La Vie conjugale

David Vogel · Chapitre 5 sur 36

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La Vie conjugale

Chapitre 5

5

 

Sur le chemin du retour, Gurdweil chercha en vain une raison à l’étrange comportement de Lotte. Il passa en revue tout ce qu’il avait dit : il ne trouva rien qui ait pu la blesser en aucune manière. Il en conclut qu’il ne s’agissait que de nervosité et il se sentit un peu désolé pour cette pauvre Lotte ; c’était vraiment une très gentille fille, un cœur pur, pour laquelle il éprouvait depuis longtemps la plus vive amitié.

Le ciel s’était éclairci entre-temps. Les lambeaux de nuages sales découvraient des bouts d’azur profond, impeccablement propre. Gurdweil se rappela avec joie qu’il ne lui restait que trois heures jusqu’au rendez-vous et il allongea inconsciemment le pas comme pour s’en rapprocher plus vite.

À la maison, l’attendait une lettre de sa sœur d’Amérique, avec un billet de dix dollars glissé à l’intérieur. Il venait à point nommé, pensa Gurdweil. Cela lui pemettrait de payer ses dettes les plus criantes et de faire de nouveaux emprunts. Et, chose plus importante : il n’irait pas au rendez-vous les mains vides. Outre cet avantage concret, Gurdweil vit dans cette lettre inattendue un heureux présage… Elle marquait sans nul doute le début d’une époque nouvelle et bénie.

Les bureaux de change du quartier étaient déjà fermés, mais Gurdweil se souvint à temps que l’on pouvait changer de l’argent à la gare. Puis il s’acheta un col neuf, un casse-croûte et rentra chez lui.

Ulrich revint peu après. Lui aussi s’était muni de pain, de beurre et de saucisses, et ils se mirent à table. Ulrich raconta qu’il avait vu Lotte au café une demi-heure plus tôt. Elle lui avait demandé de transmettre ses amitiés à Gurdweil et de le convier à faire un saut au café le soir même s’il était libre. Elle s’y trouvait en compagnie du Dr Astel et semblait de fort bonne humeur.

« C’est une jolie fille, ajouta Ulrich, ses yeux, surtout, sont magnifiques.

– Oui, elle est très jolie, acquiesça Gurdweil d’un air absent.

– J’ai entendu dire qu’elle était officiellement fiancée au Dr Astel », dit Ulrich qui ajouta, après un silence : « Je ne suis pas sûr que ça marche.

– Dans ces affaires-là, on ne peut jamais rien prévoir. Il y a toujours des surprises. Et pourquoi ne s’entendraient-ils pas ? Astel a l’air très amoureux. Et je présume qu’elle l’est aussi.

– Là, vois-tu, je ne serais pas aussi affirmatif.

– Et pourquoi pas ? s’emporta sans raison Gurdweil. Elle est peut-être un peu excentrique, mais c’est le cas de toute notre génération.

– Ce n’est pas ce que je veux dire. Je la trouve trop bien pour lui. Et, en plus, je crois qu’elle ne l’aime pas.

– Comment le sais-tu ? Bien au contraire ! »

Mais, au fin fond de lui-même, il savait qu’Ulrich était dans le vrai.

Après avoir mangé, Gurdweil se leva et mit son manteau. Ulrich voulut savoir s’il viendrait plus tard au Herrenhof.

« Non, j’ai un rendez-vous. » (Il était trop timide pour dire avec qui.)

« La fille d’hier ? » s’enquit simplement Ulrich. Et, pour plaire à son ami, qu’il tenait en réelle affection, il ajouta : « Elle est vraiment jolie. Elle a un charme secret, qui ne se remarque pas au premier abord. »

Gurdweil arriva au café avec un quart d’heure d’avance. Il choisit une table d’angle face à la porte et commanda un café. Les rares clients disséminés dans la petite salle carrée, bien qu’il les vît pour la première fois, lui firent l’effet de vieilles connaissances, d’amis qui lui voulaient du bien. Il aurait voulu leur serrer la main à chacun et leur demander des nouvelles de leur famille. C’est à tort qu’il avait parfois méprisé des gens comme ceux-là ! Tous ces hommes, sans exception, étaient simples et bons, et méritaient d’être aimés !

