Le Chasseur Implacable: Une sombre romance mafieuse (Guerre des Mafias t. 10) (French Edition)
Chapitre 12
12
Finn
B renna se dirige dans la cuisine et j'attends que Brian prenne la parole. Mes entrailles sont en guerre. Une partie de moi veut attraper Brenna et s'enfuir. L'autre partie me crie de ne pas être lâche et de me battre pour que Brenna reste en contact avec sa famille.
Brian est plus petit que moi de quelques centimètres. Il a les yeux de Brenna, et cela me tue presque de les regarder. Tout ce que j’y vois, clairement, c'est l'amour qu'il porte à sa fille, la peur que je lui fasse du mal et la lutte intérieure qu’il mène en lui pour la garder.
— Votre style de vie n'est pas ce que je veux pour ma fille. Elle ne mérite pas d'être mêlée à ce dont vous faites partie, affirme-t-il.
Je garde ma respiration régulière, choisissant mes mots avant de parler.
— Je ne prétendrai pas être ce que je ne suis pas. Mais vous avez ma parole. Brenna n'est jamais en contact avec les choses qui vous inquiètent. Elle ne sera jamais en contact avec quoi que ce soit qui ne soit pas sûr.
— Et qu'est-ce que ce serait exactement ? Il croise les bras, enfonçant ses mains dans ses biceps comme s'il essayait de ne pas se jeter sur moi.
— Je ne m’impliquerai pas dans les affaires de ma famille.
— Ma fille est donc une spectatrice ignorante, qui ne sait pas qui vous êtes vraiment ?
— Non. Je peux vous assurer que je n'ai rien caché à Brenna. Je l'aime. Et ce ne sont pas des mots que je prononce à la légère. Je donnerai ma vie pour elle avant de permettre qu'il lui arrive quoi que ce soit, lui juré-je.
— Le simple fait de vous fréquenter lui fait courir le risque d'être blessée.
Sa déclaration me transperce le cœur, comme un couteau. Je ne peux pas le nier. Dans mon monde, tout peut arriver. J'essaie de ne pas flancher et répète :
— Je l'aime. Je la protégerai à tout prix.
Il expire bruyamment, par le nez, et de la vapeur pourrait tout aussi bien en sortir. J'aimerais pouvoir le détester, mais toutes ses inquiétudes sont bel et bien fondées.
— Alors, quelles sont vos intentions ?
Mes tripes se retournent un million de fois en une seconde. J'essaie de redresser mes épaules, même si je me tiens déjà bien droit.
— J’ai pris un crédit pour lui acheter une bague. J'espérais avoir votre bénédiction.
Ses yeux se transforment en fentes.
— Et puis vous vous mariez et vous aurez des enfants ?
— Autant qu'elle m'en donnera, réponds-je.
— Que se passera-t-il alors, quand vous finirez en prison ?
Mon pouls s'accélère tellement que je sens le sang circuler dans mes veines.
— Je ne finirai pas en prison.
— Vous ne pouvez pas le garantir.
— Je ne commets pas d'erreurs.
— Fiston, tout le monde commet des erreurs.
Ses mots résonnent, se répercutent jusqu'à ce que j'aie envie de me boucher les oreilles et de crier. J’avance mon menton.
— Je suis entraîné. Je n’en commettrai pas.
Il ferme brièvement les yeux, puis une autre expression de dégoût apparaît. Sa voix est pleine de rage.
— Entraîné à quoi ?!
— Vous êtes un homme intelligent. Question suivante.
Les narines dilatées, il bascule d’un pied sur l’autre, fixant le plafond.
— Monsieur, je ne suis pas un homme vertueux. Je ne vais pas rester ici et insulter votre intelligence ou vous mentir. Mais j'aime votre fille. Je suis un homme bon avec votre fille. Elle me rend meilleur. Et je vous promets que personne, et je dis bien – personne, ne lui fera de mal. S'ils le font, ils n'auront pas le luxe de respirer à nouveau.
Il ferme les yeux, serre la mâchoire, secoue la tête par petits mouvements.
