La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 26 sur 61

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La toute dernière fois

25 … qu’elle a eu peur

25

… qu’elle a eu peur

 

C’était hier.

Le lendemain d’avant-hier, où elle avait vécu son avant-dernière peur. De toute façon, elle est froussarde.

 

C’est un vrai stéréotype de la petite fille parfaite : yeux bleus, cheveux blonds, jupe plissée… Mais on pourrait ajouter : phobique, à voix perçante. Ce n’est pas de sa faute : elle n’aime pas les petites bêtes. Ni les grosses. Ni les dodues, ni les poilues. Et surtout pas celles qui sont les trois à la fois : les grosses araignées, noires, à pattes velues, griffues, ventrues… (oui, oui, ça existe… vous n’en avez jamais vu ?).

Elle était tranquillement installée sur le canapé, avec un livre et des biscuits. Des biscuits posés près d’elle. Mais quand elle a tendu la main, les yeux plongés dans son bouquin, elle a senti que sur les petits gâteaux, il y avait un truc qui n’était pas une miette. Ça grouillait, ça marchait. Elle a jeté un œil vif et a hurlé d’un cri à tordre le silence. Imaginez un peu la scène et mettez le son au maximum (eh bien vous êtes en deçà de la réalité). Voyez la bondir, sauter partout, s’élancer dans le couloir, courir dans le jardin, en agitant les bras et en criant toujours comme si elle était poursuivie par la Bête. Avec aucun sens du ridicule de la situation, mais une parfaite sincérité.

Sa mère est arrivée mollement (elle connaît l’oiseau), a rassuré l’enfant, qui bien sûr ne voulait plus mettre un pied dans le salon, ni même dans la maison : il fallait tuer l’ignoble intruse. Il a fallu à la mère bien plus que de la ruse. Car l’araignée ayant filé, elle ne l’a pas trouvée. En a déniché une autre, qu’elle a tuée d’un coup de charentaise, qu’elle a apportée, triomphante, sous les yeux de sa fille postée sur la balançoire les bras croisés. « Ce n’est pas celle-ci » a rétorqué la chipie. Confuse de son canular raté et surtout abasourdie par la clairvoyance de sa fille, la maman est repartie presque penaude vers le salon, en quête de L’Araignée. Retournant les coussins, s’échinant à trouver la bête invisible, rampant sur le sol et presque sous le canapé… la mère se savait au comble du ridicule. Après de longues minutes d’une traque sans doute vaine, la mère a enfin mis la main (ou plutôt la charentaise) sur le bourreau de sa fille, priant pour que celui-ci soit le bon. Ce que la jeune demoiselle confirma au premier coup d’œil, avant de daigner rentrer dans la maison. Ouf ! À croire que rien ne ressemble moins à une araignée qu’une autre araignée…

 

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