Quand le garçon lui apporta son café, Gurdweil lui demanda s’il n’avait pas aperçu la baronne. Il la décrivit en détail, son visage, son corps, ses vêtements. Il retirait un plaisir singulier de parler d’elle à un étranger.

« C’est ma fiancée, vous comprenez… », conclut-il.

Le garçon de café, un géant à l’air endormi et sot, l’écouta jusqu’au bout et dit :

« Je n’ai vu aucune jeune femme qui lui ressemble. Ce n’est pas une habituée.

– Pouvez-vous me donner l’heure exacte ?

– 8 heures.

– Dans ce cas, elle ne saurait tarder. Elle doit venir après 8 heures… Elle est ponctuelle… »

Gurdweil but son café en scrutant l’entrée avec vigilance. Il fuma une cigarette, puis une autre, mais la baronne n’arrivait pas. Déjà 8 heures et quart. Peut-être n’était-ce pas le bon café ?… Le doute l’assaillit. Non, c’était impossible ! Ils avaient clairement convenu de se rencontrer au café Alserbach ! Il ne pouvait pas s’être trompé !

À ce moment précis, la baronne fit son entrée. Elle se dirigea droit vers lui, comme si elle avait su à l’avance qu’il serait assis dans ce coin. Gurdweil bondit à sa rencontre, le visage radieux.

« Je ne suis pas en retard ? dit la baronne, souriante en lui tendant la main.

– Mais si, vous êtes en retard, car je vous attends depuis hier…

– Mais pas ici en permanence, j’espère. Cela aurait été plutôt ennuyeux. »

Elle s’assit sur la banquette de moleskine adossée au mur, sortit de son réticule un paquet de cigarettes, en alluma une et en offrit une autre à Gurdweil. Elle avala la fumée avidement comme une fumeuse invétérée, privée depuis longtemps de sa passion, et commanda un café noir.

Gurdweil avait une foule de choses à lui dire, mais sa langue restait collée au fond de son palais. Assis en face d’elle, il la regardait tendrement, le visage éclairé d’un pâle sourire qui traduisait à la fois sa joie et son embarras. La baronne termina son café, puis lui demanda son prénom.

« Ah ! Rudolf, dit-elle, Rudolf, Rudolfus, Rudolfinus !… Mon cousin s’appelle aussi Rudolf. Il a deux têtes de plus que vous, mais c’est un âne…

– J… je suis heureux de le savoir, bégaya Gurdweil avec un sourire idiot.

– Quoi ? Vous êtes heureux de savoir que c’est…, reprit la baronne gagnée par le fou rire.

– Je voulais simplement dire… » – Gurdweil s’était ressaisi et essayait de se rattraper. « Ce que je voulais dire, c’est que… je suis heureux pour autre chose, bien sûr… Je me suis mal exprimé… Je l’imagine grand, efflanqué, les cheveux raides et gras séparés par une raie médiane, et des chaussures toujours cirées à glace. Des chaussures vernies. Et, quand il regarde quelqu’un, il incline la tête à droite, comme un poulet et prend une expression des plus sérieuses, ce qui le rend très ridicule, puisqu’il n’est réellement rien d’autre qu’un âne…

– Vous l’avez très bien décrit – sauf qu’il n’a pas de chaussures vernies, mais des chaussures marron. Et vous avez oublié sa canne à pommeau doré… “Dorothea” (il m’appelle toujours ainsi, parce qu’il croit que c’est plus digne et traditionnel), “Dorothea”, me dit-il dans le style pompeux et ridicule d’un vieillard, “vous êtes le rejeton d’une vieille race. Vous aviez des Croisés pour ancêtres, ne l’oubliez pas ! Vous devez faire attention aux Juifs. La ville de Vienne s’est totalement enjuivée. Le sang ne veut plus rien dire… Ils empoisonnent l’air. Sans eux, nous n’aurions jamais perdu la guerre…” Et pendant ce temps-là il ne cesse de courir après une petite Juive qui lui a complètement tourné la tête.