Mes tripes continuent de plonger. J'aimerais pouvoir m'accrocher à quelque chose pour me stabiliser. À tout moment, je crains de perdre l'équilibre à cause des montagnes russes qui tournent à plein régime dans mon ventre.
Il croise enfin mon regard. Son expression dure ne faiblit pas, mais sa voix se fissure.
— Je ne veux pas perdre ma fille.
— Alors ne la perdez pas ! Personne ne veut ça.
L'horloge de l'entrée est bruyante, son tic-tac hurle dans mon oreille. La lumière du soleil devient plus chaude encore en traversant la fenêtre, comme si un nuage s'était soudainement déplacé. Des gouttes de sueur perlent sur mon front. Une tombe sur ma joue, mais je n'ose pas bouger.
— Je ne vous donnerai pas ma bénédiction. Ce n'est pas la vie que ma fille mérite.
J'avale la boule dans ma gorge, essayant de trouver de l'air pour respirer. Même si je n'aime pas ça, je ne peux pas lui reprocher de me détester.
Au moment où je pense avoir perdu la partie et que le pire scénario possible s'est finalement produit, il ajoute :
— Mais si Brenna insiste et continue à t'aimer, alors je ferai avec. Pour son bien.
Je respire en tremblant. Certes, ce n'est pas exactement ce que je voulais, mais c'est un juste milieu.
— Ça me semble correct.
Il s'approche si près que nous nous retrouvons face à face. Ses yeux deviennent de glace. Il grogne :
— Si tu lui fais du mal, je te traquerai et trouverai un moyen de te faire sentir dix fois ce que tu lui auras fait.
J'acquiesce.
— Je ne voudrais pas qu'il en soit autrement.
Brenna passe la porte en trombe.
— Finn, on s'en va !
— Qu'est-ce qui ne va pas ? demandé-je.
Une femme hurle, franchit la porte en trombe, puis se fige, me fixant du regard.
— Sarah, qu'est-ce qui se passe ? intervient Brian.
Brenna pointe Sarah du doigt, le visage rouge de rage.
— Elle donne encore de l'espoir à Brad. Tu sais qu'elle le rencontre chaque semaine pour prendre un café, et qu'elle lui donne des nouvelles de moi ?
La bête en moi se réveille.
— Qu'est-ce que tu racontes ? demandé-je à Brenna.
Les larmes lui montent aux yeux.
— Ma propre mère lui a dit de m'attendre parce que je reviendrais. Elle lui a affirmé que j'allais d'abord faire ressortir mon côté sauvage. Elle a répondu à toutes les questions qu'il a posées sur toi et moi !
— Quoi ?! fulmine Brian en s’adressant à Sarah. Je t'ai dit de ne plus t'approcher de lui. Je lui ai ordonné de rester loin de notre famille.
— Vous êtes tous en train de gâcher la meilleure chose qui soit arrivée à Brenna. Réveillez-vous ! s'exclame-t-elle.
— Jésus, maman ! s'écrie Brenna. Ce n'est jamais arrivé. Je suis amoureuse de Finn. Je n'aime même pas Brad ! Et maintenant je sais pourquoi je l'ai vu me suivre. Je pensais que j'étais paranoïaque, mais ce n'était pas le cas.
J'attrape le coude de Brenna en grognant :
— De quoi parles-tu ?
Elle ferme les yeux et murmure :
— Je suis désolée. Je pensais que j'imaginais des choses.
Je m'efforce de rester calme.
— Imaginer quoi ?
Elle braque ses yeux effrayés sur moi.
— Il est venu plusieurs fois à l'hôpital. Je le croisais toujours pendant ma pause, quand j'allais chercher un café. Il disait qu'il avait un ami en chimio et qu'il l'attendait. Kim a dit qu'elle l'avait vu devant l'appartement. Je l'ai croisé le soir où Kim et moi sommes sorties ensemble. Elle m’a assurée que ce n'était pas accidentel, mais j'ai pensé que c'était une coïncidence.
— Pourquoi pensais-tu cela ?! aboyé-je.
