses pensées ? Et s’il y en avait plusieurs et qu’il les consommait via des sites de rencontres géolocalisés ? Et si ses déplacements professionnels réguliers lui permettaient de mener une double-vie, et s’il avait même un enfant caché ? Elle avait vu tout ça dans des films, et elle s’en faisait à merveille.

Un jour elle a su. Elle était sûre qu’il la trompait. Intuition féminine. Restait à savoir qui, quand, comment, où, depuis combien de temps. Elle s’est mise à inspirer fort dans son cou, à traquer un cheveu suspect, à lorgner sur son portable, à observer son attitude générale. N’était-il pas trop gai, là ? Ne la désirait-il pas plus, ou moins ? Ne souriait-il pas à son téléphone à la lecture de messages qu’elle ne pouvait pas lire et qui n’étaient, évidemment, pas d’elle ? D’ailleurs, elle le savait, la réponse se trouvait dans cet engin de malheur. Comme par hasard, il le laissait moins traîner, comme par hasard il était bardé de mots de passe en tous genres, comme par hasard il ne le lui montrait plus vraiment…

Alors, elle a voulu attaquer de front. L’a questionné. Il a ri, a fait l’offusqué. Comment pouvait-elle imaginer un truc pareil… Et la confiance ? Justement… Mais il a tellement bien joué qu’elle est tombée dans le panneau. Une fois. Et encore une autre. Et encore une autre. Parfois, elle se demandait si tout le monde n’était pas déjà au courant. Elle devinait des semblants de sourires ou des airs navrés. Ou bien elle les inventait. Elle ne savait plus bien. Elle voulait croire encore qu’elle se faisait des idées, qu’il était comme elle l’avait toujours connu : aimant, fidèle, digne de confiance.

Et puis il y a eu le doute de plus, le doute de trop. Elle l’avait surpris, depuis sa voiture, en train de sortir de chez un fleuriste avec un joli bouquet. Elle n’osait trop y croire. Le soir, point de bouquet. Il n’était pas pour elle.

Et peu après elle les a vus. Et pour cause… Cela faisait plusieurs jours qu’elle faisait le pied de grue à quelques pas de son travail. Elle les a vus se retrouver, lui, l’enlacer, elle, l’embrasser… eux, s’engouffrer dans un hôtel. Elle a eu envie de vomir. La bile montait autant que la rage. Elle avait envie de les frapper, de leur arracher les cheveux. Elle n’a fait que s’effondrer intérieurement.

Elle est rentrée chez elle. Ce n’était déjà plus chez eux.

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