– Et lui obéissez-vous, baronne ? s’enquit Gurdweil.

– À quel propos ?

– La pureté de la race ? »

La baronne éclata d’un rire haut et insolent.

« Écoutez, dit-elle à brûle-pourpoint, sautant du coq à l’âne, pourquoi ne m’appelez-vous pas simplement Thea ?… C’est mieux… Les titres m’ennuient… »

Gurdweil la regarda avec gratitude. Sans trop savoir pourquoi, il lui proposa de boire un cognac. Une sorte d’insouciance le gagna ; ses longues mains pâles, aux doigts fins, à la recherche d’un objet pour y imprimer leur surcroît d’énergie, rencontrèrent sous la table celles de la baronne qui n’opposa aucune résistance. Et, quand le garçon leur servit leurs cognacs, Gurdweil vida son verre d’un trait. La baronne annonça que le lendemain, un samedi, elle n’irait pas au bureau car le « Général » (ainsi surnommait-elle l’avocat pour qui elle travaillait) était parti pour le week-end ; ce qui lui permettait de se coucher plus tard ce soir-là.

« C’est merveilleux ! » s’écria Gurdweil.

Ils bavardèrent à bâtons rompus de choses et d’autres et leur conversation, apparemment banale et entrecoupée de longs silences, recélait néanmoins une immense signification – tandis que le temps s’enfuyait aussi vite qu’une plaine entrevue d’un train rapide.

11 heures. Ils éprouvèrent en même temps le besoin de quitter le café. Gurdweil appela le serveur et régla.

Dehors la baronne lui prit le bras et ils descendirent en silence l’Alserbachstrasse pour tourner dans la Sechsschimmelgasse. Subitement, elle lança, mi-sérieuse, mi-narquoise :

« Serais-tu prêt à m’épouser, Rudolfus ?… Tu me plais, je te l’avoue… »

Gurdweil demeura stupéfait. Cette possibilité ne l’avait même pas effleuré. Quelle fille incontestablement intéressante ! La manière dont elle l’avait dit, si franchement ! Non, il n’avait jamais rien entendu de pareil… Il se hâta de répondre : « Évidemment ! Évidemment ! Tout de suite ! Aucune objection ! » Puis peu après : « Mais votre famille, que dira-t-elle ? Je crains qu’elle ne consente pas…

– Ma famille ? s’exclama-t-elle, méprisante. Qui ? Mon cousin Rudolf ? Et moi, pour quoi je compte ? J’ai l’habitude de faire ce qui me plaît ! D’ailleurs, mon père est un homme très sympathique. Tu verras quand tu le rencontreras. Je suis sûre que tu lui plairas. »

Ils discutèrent de l’affaire en détail, le long des rues endormies. La baronne voulait un vrai mariage, en d’autres termes un mariage religieux « selon la tradition juive ». Elle devrait donc se convertir au judaïsme, ce qui ne présentait aucun problème en ce qui la concernait. Elle ne voulait pas faire traîner les choses plus qu’il ne fallait et ils décidèrent de « faire les démarches nécessaires » et de se marier dès qu’elle se serait convertie. À dire vrai, la perspective des changements sur le point d’intervenir dans son mode de vie fit germer un léger malaise dans le cœur de Gurdweil, mais il le repoussa tout aussitôt, comme dénué de fondement. À présent, pensait-il, au faîte du bonheur, à présent le rêve qu’il avait si longtemps caressé allait s’accomplir ! Dans un an, ou même deux !… Et grâce à qui ? Grâce à elle !… Un fils d’elle ! Deux lignées antiques !… (Car Rudolf Gurdweil descendait aussi d’une ancienne famille juive. Son arbre généalogique remontait à un grand et célèbre rabbin de Prague.)