— Il semblait normal. Il ne me mettait pas la pression pour qu'on se remette ensemble. Mais maintenant je sais pourquoi. Le soir où Kim et moi sommes sorties, il avait apporté des boissons et m’avait dit sur le ton de la plaisanterie : « Laisse sortir ton côté sauvage ! ». Elle montre sa mère du doigt. Il n'a dit ça qu'à cause de toi ! Qu'est-ce que tu lui as raconté d'autre, maman ? Hein ?!
Sarah reste bouche bée et croise les bras.
— Sarah ! grogne Brian.
Sarah me montre du doigt.
— Vous, sortez de chez moi ! Vous n'avez pas le droit de détruire la vie de ma fille et vous n'avez rien à faire ici.
Brenna rit. C'est un rire blessé, sarcastique, et des larmes sont sur le point de couler de ses yeux. Mon cœur se brise lorsqu'elle prononce :
— Je te souhaite une belle vie, maman !
Le visage de Sarah s'assombrit. Elle me montre du doigt.
— Ta vie sera remplie de luttes et de démons avec lui. Bonne chance !
— Sarah, ça suffit ! aboie Brian.
Elle souffle :
— J'ai dit ce que j'avais à dire. Sarah se retourne et quitte la pièce.
— Finn, allons-y ! lance Brenna en me tirant par le bras.
— Attends !
— Finn ! Ses larmes coulent et elle s'essuie la joue. Maintenant !
Je me tourne vers son père. Ses poings se serrent en tremblant et ses yeux brillent. Il fixe Brenna. Je dis la première chose qui me vient à l'esprit.
— Au Pub des O'Malley. Venez voir Brenna quand vous voulez !
— Finn !
— Quand vous voulez, répété-je sévèrement avant de conduire Brenna hors de la maison, puis dans la Camaro. Après avoir démarré, je dépasse deux pâtés de maisons, puis j’arrête la voiture et la prends dans mes bras.
Elle s'effondre en sanglots.
— Comment ma propre mère a-t-elle pu me faire ça ?!
— Chuut ! répété-je encore et encore, en lui caressant les cheveux, en luttant difficilement contre la bête en moi qui est prête à traquer Brad et à le mettre en pièces.
Quand ses sanglots se transforment enfin en respirations tremblantes, j'essaie de rester calme et prononce :
— Tu aurais dû me dire que tu avais rencontré Brad.
— Je suis désolée. Il agissait de façon normale. Je ne voulais pas que tu lui fasses du mal alors qu'il ne m'embêtait pas. D'autres larmes coulent sur ses joues et je la serre à nouveau dans mes bras.
Pendant tout le temps où je la console, je me déteste. J'avais oublié Brad, écouté Darragh et supposé qu'il était passé à autre chose. Je continue :
— Quand l'as-tu vu pour la dernière fois ?
Elle me regarde dans les yeux.
— Hier à l'hôpital.
Je jette un coup d'œil par le pare-brise, en proie à toutes les émotions qui se bousculent en moi, me retenant de lui hurler dessus et lui en vouloir de ne pas me l'avoir dit. Je méprise la bête jalouse qui me serre les tripes alors que je sais que c'était innocent de sa part, mais je dois quand même m'occuper de lui. Je ne ressens que de la rage en pensant à elle près de lui. Je me retourne vers elle.
— Tu as bu ton café avec lui ?
La culpabilité brille dans ses yeux et je me sens mal.
— J'étais déjà assise. Ma collègue Karen était avec moi. Il a dit bonjour, et Karen l’a invité à s'asseoir.
— Mais tu ne m'as rien dit ? Ce n'est pas une question puisque je connais la réponse, mais je ne peux pas m'empêcher de la poser.
— Finn, je...
— Combien d'autres fois t'es-tu assise avec lui pour boire ton café ? demandé-je, ma voix devenant plus forte encore, mes poings me donnant envie de le frapper jusqu'à ce qu'il s'arrête de respirer.
— Juste une fois. Les autres fois, je suis partie.
Je m'abstiens avec difficulté de lui poser des questions qui ne feraient que la blesser, comme celle de savoir si elle lui aurait demandé de se joindre à elle. Ou si elle a aimé parler avec lui. Je me retiens de la réprimander d’avoir accepté un verre de lui au bar. Je me force à respirer : je veux que mon cœur reprenne son rythme normal. Je me tais car je me rappelle qu'elle m'a choisi moi. Au risque de perdre sa famille, elle m'a fait comprendre que j'étais celui qu'elle voulait.
