La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 41 sur 61

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La toute dernière fois

40 … qu’il a fermé la porte de sa maison

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… qu’il a fermé la porte de sa maison

 

Il y avait vécu plus de quarante ans.

Fermer cette maison, c’était comme fermer la porte de toute sa vie. Cela ne s’est pas fait sans émotion.

 

La ruine l’avait aculé : il devait vendre cette maison. De toute façon, depuis le décès de sa femme, il n’avait plus d’intérêt à la garder. D’ailleurs, il avait failli la quitter à ce moment-là, mais il s’était raccroché à cette bâtisse comme à une bouée de sauvetage. C’était tout ce qui lui restait des jours heureux.

C’était une maison de famille comme tant d’autres en France. Peuplée de souvenirs, habitée de fantômes, secouée de rires et de larmes. Une maison qui enfermait autant de saveurs que de douleurs. Comme la vie. Avant de fermer une dernière fois la porte de sa maison et de tourner la clef dans la serrure, il a pris une grande inspiration pour contrer la larme qui venait lui dire toute la tristesse qu’il éprouvait. Il venait de faire un dernier tour du bâtiment. Il avait traversé chaque pièce, le regard s’attardant sur les détails apparus avec le vide laissé par les meubles, le nez à l’affût des derniers indices de leur présence. Cela sentait encore la lavande dans l’une des chambres, la cire dans l’escalier, l’humidité dans la cuisine. Il avait fermé les volets de toute la maison. La pénombre qui frappait chaque fois une nouvelle pièce le plongeait dans une mélancolie croissante. Chaque endroit lui rappelait des souvenirs, des scènes du quotidien ou des événements majeurs. Laisser tout cela ici lui fendait le cœur et, plus encore, la perspective que bientôt d’autres personnes s’y installeraient. Ces gens feraient sans doute des travaux, et tout disparaître. Il préférait ne pas y penser. Il espérait quand même qu’ils n’auraient pas l’indécence de faire tomber le vieux chêne dans le jardin. Qu’il reste au moins cela… Après le tour de clef, il a tourné le dos à la maison et fait quelques pas, puis lui a refait face, pour la regarder une dernière fois et emporter avec lui cette vision, bien connue pourtant. Mais cette fois il lui semblait que sa vie restait là, à cet emplacement, et qu’il devait la quitter malgré lui. C’était comme quitter sa carapace pour un mollusque. Sans elle, il était nu et affaibli. Depuis il vit dans un petit appartement sans charme et sans jardin, mais où flotte un parfum de lavande. Il ne lui reste de sa maison que des photos et des souvenirs. Une grande richesse, finalement, qu’il ravive autant qu’il le veut.

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