Il était si heureux qu’il s’arrêta au milieu de la rue pour embrasser la baronne.

« Un fils, murmura-t-il avec ardeur, vous me donnerez un fils, n’est-ce pas ? »

La baronne lui jeta un regard étrange et sourit sans répondre. Il lui paraissait ridicule que ce petit homme puisse vouloir un fils…

Ils se trouvaient dans une ruelle mal éclairée. Il devait être minuit et demi. Dans l’épais silence, leurs pas résonnaient clairement. Non loin, clignotaient les ampoules orange de l’enseigne lumineuse d’un hôtel. De la porte ouverte, s’échappait un flot de lumière qui glissait sur les pavés de la rue pour remonter à mi-hauteur sur le mur d’en face. Gurdweil s’aperçut que sa compagne ralentissait le pas, sans raison apparente. Elle s’arrêta devant la porte de l’établissement et, se penchant vers Gurdweil, lui murmura à l’oreille, comme à un enfant :

« Pourquoi ne pas célébrer notre mariage maintenant, mon petit fiancé… ? »

C’est alors seulement qu’il remarqua l’hôtel brillamment éclairé. Il eut l’impression que le sol se dérobait tout d’un coup sous ses pieds. Un obscur désir de révolte s’éveilla en lui mais s’évanouit aussitôt. Et, avant qu’il comprît ce qui arrivait, ils étaient déjà à la réception de l’hôtel. Gurdweil inscrivit machinalement son nom sur le registre : Rudolf Gurdweil, né à telle date, dans telle ville, et son épouse, etc.

Un garçon d’hôtel, dont l’expression de totale indifférence n’avait d’égale que l’air fatigué et somnolent, les conduisit par un escalier recouvert d’un vieux tapis dans une chambre chichement meublée, au deuxième étage.

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, dit-il, vous sonnez ici ! » Il leur montra un bouton d’ivoire près de la porte et empocha le pourboire que lui tendit Gurdweil.

La baronne fit le tour de la chambre comme si elle était chez elle, vérifia que la carafe d’eau était pleine et inspecta les draps sous les couvertures du lit. Gurdweil fut soudain assailli par une ambiance hostile, empestant les aventures sordides et les accidents imprévus, l’ambiance inhérente à ce genre de chambre, et il retrouva brièvement sa lucidité. Toute cette affaire, il fallait bien l’avouer, était plutôt bizarre. Avant d’avoir pu se retourner, il se trouvait dans une situation nouvelle et ambiguë, incapable de contrôler ses actions et de les diriger à son gré. Que faisait-il donc là, dans cette chambre étrange et sinistre ? L’espace d’un instant, il regretta d’être entré et songea à fuir. Une sorte de honte l’accablait. Ce n’était pas ainsi qu’on commençait une nouvelle étape de sa vie ! Il demeura au milieu de la chambre, vêtu de son manteau, son chapeau à la main, comme sur le point de sortir. Puis il se tourna vers sa compagne qui avait retiré son chapeau et libéré ses longs cheveux de lin. Il se sentit très embarrassé. Il chercha un endroit où poser son couvre-chef et, en désespoir de cause, le remit sur la tête. Il se dirigea vers la fenêtre, tira le rideau et regarda un moment au-dehors sans rien voir. Alors il revint vers Thea qui, assise sur le lit, délaçait ses chaussures, le menton frémissant et la poitrine haletante. Gurdweil s’assit à côté d’elle. Elle abandonna aussitôt ses chaussures et lui fit face. Il y avait quelque chose de cruel et de sanguinaire dans l’expression de son visage. Elle le fixait de ses yeux flamboyants tels des éclairs, comme pour le soumettre complètement. D’un mouvement vif, elle se rejeta en arrière, puis telle une bête de proie, elle le mordit à la nuque. Gurdweil étouffa un gémissement. Il crut s’évanouir de douleur et de désir. Il sentit ses forces l’abandonner. Des étincelles rouge vif dansèrent devant ses yeux, son front s’inonda de sueur. Mais il souhaita en même temps que cette sensation s’éternise, que sa douleur soit mille fois plus forte et qu’elle l’anéantisse entièrement. Aucune femme ne l’avait jusqu’à présent plongé dans un tel état. Thea se releva brusquement.