Elle n'est pas à blâmer pour ça. C'est lui qui l'est.
— Finn. S'il te plaît, ne m'en veux pas ! supplie-t-elle à travers ses larmes.
Je touche ses joues.
— S'il s'approche encore de toi, tu dois me le dire.
Elle acquiesce.
— D'accord. Je le promets.
Je lui donne un petit baiser.
— Rentrons à la maison ! Une nouvelle bataille s'engage en moi. Je lutte encore pour ne pas pousser l'accélérateur à fond et foncer en trombe à travers la ville. Pendant tout le trajet, je me répète en boucle dans ma tête que sa sécurité passe avant tout.
Lorsque je m'arrête dans la ruelle, je l'aide à sortir de la voiture et la guide jusqu'au pub.
— Pourquoi entrons-nous ici ? demande-t-elle.
Je ne lui réponds pas, et au bout du couloir, nous tombons sur ma grand-mère.
— Bridget est là ?
La désapprobation envahit son visage.
— Elle est dans la salle de jeux, censée étudier. Elle va être recalée à l'université, et ce sera la faute de Sean !
— Merci. Je fais passer Brenna devant elle et me dirige vers la salle de jeux.
— Finn, qu'est-ce qu'on fait là ? demande encore Brenna.
Je ne lui réponds toujours pas. Dès que nous entrons dans la salle de jeux, j'entends le rire de Bridget. Il n'y a personne d'autre qu'eux. Sean l'a plaquée contre le billard. Elle est allongée sur le dos. Ses cheveux sont éparpillés sur le feutre vert. Sean la couvre de son corps. Il lui murmure quelque chose à l'oreille.
— Sean ! crié-je.
Il lève les yeux au ciel, sans bouger le reste de son corps, une expression arrogante sur le visage.
— Il faut que je te parle.
Il se retourne vers Bridget, se lèche les lèvres, puis l'attire en position assise sur le bord de la table.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Pas ici.
— Finn ? lance Brenna me tirant par le bras.
— Reste avec Bridget pendant quelque temps ! J'ai quelque chose à faire.
Ses yeux s'écarquillent.
— Finn !
Je la serre contre moi et me penche à son oreille.
— Ne t'inquiète pas, ma luciole ! Je ne vais pas le traquer ni le tuer aujourd'hui.
Pas encore, mijote mon esprit.
— Que vas-tu faire ?
— Tu n'as pas à t'inquiéter. Reste avec Bridget !
— J'étais en train de l'interroger pour son examen. Tu peux peut-être prendre la relève, dit Sean.
— L'interroger ? réplique Brenna.
Sean sourit.
— Ouaip.
J'embrasse Brenna sur la tête, lui tapote les fesses et lui dis :
— Je reviendrai plus tard. J'ignore son expression. Je sais déjà qu'elle est pleine d'inquiétude, mais cette situation-là est allée trop loin.
Je fais signe à Sean de me suivre. Ses frères ne se sont pas encore engagés envers Darragh ni le clan. Il ne l'était pas non plus jusqu'à ce qu'il rencontrât Bridget. Quelques semaines après l'avoir rencontrée, il est allé voir Darragh, affirmant qu'elle était la bonne, et il savait que son père Tully n'allait pas lui permettre d'épouser quelqu'un qui ne représentait pas une alliance potentielle. Notre famille en a une avec les O'Connor, mais si vous ne vous êtes pas engagé auprès des O'Malley et que vous êtes un homme, vous ne faites pas partie de cette alliance-là.
Sean et moi passons devant Nana et nous dirigeons directement vers la ruelle. Une fois dehors, je dis :
— J'ai besoin de renforts.
Il arque les sourcils.
— Pour quoi faire ?
— Cet enculé l'a suivie. Sa mère l'encourageait. Brenna pensait que c'était une coïncidence jusqu'à ce qu'on aille chez ses parents aujourd'hui.
