La Vie conjugale

David Vogel · Chapitre 22 sur 36

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La Vie conjugale

Chapitre 22

22

 

Chaque matin, des banlieues au cœur de la ville, les trams rouge et bleu charriaient des flots d’êtres humains vers leur lieu de travail, des jeunes gens et jeunes filles, pour la plupart, arrachés au plus exquis des sommeils par la nécessité d’aller gagner leur vie. Entassés dans les wagons bondés, au coude à coude, ils finissaient d’avaler leurs tartines beurrées enveloppées de fin papier grisâtre. L’intervalle entre le sommeil et le travail était si court qu’il suffisait à peine à couvrir le temps du transport et qu’assez souvent, au grand dam des employeurs, le territoire de l’un empiétait sur celui de l’autre. Mais, même si les passagers des trams bruyants ne le voyaient pas, un jour neuf, avant-coureur du printemps, se levait sur Vienne, Vienne l’insouciante, Vienne la dévergondée. Les rues paraissaient plus claires, plus spacieuses et plus raffinées, comme la carte postale d’une autre cité, lointaine et inconnue. Ces belles rues étaient à votre portée, vous les fouliez aux pieds, et pourtant, pris d’une folle nostalgie, on éprouvait le désir étrange de monter dans un train et de rouler quelques heures afin de les atteindre… D’autres, plus sages, s’étaient levés tôt pour accueillir ce jour merveilleux, comme s’ils avaient pressenti sa venue. Après un petit déjeuner hâtif, ils s’étaient dépêchés de sortir dans la rue, où on les voyait maintenant promener leur chien, ce chien de chasse, par exemple, long et gracile, levant la patte sur le premier lampadaire trouvé, le museau en alerte, respirant l’air frais du matin.

Oui, c’était un jour à réjouir le cœur, à éveiller de nouveaux espoirs. Et, puisqu’il s’était lui aussi levé de bon matin, Gurdweil décida de se rendre à son bureau à pied. À la lumière de cette matinée printanière, son manteau, effiloché aux manches et aux poches, paraissait encore plus râpé qu’il ne l’était en réalité. Mais Gurdweil s’en moquait. À mesure qu’il remontait la Praterstrasse, son pas prenait une sorte d’élasticité rebelle. Par un jour pareil, il devenait de plus en plus difficile d’envisager d’aller passer huit heures en compagnie du Dr Kreindel. Même les affiches placardées sur la façade du Karlstheater annonçant en énormes lettres rouges les représentations de La Veuve joyeuse, et auxquelles Gurdweil n’avait jamais accordé un seul regard, attiraient maintenant son attention, comme si elles promettaient une autre vie, libre et totalement différente de celle qu’il connaissait dans l’arrière-boutique de la librairie.

Il faisait encore un peu frais ; la fine pellicule de verglas sur les trottoirs n’avait pas eu le temps de fondre. Mais la température se réchaufferait d’ici deux ou trois heures et aujourd’hui, sans doute, les fermiers procéderaient aux premières semailles dans les champs récemment labourés.

