La Vie conjugale
Deuxième partie - Le commencement
DEUXIÈME PARTIE
LE COMMENCEMENT
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10
L’été touchait à sa fin, un été aride, presque sans pluie. Dans les jardins et sur les boulevards les feuilles sèches et jaunies des arbres – quelques-unes encore accrochées aux branches, la plupart tombées – crissaient sous l’effet de la moindre brise. Les nuits étaient devenues plus fraîches et souvent, à l’aube, une pellicule de gel saupoudrait de sucre glace les pavés et les bandes de maigre verdure qui bordaient les rives du Danube.
En ville, on remarquait dans la foule les visages tannés par le soleil : le visage des gens revenus récemment, ou seulement la veille, de la campagne, de la mer ou des montagnes – ou de ceux qui avaient passé l’été en ville, mais en profitant de ses nombreuses piscines, au centre et dans les environs, pour se baigner et rôtir au soleil. La saison artistique s’ouvrait : théâtres, opéra, cinémas et cafés se remplissaient. Les usines et les bureaux recommençaient à fonctionner à plein régime.
Au cours de cet été torride et sec, les habitants contraints de rester en ville avaient respiré non pas de l’air, mais une sorte d’émanation métallique jaunâtre, un mélange suffocant de gaz d’échappement et d’asphalte fondu. Ils avaient souffert en se plaignant amèrement de leur sort mais, maintenant que la belle saison mourait, ils se sentaient le cœur serré.
C’était un dimanche matin à 11 heures. Gurdweil s’était levé tôt pour travailler quelques heures pendant que sa femme dormait et maintenant il gisait tout habillé sur le canapé qui lui servait de lit la nuit et sur lequel étaient encore empilés draps et oreillers. Réveillée peu de minutes auparavant, de bonne humeur, Thea avait sauté du lit, tiré Gurdweil de sa table, en le soulevant de sa chaise comme s’il était un petit enfant, puis, elle en longue chemise et lui vêtu et chaussé, elle l’avait pris dans ses bras pour le faire valser tout autour de la pièce en criant et en riant fort : « Mon petit Lapinou, tu es une adorable chose, malgré tout !… L’enfant de mon vieil âge ! » Comme chaque fois qu’elle l’enlaçait de la sorte, Gurdweil faisait grise mine. Il éprouvait un plaisir étrange, mêlé d’un vague sentiment de honte pour lui-même, pour Thea et pour le monde entier, comme si la plus intime partie de son être était exposée en public – et il n’aimait pas ça. Mais il ne protestait pas. Il se contentait de répéter de temps à autre, exigeant et suppliant à la fois, avec un sourire grimaçant : « Arrête, Thea, lâche-moi », mais Thea n’entendait rien et ne le libérait que lorsqu’il devenait trop lourd. Reprenant haleine, elle s’exclamait : « Eh bien, lapin, je ne pourrais pas te trimballer ainsi toute la journée ! »
Thea était à présent nue devant sa coiffeuse et Gurdweil, allongé sur le canapé près du mur opposé, ne voyait que son dos. La tête enturbannée pour ne pas mouiller ses cheveux, elle se frictionnait avec une éponge couleur de rouille et ses fesses tremblaient voluptueusement. Le visage pâle et tiré, Gurdweil aspirait des bouffées de sa courte pipe – depuis peu il fumait aussi la pipe. Il avait vieilli les derniers six mois, les plis de sa bouche s’étaient creusés davantage et de fines rides sillonnaient son beau front blanc. Il se leva, s’approcha de sa femme et caressa affectueusement son dos mouillé.
« Va faire le café, Rudolfus ! dit Thea d’un ton de commandement, sans tourner la tête. Je meurs de faim ! Y a-t-il encore du beurre ?
– N… non.
– Alors, descends en acheter !