Ses yeux s'écarquillent.
— Quel genre de mère fait ça ?
— Ce n'est pas la question pour l'instant.
— Qu’est-ce que tu as en tête alors ?
Je jette un coup d'œil à ma montre. Une chose que j'ai faite quand j'ai commencé à fréquenter Brenna, c'est apprendre son emploi du temps. Comme Darragh a dit que je devais attendre de voir si ça passait, je n'ai pas pu mettre de traqueurs sur lui pour suivre ses moindres faits et gestes. Maintenant, je regrette de ne pas l'avoir traqué moi-même.
— On est samedi. Il sera au country club en train de jouer au tennis.
Sean grogne.
— Il n'est même pas capable de jouer à un vrai sport d'homme.
— C'est une mauviette.
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
— Je ne peux pas y entrer seul. Mais si nous sommes deux, ils auront plus de mal à nous arrêter.
Sean gémit.
— Laisse-moi deviner ! Je dois être le type baraqué à côté de toi, avec un air sinistre et tout ça.
— C'est un bien grand mot pour toi. C'est Bridget qui te l'a appris ?
Il sourit.
— Tu poses la mauvaise question.
— Quelle est la bonne alors ?
Il fronce les sourcils.
— Qu'est-ce que Bridget m'a fait pour apprendre de nouveaux mots ?
Je secoue la tête.
— Remets ta bite dans ton pantalon ! Tu vas m'aider ou pas ?
Il grogne.
— Entrer dans un country club chic et le faire pisser dans son froc devant ses amis ? Je suis partant. Même pas la peine de me poser la question !
Mon estomac se retourne. Je jette un coup d'œil derrière moi, mais la ruelle est dégagée.
— Darragh pourrait ne pas approuver.
Le visage de Sean s'assombrit.
— Qu'est-ce que tu veux dire par « pourrait ne pas » ?
— Il m'a dit de me tenir à l'écart, et c'est ce que j'ai fait. Il m'a dit que si quelque chose d'autre se produisait, je devais aller le voir.
— Alors pourquoi ne parles-tu pas à Darragh en ce moment même ?
— Le père de ce connard est un juge puissant. Darragh ne veut pas lui voler dans les plumes en ce moment. Je pense qu'il pourrait me dire de m’abstenir, avoué-je.
Sean se frotte le visage.
— Merde. Finn !
— Que ferais-tu si c'était Bridget ?
Il penche la tête vers le ciel.
— Beurk ! Il se frotte le visage puis se dirige vers ma Camaro. Appelle-moi ton sinistre salopard alors !
Je lui tapote le dos.
— C'est bien dans ce style-là que je te veux.
Je saute dans la Camaro et démarre le moteur. Je m'engage sur la route principale et accélère, conduisant comme je voulais le faire tout à l'heure, fonçant dans le trafic.
— Alors tu n’étais pas au pays des Bisounours chez les parents de Brenna ?
J'appuie sur l'accélérateur, change de vitesse, dépassant allègrement les 90 km/h.
— Non. Son père a quand même accepté de se faire une raison avec moi mais Brenna est sortie en courant de la cuisine après avoir parlé à sa mère. C'est à partir de là que tout a dégénéré. Le feu passe au rouge et je le franchis en vitesse. Les klaxons retentissent et les pneus crissent sur la chaussée.
— Il s'en est fallu de peu, commente Sean avant d'allumer la stéréo. La chanson « Rosa Parks » d'Outkast fait vibrer la voiture.
Sean commence à chanter, mais je garde les yeux sur la route, faisant des embardées dans le trafic, pensant à ce que je veux faire à Brad quand je le verrai.
Lorsque les collines verdoyantes du terrain de golf se dessinent, je change de vitesse et ralentis brusquement à 50 km/h. La musique continue de retentir dans l’habitacle. Les hommes qui tentent de jouer les dernières minutes de leur partie de golf avant l'hiver se retournent, surpris, pour nous regarder passer.
L'entrée du club est en demi-cercle, avec des valets qui attendent sagement. Je m'arrête, fais emballer mon moteur, puis arrête la Camaro. Sean et moi en surgissons, et un étudiant en pantalon kaki et polo bleu du Country Club s'approche de moi avec un ticket et un stylo à la main.