Une odeur forte de café grillé s’échappait d’une maison et c’est en la respirant que Gurdweil sentit quelque chose de noir et d’informe lui traverser l’esprit, entraînant à sa suite un autre noir souvenir, celui de la nuit précédente et de sa conversation avec Thea, commencée à la lumière de la lampe à pétrole et poursuivie, d’un lit à l’autre, après son extinction. L’argent, l’argent, l’argent ! grommela Gurdweil. Mais où le prendre ? C’est vrai, elle avait besoin de se nourrir davantage pour l’enfant, mais que pouvait-il lui donner de plus ? Il vivait déjà de pain sec, et même ce minimum, souvent il ne l’avait pas ! Et puis ce qu’elle avait dit… – Non ! Ce n’était tout bonnement pas vrai ! Ce n’était qu’un lapsus dû à la colère, pour le provoquer… Si ça l’avait été, le lui aurait-elle dit, même sous le coup de la colère ? Inconcevable ! Et d’ailleurs elle n’avait pas dit non plus qui était le père. « L’enfant n’est même pas de toi ! » Comme ça, à l’improviste… Non ! Elle était furieuse et elle avait lancé n’importe quoi… Elle cherchait constamment à le tourmenter… Comme le jour où elle avait menacé de s’« en débarrasser » pour n’en rien faire, finalement ! Et maintenant elle avait inventé un nouveau mensonge, histoire de le blesser. Pourtant, si c’était vrai ? Inconsciemment il s’arrêta de marcher. Et puis après ? Un enfant est un enfant… Puisqu’il était à elle, il serait à lui aussi… Ce serait son enfant et au diable le reste ! À bien y réfléchir, pas un seul père au monde ne pouvait jurer que son enfant était réellement le sien ! Qui pouvait en être sûr ? Et pourquoi serait-il lui, Rudolf Gurdweil, une exception à la règle ? Non, il devait cesser de se livrer à des spéculations oiseuses ! L’enfant était le sien, un point c’est tout !

Mais la bonne humeur de Gurdweil était désormais gâchée. Ce matin de printemps lui semblait à présent sans rapport avec lui, destiné aux autres. La pensée des jours à passer avec le Dr Kreindel ou un autre type de ce genre l’accablait. Il se sentait soudain vieux et fatigué. Il s’engonça un peu plus dans son manteau, comme un homme qui ferme ses portes et tire les rideaux en plein jour, courba la tête et se résigna à son sort.

Arrivé à la librairie, il lança un bref salut à ses collègues et se retira aussitôt dans la pièce du fond. Le Dr Kreindel n’était pas encore là. Gurdweil ôta son pardessus et s’assit à son bureau. Il sortit quelques vieux mégots de sa poche, du papier et entreprit de se rouler une cigarette. Demanderait-il une avance de quelques shillings sur son salaire ? Oui. Une somme modeste : dix shillings ! Rassuré par cette idée, il débarrassa sa machine de sa housse en toile cirée noire et, la cigarette collée au coin de la bouche, il commença à taper une lettre.

Peu après, le Dr Kreindel fit son apparition et le salua d’un cordial bonjour.

« Quelle magnifique journée, hein ? dit-il en accrochant son manteau. Une journée de poète ! Par un temps pareil, on préférerait se promener dans les rues ou à la campagne, mon cher Herr Gurdweil ? Ne dites pas non ! Je ne vous comprends que trop bien ! Est-ce que je n’appartiens pas, moi aussi, à la famille choisie des poètes et des artistes ? Ha ha, vous savez bien que oui… »

Gurdweil continuait à taper comme s’il n’avait rien entendu.

« Comment ? Avez-vous dit quelque chose ? s’enquit-il.

– Si j’ai dit… ? Naturellement, j’ai dit quelque chose ! Et une chose qui vaut son pesant d’or ! Mais les grands hommes n’écoutent jamais que leur voix… Selon les mots de Gottfried Keller, il n’y a qu’une personne par génération pour prononcer le mot de génie, etc. »

Il s’installa dans son fauteuil devant sa table de travail et se mit à lire le courrier du matin. Il défigure tout, pensa Gurdweil en continuant à écrire. Sur le mur en face, dans la cour, s’inscrivit un triangle de soleil lumineux qui resta là un moment sans changer de forme. Pendant une heure et demie, seul le cliquetis rapide de la machine à écrire et le bruissement du papier remplirent la pièce. Puis Gurdweil prit sa pile de lettres et les donna à signer à son patron qui lui communiqua le courrier arrivé le matin, en indiquant ce qu’il fallait répondre ; il lui demanda aussi de vérifier les comptes à partir du début de mars, parce qu’il lui semblait qu’une erreur s’y était glissée. Gurdweil reprit lettres et registre et retourna à sa place.

« Aimeriez-vous un bon cigare ? » proposa soudain le Dr Kreindel.