– Mais le magasin… le magasin est fermé, tu sais bien. C’est dimanche…
– Quoi ? Le magasin est fermé ? » Elle se retourna brusquement, le visage mauvais. « Pourquoi n’y es-tu pas allé avant ? »
Gurdweil lui faisait face, petit et frêle, les yeux à hauteur des gros seins laiteux qui laissaient voir sous leur peau fine un lacis de veines bleuâtres. Il se taisait. L’idée lui passa soudain par la tête que les gens nus étaient un peu ridicules quand ils se mettaient en colère : « Ridicules, vraiment ridicules, et pas très impressionnants… »
Mais Thea criait toujours :
« Il me faut du beurre ! Même si tu dois en chercher dans tout Vienne ! Dans Praterstrasse, il doit bien y avoir une boutique ouverte ! »
Et elle le poussa vers la porte.
Gurdweil, naturellement, descendit chercher du beurre. Il chercha longtemps avant d’en trouver dans une petite boutique juive de Novaragasse, où il pénétra en douce par la cour, comme un voleur. Une demi-heure plus tard, il était de retour dans la chambre. Thea était toujours nue.
« En as-tu trouvé ? demanda-t-elle dès qu’il eut ouvert la porte. Pourquoi as-tu mis si longtemps ? »
La vue du beurre dissipa un peu sa colère.
« Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Va faire chauffer de l’eau pour le café ! »
Gurdweil servit le café, beurra les tartines et ils s’attablèrent. Il mangea en silence parce qu’il savait que chacun de ses mots risquait de ranimer la fureur de sa femme. Laquelle mangeait avec grand appétit. La maison était plongée dans un silence que troublait de temps à autre le cliquetis des trams passant dans Heinestrasse ou Nordbahnstrasse. Sa faim apaisée, Thea dit en baissant la tête sur ses seins nus sous sa robe de chambre entrouverte :
« J’ai décidé de me faire opérer, mon lapin. Je ne veux plus d’aussi gros seins. Ça m’énerve. »
Gurdweil s’arrêta de manger et la regarda, surpris, ne sachant si elle était sérieuse ou se moquait de lui. Il attendit un moment, puis, comme elle ne disait plus rien, il avança avec précaution :
« Mais pourquoi, ma chérie ? Ils sont beaux comme ils sont. Vraiment beaux…
– Tu n’y connais rien, mon lapin ! interrompit Thea. Si je t’assure qu’ils sont trop gros, tu peux me croire. C’est une opération bénigne, qui ne comporte aucun risque. J’ai parlé au doyen Schramek, tu le connais ! Il a dit que c’est une très simple intervention, un jeu d’enfant… »
Et elle entreprit de la lui décrire en détail, avec un tel plaisir qu’elle en oublia son café et ses tartines. Elle jouissait visiblement d’imaginer l’opération. Gurdweil l’écoutait, dégoûté. Il ne pouvait supporter ce genre d’évocation. « Comment une femme peut-elle avoir tout le temps envie de se faire opérer ! pensa-t-il. Il n’y a pas si longtemps, c’était le nez, une idée tout aussi absurde, et voilà qu’elle recommence avec ses seins ! »
« Mais nous n’avons pas d’argent, remarqua-t-il.
– Nul besoin, répliqua-t-elle, la bouche pleine. Du moins pas tout de suite. Le doyen Schramek a une clinique. C’est un ami et il ne me fera pas payer. Et, s’il faut payer, nous pourrons le faire plus tard, quand nous aurons de l’argent. »
Gurdweil garda le silence, puisque tout ce qu’il aurait pu dire n’aurait rien changé. Thea voulait se faire opérer à la fin de la semaine, et il savait que rien ne l’en empêcherait. Il regretterait ses seins qu’il aimait tels qu’ils étaient et il redoutait les dangers inhérents à toute intervention. Il ne put terminer son café. Il resta assis à jouer avec son couteau, puis bourra sa pipe et l’alluma. Pendant ce temps, Thea avait fini son petit déjeuner.