— Monsieur, puis-je avoir votre nom ?
Je l'ignore, et Sean et moi nous dirigeons vers la porte.
Un autre garçon crie :
— Vous ne pouvez pas laisser votre voiture ici. On va devoir la remorquer.
Je me retourne, m'élance vers lui et le soulève sur ses orteils par sa chemise.
— Si quelqu'un touche à ma voiture, je t’en tiendrai personnellement responsable.
Ses lèvres tremblent.
— Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
Il acquiesce.
— Ou… oui, monsieur.
Je le pose et lui époussette les épaulettes.
— Bon, c'est bien. Quel est le chemin le plus rapide vers les courts de tennis ?
Il déglutit difficilement.
— Prenez à gauche à la deuxième allée, puis la première à droite !
Je souris.
— Merci. N'oublie pas que personne ne touche à ma Camaro ! Je me retourne, et Sean et moi entrons dans le club.
Nous ignorons la fille de la réception qui nous crie :
— Vous devez vous enregistrer.
En moins d'une minute, nous sommes de retour à l'extérieur. Je passe en revue la douzaine de courts de tennis, puis j'aperçois Brad dans son short blanc et sa blouse à col assortie.
Des femmes sont attablées, sirotant des boissons, vêtues de robes de créateurs et parées de bijoux coûteux. Je repousse l'idée que c'est ce que Brenna pourrait avoir si elle était avec Brad, me rappelant qu'elle se moque de ces conneries-là.
Alors que nous marchons sur la pelouse, j'ai pleinement conscience des regards effarés qui se posent sur nous. Les conversations s'arrêtent et on n'entend plus que les raquettes qui frappent les balles ou les hommes qui grognent.
Lorsque j'entre sur le terrain, l'homme qui joue contre Brad crie :
— Sortez du terrain !
Brad nous regarde et se fige. L'un après l'autre, tous les jeux qui se déroulent autour de nous s'arrêtent, sans que je le quitte des yeux pour autant. J'essaie de ne pas augmenter mon rythme, voulant qu'il ressente la peur le plus longtemps possible, et qu'il ne l'oublie pas.
Il hausse les épaules et quelques autres hommes se rassemblent autour de lui, mais ils ne s'approchent pas à plus de trois mètres. J'ai soudain l'impression d'avoir commis une erreur. Je suis en public et j'aurais dû attendre qu'il soit chez lui. Son père est juge et il y a trop de monde ici. Il est hors de question que je n'aille pas en prison si je lève la main sur lui ici.
Son visage devient rouge et il grogne :
— Sortez de notre terrain et de mon club !
Je me rapproche de lui pour qu'il puisse sentir mon souffle, planant à quelques centimètres au-dessus de lui.
— C'est la dernière fois que je te dis de ne plus t'approcher de Brenna.
Ses lèvres se courbent en un sourire arrogant.
— Tu crois qu'elle va rester dans les égouts pour toujours avec toi et ta famille de merde ?
Sean s'approche et je pose ma main sur son ventre pour le retenir. Je parle à voix basse pour que seul Brad puisse m’entendre.
— Quelles que soient les conneries que sa mère t'a racontées, ce ne sont que des conneries. Ne t'approche plus d’elle ! La prochaine fois que je viendrai te chercher, tu partiras dans un sac mortuaire.
Il recule et ouvre grand les bras.
— Le pauvre gars ici vient de menacer de me tuer. Tout le monde l'a entendu ? Il se met à rire. Jésus, tu es un pathétique tas de merde !
Je lui fais face et le menace :
— Ne me sous-estime pas ! Ton père ne te sauvera pas. Approche-toi encore d'elle, et ce sera la dernière fois. Je m'élance vers lui comme si j'allais lui cogner la tête, il recule, trébuche et tombe par terre. Des halètements se font entendre. Je le regarde avec dégoût. Maintenant, qui est pathétique ?!
Je me retourne et fais signe à Sean de me suivre. Nous nous faufilons dans la foule, qui s’écarte à notre approche. Sean prend un sandwich sur un plateau posé sur la table des femmes.