« Mauvais signe ! » songea Gurdweil qui n’en accepta pas moins l’offre et profita de l’occasion pour solliciter une avance de dix shillings.

« Bien entendu, mon cher monsieur ! Avec plaisir ! Rappelez-moi simplement de vous les donner plus tard. »

Alors que Gurdweil regagnait sa table, le Dr Kreindel lui proposa d’allumer son cigare.

« Oui, ajouta-t-il, je voulais vous demander si votre travail avançait. Il y a longtemps que nous n’en avons pas parlé… Votre vrai travail, j’entends, le travail qui vous rendra immortel, et non celui que vous faites ici, sans intérêt pour des intellectuels tels que nous… » Et dans un grand sourire il découvrit ses dents en or. « Voyez-vous, monsieur, les grands esprits se rencontrent… Si je dis : “travail”, vous pouvez être sûr que je pense à votre travail personnel, à votre œuvre littéraire, qui s’accomplit “dans l’obscurité mais diffuse sa lumière d’un bout du monde à l’autre”… pour citer le grand Goethe.

– Si elle s’accomplit “dans l’obscurité”, il est difficile d’en parler en public ! ironisa Gurdweil.

– En public ! Bien sûr que non ! Je conviens avec vous qu’on ne peut en discuter devant le premier venu ! Personne ne le sait mieux que moi… En public : certes non ! Mais à moi, qui suis votre ami et votre frère de plume, vous ne devez rien cacher… Et un bon conseil n’est pas à dédaigner non plus ! Et qui peut mieux vous conseiller et vous comprendre que moi ?… Un expert, c’est tout autre chose ! “Si seulement nous laissions faire les experts”… Qui a dit cela ? Ça m’échappe. En tout cas, celui qui l’a dit savait de quoi il parlait… »

Revenu à sa table de travail, Gurdweil s’assit face au Dr Kreindel. L’odeur capiteuse du cigare le rendait plus tolérant et l’immunisait, si l’on peut dire, contre les sarcasmes de son patron. Il retirait même de ce caquetage un certain plaisir, comme s’il ne s’adressait pas à lui.

« Expert en littérature, poursuivit le Dr Kreindel, vous devriez maintenant savoir que je le suis, mon ami… Et surtout en ce qui concerne votre propre écriture, précisément parce qu’elle est si profonde… Les choses superficielles ne m’intéressent pas. “Un bon nageur a besoin d’une rivière profonde.”, dit le proverbe.

– Et si je n’avais pas besoin de conseils ? dit en souriant Gurdweil.

– Vous voulez dire que votre travail progresse bien. Alors, c’est une autre paire de manches ! Bien que, voyez-vous, un bon conseil donné par un expert puisse toujours servir !

– Et si nous changions de sujet ? Celui-ci commence à devenir assommant !

– Changer de sujet ? Ho ho, mon cher ! Si vous saviez ! Changer de sujet risquerait d’être encore plus ennuyeux… ennuyeux et désagréable… “Le pire vient après le meilleur”, dit Kleist. Malheureusement, il en est toujours ainsi… “changer de sujet” ! Si j’étais sûr d’en trouver un plus agréable, je changerais sur-le-champ, croyez-moi. Comme vous le savez vous-même, mon ami, les seuls sujets dont j’aime parler sont les sujets nobles qui exaltent l’âme ; quant aux sujets terre à terre, je m’en débarrasse le plus vite possible. Parce qu’ils sont invariablement déplaisants et qu’un esprit raffiné répugne à s’y attarder. Par exemple, si j’étais dans la nécessité de vous signifier votre renvoi et de vous donner, disons, un mois de préavis à compter d’aujourd’hui, trouveriez-vous ce “changement de sujet” plus passionnant ? »

« Bon, nous y sommes ! pensa Gurdweil. Voilà la manière que ce filou a trouvé de me congédier ! » Un torrent de sentiments contradictoires le submergea aussitôt et lui fit monter le sang à la tête. Pourtant, c’est la satisfaction qui l’emporta. Il se rendit soudain compte que son cigare était éteint. D’une chiquenaude, il fit tomber la cendre et le ralluma. Encore un mois, et puis… Mais que dirait Thea ? Une boule épaisse et dure se noua dans sa gorge. Il essaya de s’en défaire, mais il ne réussit qu’à avaler une bouffée de l’âpre fumée du cigare, ce qui lui souleva le cœur. Machinalement, il sortit son mouchoir et cracha bruyamment dedans plusieurs fois.