« Va me rouler une cigarette, lapin ! dit-elle comme il se levait, et débarrasse la table tant que tu y es ! »
Elle s’étira, alluma sa cigarette et s’allongea sur le canapé comme un animal rassasié. Gurdweil débarrassa la table, lava la vaisselle et la rangea sous la tablette du lavabo qui leur servait de placard. Puis il revint s’asseoir à son bureau. Suçotant sa pipe, il levait les yeux de temps à autre vers sa femme dont le corps d’albâtre, presque entièrement nu, dégageait un érotisme puissant et obsédant. Gurdweil se sentait la tête lourde d’un homme ivre. « Cette femme, cette femme-là, est ma femme… ma femme », rêvassait-il, quand soudain il éprouva une violente douleur au cœur, comme si un objet aigu le transperçait. Et, avant qu’il ait pu se défendre, il fut submergé par un flot de souvenirs de toutes sortes, des choses qu’il s’était toujours efforcé d’écarter de sa conscience, des souvenirs qui n’étaient pas le pur produit de ses rêves et de ses peurs, mais, malheureusement pour lui, d’une réalité incontournable qui l’empêcherait de reprendre le cours récent de ses pensées. Gurdweil eut tout à coup la vision d’une foule d’hommes – les uns connus, les autres étrangers – s’approchant un par un du corps quasiment nu de sa femme, Thea, allongée sur le canapé contre le mur, et qui leur souriait, leur montrait ses seins, leur tendait les bras… Gurdweil n’en pouvait plus, mais il se devait de regarder jusqu’au bout. Et le douloureux, le terrible spectacle qu’il s’infligeait n’était pas sans lui procurer en même temps un étrange et inexplicable plaisir…
Le bruit sec de sa pipe tombant de sa bouche sur la table le réveilla. Thea était couchée et fumait. Gurdweil se leva. Il avait le souffle court, la tête lui tournait. Il se blottit contre sa femme et commença à l’embrasser, à lui enfoncer ses ongles dans la chair comme une bête sauvage. Son extrême excitation et son désespoir lui firent monter les larmes aux yeux. « Qu’est-ce qui te prend aujourd’hui, mon lapin ? » commenta simplement Thea.
Il rajusta ses vêtements et resta assis à côté d’elle au bord du canapé. Il avait encore les yeux humides et il sentait son être entier plongé dans une immense tristesse. Il était abandonné, seul au monde, désemparé. Comme à la recherche de secours, sa main caressa machinalement les cuisses tièdes de sa femme. Le regard absent, il murmura : « Ah ! Si seulement tout était différent, ne fût-ce qu’un peu différent, comme tout serait merveilleux…
– Que diable marmonnes-tu, lapin ? »
Gurdweil ne répondit pas : peut-être n’entendit-il même pas la question. Il haussa les épaules avec résignation. Il savait pertinemment que rien ne serait plus jamais différent.
Thea bondit du canapé et se posta devant le miroir au-dessus du lavabo. Prenant ses seins à pleines mains, elle les soupesa un moment, comme si elle voulait connaître leur poids exact. Puis elle alla s’habiller.
Le dimanche, comme les jours de fête, s’ils n’étaient pas invités à déjeuner chez les parents de Thea, ils se contentaient en général d’un repas frugal à la maison. Leurs salaires ne suffisaient pas à leurs besoins et ils étaient toujours à court d’argent. Surtout Gurdweil, car Thea dépensait tous leurs revenus pour elle. Elle ne se privait de rien. Elle réclamait constamment de l’argent. Il ne leur restait rien pour les nécessités quotidiennes. Bien qu’il gagnât désormais chez le Dr Kreindel deux cent vingt-cinq schillings par mois, somme parfaitement suffisante pour une personne aux besoins modestes, Gurdweil n’avait jamais un sou vaillant en poche et passait sa vie à mendier de ridicules emprunts pour s’acheter du tabac ou une tranche de pain. Il n’avait jamais eu aussi faim ni autant de dettes qu’aujourd’hui.