« Déshabille-toi, Rudi ! » lui enjoignit-elle d’une voix rauque, tandis qu’elle arrachait ses propres vêtements et les jetait sur la chaise. Puis elle s’empara de Gurdweil, le souleva du sol comme une marionnette et l’étendit sur le lit.

À 5 heures et demie du matin, après avoir raccompagné Thea chez elle, Gurdweil se traînait dans les rues mortes. Chancelant, il avançait à petits pas, la tête lourde et pourtant vide. La brise fraîche du petit matin lui fouettait le visage, puis, changeant de direction, le frappait de côté et de dos, s’acharnant à vouloir lui dérober son chapeau qu’il ôta machinalement pour rester tête nue, les cheveux en bataille. Une procession de grosses carrioles remplies de montagnes de légumes se dirigeait lentement vers le marché de la ville ; les grincements de leurs roues raclant lourdement les pavés mirent un terme au règne du silence. Assis sur leur perchoir, les chauffeurs, emmitouflés de sacs pour se protéger d’une possible averse et du froid matinal, somnolaient, recroquevillés sur eux-mêmes comme des paquets inertes. Ils donnaient l’impression de rouler ainsi depuis toujours. Les allumeurs de réverbères aux uniformes crasseux zigzaguaient d’un trottoir à l’autre pour éteindre les becs de gaz avec de longues gaules de bambou qu’ils portaient sur les épaules à la manière de lances redoutables. De temps en temps, une voiture de livraison émergeait d’une rue latérale avec ses bidons de lait empilés les uns sur les autres, ou ses petits pains tout frais sortis de chez Hammer ou de chez Anker. Ici et là, on attendait le premier tram : des prostituées au visage fané et fatigué, dont l’absence de maquillage accentuait les rides, tristes à voir dans leurs vêtements trop voyants et fripés et leurs chapeaux posés de guingois ; des femmes du petit peuple, l’une serrant une liasse de journaux du matin dans un fichu vert foncé, une autre portant un immense cabas de légumes ; quelques ouvriers. Le jour naissant déversait sa pâle et laiteuse clarté dans la rue et tout prenait aux yeux de Gurdweil l’allure irréelle d’un rêve. La nuit l’avait laissé sur un étrange sentiment de détresse infinie mêlée de légèreté joyeuse. Il était arrivé sur le quai et soudain s’arrêta net, riant en lui-même, la moitié du visage tendu par une sorte de rictus. Qui l’aurait rencontré à cette minute l’aurait pris certainement pour un ivrogne. Il se reprit, traversa le Pont-Ferdinand et attendit le tram. La vue de deux prostituées lui rappela la chambre d’hôtel où il avait passé la nuit. Ce souvenir réveilla en lui un sentiment si pénible qu’il dut détourner les yeux, bien que au même moment il fut dévoré par l’envie de voir Thea. Un instant, il s’imagina qu’il ne la reverrait jamais, qu’ils s’étaient séparés pour toujours et il se sentit désespérément seul, fatalement malade et absolument inutile. Il en aurait pleuré. Gurdweil comprit alors, en toute conscience, qu’il était devenu l’esclave de cette blonde et forte jeune femme et que sans elle il n’était plus qu’un objet brisé, bon à rien. Il quitta l’arrêt du tram et descendit, les jambes flageolantes, la Praterstrasse. Quand il réintégra sa chambre, le matin s’était levé. Et, venant de la pièce voisine, il entendit le cri : « Al-bert » – le petit-fils de sa vieille propriétaire se disputant avec sa tante Siedl, comme chaque fois que le garçon passait la nuit à la maison.

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