« Naturellement, poursuivit le Dr Kreindel d’un ton solennel, avec des gens de notre valeur, on ne peut jamais être sûr. Il y a toujours des surprises. Quelque chose qui paraît désagréable d’un point de vue matériel peut susciter paradoxalement chez nous, pour une raison mystérieuse, une réaction contraire. Exactement contraire… À quelque chose malheur est bon, dit le proverbe persan. N’ai-je pas raison, mon cher Herr Gurdweil ? En l’occurrence, l’un de nous pourrait bien se dire : à partir de tel ou tel jour je n’aurai plus de travail. Quoi ? Mais c’est exactement ce que j’espérais ! Dorénavant, je serai entièrement disponible pour mon vrai travail, ma vocation unique, la seule chose qui compte… n’est-ce pas ? Quant aux activités matérielles, manger, boire et le reste, ont-elle une importance pour moi ? Vous voyez, mon ami, je connais le sujet par cœur, de toutes mes fibres, si je puis dire, puisque c’est ma nature aussi. Je pense vous l’avoir déjà dit : nous sommes quasiment des jumeaux… des jumeaux au sens spirituel et intellectuel, le seul sens qui compte pour des gens tels que nous !…

– En résumé, dit Gurdweil, faisant un effort surhumain pour s’exprimer de manière normale, je dois comprendre que vous me donnez mon congé ?

– Peut-il y avoir un doute à ce sujet, mon cher ? À mon regret, à mon grand regret ! Les affaires vont mal, je n’ai pas le choix. Mais qui va en souffrir le plus ? Certainement pas vous. Comme je vous l’ai dit, vous en serez probablement ravi. À partir de maintenant, vous pouvez vous consacrer à vos travaux littéraires et oublier le reste du monde. Mais pour moi ? Qui compensera la perte de votre précieuse compagnie ? Vous oublierez en moins de deux le Dr Kreindel, je vous le promets, du premier cheveu de sa tête au dernier furoncle de son derrière, hi hi, pour citer le dicton. Disparu, évanoui en ce qui vous concerne ! Mais moi, il me faudra longtemps, très longtemps avant d’oublier les conversations intellectuelles inspirées que nous avons ensemble… Buvant à la source de cette abondance divine… Qui dit cela ? Schiller, il me semble… Je l’ai sur le bout de la langue. Vous voyez, la vivacité de mes émotions me brouille la mémoire… Oui. Pour en revenir à notre sujet, je dois vous complimenter en face, cher Herr Gurdweil : il n’existe pas d’autre homme au monde à qui j’ai pu parler aussi franchement, intimement. Pouvez-vous le nier ? Les gens intelligents ne poussent pas sur les arbres. Un ou deux par génération, pas plus ! Intelligents, j’entends, comme vous et moi… Imaginez mon chagrin à l’idée de vous perdre…

– Et combien de temps pouvez-vous… continuer à discourir ainsi, mon noble et cher ami ?