Ses relations avec Thea avaient été scellées dès le premier jour. Immédiatement après la cérémonie, Thea l’avait averti, sans autre forme de procès, que leur mariage ne changerait rien – surtout qu’il ne se fasse pas d’illusions ! – à sa manière de vivre… Elle était libre comme hier de n’en faire qu’à sa tête. Et elle n’en faisait qu’à sa tête. Ses heures libres, le soir après le travail ou les jours de congé, elle les passait pour la plupart sans Gurdweil, en des lieux et des circonstances mystérieux. Elle allait et venait à son gré. Et, si Gurdweil avait pu s’étonner au début que leur vie conjugale ne ressemblât pas à ce qu’il avait imaginé, il l’avait finalement acceptée faute de choix. Ainsi avait-il réussi apparemment à dominer la jalousie qui n’avait au début cessé de le torturer, sinon à la déraciner, mais il l’avait refoulée dans un coin de son âme, où elle attendait de resurgir avec d’autant plus de force à la première occasion. Il cherchait des excuses au comportement de sa femme, lui accordait le bénéfice du doute, interprétait des faits évidents sous un jour spécial, plus commode, et surtout il faisait tout son possible pour se masquer la vérité. Mais un malaise permanent l’habitait, comme s’il portait dans sa chair les germes d’une maladie dangereuse, mortelle. Prisonnier d’une incessante tension intérieure, il se referma sur lui-même, sombra dans la mélancolie. Une barrière invisible le sépara du monde. Ce n’était plus que rarement qu’il s’évadait de sa claustration et montrait à ses amis un visage joyeux.
Bien qu’il s’efforçât de dissimuler autant qu’il le pouvait la nature véritable de ses relations avec Thea, ses amis savaient la vérité. Leur jugement était celui d’observateurs extérieurs, à la fois plus aigu et général. Ils voyaient nombre de choses qui échappaient à l’attention de Gurdweil. Avec le temps, même ceux de ses amis qui s’étaient trompés au début sur le compte de Thea comprirent qui elle était et prirent Gurdweil en pitié.
Thea avait fini de s’habiller, prête à sortir. Elle avait mis son manteau et son chapeau. Il était aux environs de 1 heure.
« Je vais déjeuner à la maison, dit-elle à son mari, resté immobile sur le canapé. Veux-tu venir avec moi, mon lapin ? »
Au ton de sa voix, il comprit qu’elle ne voulait pas de lui. D’ailleurs, ils n’avaient pas été invités. Et il répondit non.
« As-tu un peu d’argent ?
– Non, rien, qu’une vingtaine de groschen.
– Mais où part donc tout l’argent ?
– Tu sais bien que je suis fauché, s’excusa-t-il. Hier je t’ai donné trois schillings. J’ai aussi payé le beurre, et voilà tout.
– Mais j’ai besoin d’argent ! Fais quelque chose ! Demande à Frau Fisher, peut-être t’en donnera-t-elle.
– Je ne peux pas, répondit Gurdweil en tripotant sa pipe. Nous lui devons encore le loyer du mois dernier. En plus, je lui ai déjà emprunté dix schillings.
– Mais que vais-je donc faire ? gémit Thea désespérée en s’effondrant sur une chaise. Il me faut de l’argent ! À la maison il n’y a rien non plus. J’ai vu Poldi hier. Ils n’ont pas un sou. »
Elle réfléchit un moment, puis entreprit de nouveau Gurdweil :
« Écoute, Rudolfus, peut-être devrais-tu tout de même demander à la vieille. Ne vois-tu pas combien j’ai besoin de cet argent ?
– Je ne peux pas, ma chérie, je ne peux vraiment pas, répéta-t-il. Elle ne nous donnera rien, je sais qu’elle ne nous donnera rien. Cet après-midi, j’irai en ville et j’essayerai d’emprunter quelques sous.
