La toute dernière fois

Laure Manel · Chapitre 54 sur 61

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La toute dernière fois

53 … qu’il a réalisé un rêve

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… qu’il a réalisé un rêve

 

C’était un rêve de gamin.

Il voulait aller à l’étranger.

Et ce jour-là, il y est allé.

 

Cela faisait une bonne paire d’années (depuis qu’il avait eu connaissance des pays voisins, en cours de géographie pendant son CE2) qu’il rêvait d’aller à l’étranger. Passer la frontière, partir ailleurs, entendre parler dans une autre langue, observer des paysages sans doute différents, vivre autrement. C’était son rêve à lui. Rien à voir avec ceux de ses copains, qui souhaitaient avant tout rencontrer leur idole ou leur joueur de foot préféré, ou bien monter dans un camion de pompier, ou même aller au cinéma pour regarder un film interdit aux moins de douze ans. Chacun son rêve, en effet. Alors quand ses parents leur ont dit : « On va faire un tour en Italie », ça avait déjà le goût de la fête et de l’extraordinaire. Ils étaient alors en vacances dans les Alpes, pas bien loin de la frontière. C’était donc assez simple, pour les Bretons qu’ils étaient, et ne nécessitait pas de grands frais. Quoique. Le tarif du péage pour la traversée du tunnel du Mont-Blanc avait fait bondir et hurler le paternel. « Une honte ! » s’énervait-il, quand ils étaient enfin arrivés à la barrière, après plus d’une heure d’attente sans connaître le tarif. Il avait payé, non sans avoir dit son avis à la personne au guichet, et ils avaient pénétré dans ce tunnel interminable. Au bout, l’Italie. Un monde nouveau s’offrirait à leurs regards. Lui, du haut de ses onze ans tout frais, avait les yeux qui clignotaient. Sa sœur dormait déjà à côté de lui. Ce n’était sans doute pas son rêve à elle.

Au bout, une lumière annonçait enfin le clou du spectacle et l’arrivée sur les terres italiennes. Et le miracle eut lieu. C’était un fait : tout était différent de ce qu’il y avait en France. Évidemment : tout était italien. Les arbres, les sommets, les chalets, les virages… tout était italien, et donc forcément différent. Il écarquillait les yeux de bonheur, accrochant son regard à chaque parcelle d’Italie, alternant entre moments de recueillement intime et envolées enthousiasmées voire lyriques, que ses parents lui pardonnaient avec un sourire presque compatissant. Pour eux, l’étranger, c’était l’exotisme. Ici il n’y en avait point. Pour faire plaisir aux enfants, ils se sont arrêtés pour manger une pizza, une vraie, une italienne. Leur fils, évidemment, l’a trouvée divine, mais eux, moins bonne que chez le pizzaiolo du coin. La glace à l’italienne italienne ne l’était pas plus… bref, ça ressemblait presque à une arnaque, cette journée, mais cela faisait plaisir à leur fils, qui était pleinement dupe et voyait la magie de l’étranger partout. Et sa drôlerie, aussi (il avait adoré écouter le serveur italien, qui surjouait sans doute son accent et sa gestuelle).

Pour le prix d’un rêve, il en a même eu un second, un bonus extra (la vérité, c’est que ses parents ne voulaient pas payer le tunnel du trajet retour et avaient opté pour faire une boucle) : le retour s’était fait par la Suisse, où là encore il trouva que tout était suisse.

L’étranger, c’est tellement formidable !

Après ça, il ne lui restait plus qu’à trouver un autre rêve.

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