– Moi ? Aussi longtemps que vous continuez à vous taire, hi hi ! Des amis doivent exprimer leurs sentiments avant de se séparer, et si l’un d’eux est trop pudique pour le faire, l’autre est obligé de parler pour deux… Quand vous cesserez de travailler ici, vous ne voudrez plus perdre votre précieux temps à venir bavarder avec le malheureux Dr Kreindel, n’est-ce pas ? Avouez-le ! Et quand aurai-je la chance de jouir à nouveau de votre charmante compagnie ? Ce n’est qu’au moment où l’heure de la séparation approche que je puis commencer à estimer la profondeur de mon attachement pour vous… Quant au vôtre pour moi, il ne me paraît pas de la même nature, n’est-ce pas ? Ne dites pas le contraire, de pareilles choses se sentent d’instinct ! Enfin ! C’est exactement comme une malheureuse histoire d’amour, où l’on meurt d’amour tandis que l’autre sourit avec mépris, n’éprouvant que pitié et impatience… Dans notre cas, je crains que ce ne soit moi, l’amant malheureux… »

Soudain Gurdweil se leva, la fureur peinte sur son visage devenu très pâle, et s’approcha lentement du Dr Kreindel. Le Dr Kreindel s’interrompit immédiatement pour observer les gestes de Gurdweil comme s’il surveillait un animal sauvage, prêt à fondre à tout moment sur lui. Gurdweil atteignit le bureau et se planta en face de son patron. Pendant un moment il le dévisagea en silence, puis murmura d’une voix un peu rauque en pesant chacune de ses paroles :

« Doktor Kreindel, voulez-vous que je termine le courrier de ce matin ? Oui ou non ? Si oui, fermez-la ! Fermez-la ! »

Il eut brusquement devant lui la tête d’un insecte incroyablement répugnant, et sa colère se transforma instantanément en une violente nausée. Ses jambes lui manquèrent, comme liquéfiées. Sans attendre une réponse, il tourna les talons et revint à son bureau.

« Est-ce tout, mon cher ? ricana le Dr Kreindel. Il ne fallait pas vous donner cette peine, hi hi… Je ne suis pas sourd ! J’entends fort bien de loin, surtout ce qui sort de votre bouche et qui vaut son pesant d’or… Vous auriez vraiment pu vous épargner cette peine ! Quant aux lettres, rien ne presse. Si elles ne sont prêtes que cet après-midi, ce ne sera pas une catastrophe ! La belle affaire ! Alors que nous avons des choses importantes à discuter ! Sommes-nous de si grossiers matérialistes ? Notre amitié, une amitié aussi unique, n’a que faire de ces petitesses, vous le savez autant que moi. Nous deux et les lettres ! C’est bon pour la galerie, pour les petits esprits… Mais la vraie relation qu’il y a entre nous relève du domaine de l’âme… deux âmes-sœurs… »

Gurdweil écrasa avec dégoût le reste de son cigare sur le sol et inséra une nouvelle feuille de papier dans sa machine dont le cliquetis furieux réduisit au silence le Dr Kreindel qui se contenta de sourire d’un air satisfait. Il était presque midi et le mur d’en face était entièrement inondé par le soleil, dont la lumière dorée illuminait déjà la moitié de la cour. « Si seulement, c’était tout de suite ! » Cette pensée s’infiltra dans l’esprit de Gurdweil, s’insinua entre les lignes de sa lettre, courut sur le papier de la machine à écrire. « Advienne que pourra, mais tout de suite, maintenant ! Au milieu d’un jour comme celui-ci. Encore un mois à tirer, je ne peux pas le supporter ! » Il entendit le Dr Kreindel partir dans la librairie et il eut le sentiment d’une bouffée d’air frais balayant le bureau. S’il devait attendre encore un mois entier, il perdrait le bénéfice de la surprise, le goût fort de sa première joie. Peu à peu il s’habituerait à la certitude et, à la fin, il risquait même de verser dans l’autre extrême et de regretter la perte de son travail. Il termina la lettre et regarda sa montre. Il était temps d’aller déjeuner. Et les dix shillings ? Non, il valait mieux les oublier. Impossible d’aller en reparler au Dr Kreindel.

Gurdweil s’apprêtait à sortir quand le Dr Kreindel revint dans le bureau.

« Ah ! vous m’aviez demandé dix shillings, n’est-ce pas ? dit-il. Les voici ! » Et il lui tendit un billet. « Bon appétit, mon cher ami ! »

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