– Je te dis que j’en ai besoin maintenant, maintenant, à la minute ! » Furieuse, Thea hurlait en martelant chaque mot. « Tu ne comprends pas, idiot ! »
Gurdweil se taisait. Embarrassé, il sortit le tabac de sa poche pour en bourrer sa pipe dont le fourneau était à moitié fendu. « L’argent, l’argent. » Le mot cognait dans sa tête. « Où trouver de l’argent ? » Il s’approcha de sa femme assise à la table, la tête entre les mains. Debout derrière elle, il tenta de l’apaiser, lui caressa le dos en disant gentiment :
« Ce serait de tout mon cœur que je le ferais, si je pouvais, tu le sais bien… »
Avant qu’il sache ce qui lui arrivait, une gifle lui cingla la joue gauche. Des étoiles jaillirent de ses yeux et sa tête valsa, comme décollée de son corps. Il crut d’abord que la maison s’effondrait et lui tombait dessus. Il avait du mal à localiser sa douleur. Cela ne dura que quelques secondes. Puis il sentit une brûlure nette sur la joue gauche et vit, à travers un brouillard, Thea se diriger vers la porte et sortir. Il continua pendant un moment à regarder la porte par où sa femme avait disparu. Le carré ensoleillé sur le sol à l’angle de la porte attira son attention. Il lui parut soudain terriblement chaud et brillant. Gurdweil avança d’un pas et s’accroupit par terre pour le palper. « Il n’est pas si chaud, marmonna-t-il. C’est mon imagination. » Il se remit debout, s’immobilisa. Il détourna ses pensées de l’autre endroit. Il n’était rien arrivé. Tout était comme d’habitude. Mais, malgré lui, sa main vint se poser machinalement sur son visage et sa joue brûlante, et il revit, comme sous un projecteur, la scène dans tous ses détails. Il sentit la douleur sourde dans sa joue. « Elle devait être debout, pensa-t-il, hors de propos, parce qu’elle n’aurait jamais pu en étant assise… » Un immense sentiment de honte l’envahit. Il regarda distraitement autour de lui pour s’assurer que personne n’avait rien vu. À ce moment précis, il se sentait plus honteux pour Thea que pour lui-même. Il pensa qu’elle n’oserait plus le regarder dans les yeux. Il fut presque sur le point de courir derrière elle – elle n’avait pas dû aller loin – pour la calmer et lui demander pardon. Il fit un pas vers la porte mais s’arrêta, tourna les talons. Il aperçut son reflet dans le miroir, au-dessus du lavabo. Il vit que son visage, d’ordinaire si pâle et triste, avait viré au rouge brique, comme éclairé par une flamme cachée, et une grande lassitude le submergea. Il s’étendit sur le canapé et alluma la pipe qu’il avait gardée à la main.
C’est le moment que choisit la vieille logeuse pour entrer dans la pièce sans frapper, selon sa coutume. Gurdweil ne bougea pas.
« La jeune dame est sortie ? demanda-t-elle, bien qu’elle ait vu Thea sortir. Vous avez une gentille femme, Herr Gurdweil, ajouta-t-elle en se plantant près de lui. Une très gentille femme, psss ! Je vous ai toujours dit qu’un homme bien avait besoin d’une épouse. Il vaut mieux être deux, aïe, aïe, aïe ! Si mon cher mari était encore vivant, je ne manquerais de rien aujourd’hui ! Mais sans lui, qu’est-ce que je vaux ? Une pauvre vieille femme, toute seule ! C’est horrible, horrible !
– Pouvez-vous me prêter un autre schilling, Frau Fisher ? » Les mots lui jaillirent brusquement de la bouche et il se rassit.
« Je comprends, Herr Gurdweil, je comprends. Ne criez pas. Je vais chercher l’argent. Un homme bien comme vous ! »
Elle partit et revint avec le schilling. Elle fit le ménage, bavarda beaucoup en chuchotant de manière toujours aussi irritante, avant de s’en aller pour de bon.
Gurdweil demeura encore un peu dans la chambre, puis il se lava le visage comme pour le débarrasser d’une tache. Il prit sa canne et sortit.
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