— Chic. Tu en veux un ? demande-t-il.
— Non.
Nous continuons à marcher, et il mord dedans.
— Beurk ! gémit-il avant de le jeter par terre. On pourrait penser que tout cet argent garantirait de la bonne nourriture. Mais non !
— Je suppose que non. Nous sortons par le même chemin qu'à notre arrivée, et quand nous arrivons à ma Camaro, je l'inspecte.
— Personne n'y a touché, insiste le jeune homme.
Satisfait que personne ne l'ait fait, je ne dis rien, monte dans la voiture et emballe le moteur en démarrant.
Nous décollons sur les chapeaux de roues et Sean commente :
— Je pensais que nous allions nous amuser plus que ça !
Je change de vitesse et j'accélère, pas plus calme que je ne l'étais avant d'arriver là. La vue du visage arrogant de Brad ne fait qu'ajouter de l'huile sur le feu à l'intérieur de moi.
— Je n'aurais pas dû faire ça, là.
— Oui, ce n'était sans doute pas la meilleure chose à faire. La prochaine fois, assure-toi que c'est dans un endroit où tu pourras lui botter le cul sans public.
Je jette un coup d'œil à Sean.
— Tu n'as pas vraiment pris la parole pour m'empêcher d'y aller.
Il hausse les épaules.
— C'était bien de voir ce que les gens portent là-bas. Quand Bridget et moi irons à New York la semaine prochaine, elle a dit que son père nous obligerait à aller dans son club.
Je me moque.
— Amuse-toi bien !
— Je suis partant. J'emmènerai Bridget à l'espace spécial pour les femmes.
— Qu'est-ce que c'est ?
Il sourit.
— La zone réservée aux femmes.
— Et pourquoi l'emmener là-bas ? Si tu n'as pas remarqué, tu as une bite.
— Exactement. Il se lèche les lèvres et sourit. Elle déteste le country club et cette salle. Alors je vais lécher sa chatte jusqu'à ce que toutes ces femmes s'évanouissent ou meurent d'une crise cardiaque en l'écoutant jouir.
— Jésus ! Tu crois que c'est intelligent quand Tully en est membre ?
Il hausse les épaules.
— Je m'occuperai de Tully après. Ça en vaudra la peine.
Je glousse.
— Tu es un sacré enculé, Sean. Tully va te tuer !
— Non. Bridget m'aime. Elle me sauvera. Il ne peut pas lui dire non, même à propos de moi.
Je secoue la tête et rétrograde la vitesse pour ralentir à l'approche du pub. Si Nana me voit conduire comme un fou, j'en entendrai parler pendant des semaines. Dès que nous nous garons, nous entrons dans la salle de jeux.
Brenna se lève d'un bond avec la même expression inquiète que lorsque nous sommes partis.
Je glisse mes bras autour d'elle.
— Tout va bien.
— Qu'est-ce que tu as fait ?
— Je lui ai dit de ne plus s'approcher de toi.
— Finn, tu n'aurais pas dû faire ça. Son père...
— Peut me lécher le cul. Allez, viens ! Nous avons une lessive à faire. On ne parle plus de lui aujourd'hui.
Elle ne me contredit pas et nous passons le reste de la journée à faire la lessive, à traîner avec sa colocataire et à baiser.
Quand elle s'endort dans mes bras, je ne trouve pas le sommeil. L'effroi m'envahit soudain tandis que je revois les scènes chez ses parents et au country club. Je me reproche de ne pas avoir attendu qu'il soit seul et d'avoir laissé ma colère me guider.
Au lever du soleil, je me douche, puis réveille Brenna pour qu'elle aille travailler. Elle se prépare et je fais du café. J’en remplis un thermos pour elle, puis ajoute de la crème et du sucre.
Je la dépose au travail, l'accompagne à l'intérieur et l'embrasse.
— Je viendrai te chercher à la fin de ton service.
Elle sourit et mon cœur bat la chamade.
— Merci.
Je lui donne un petit baiser.
— Passe une bonne journée, ma luciole !
Elle sourit davantage et je la regarde jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'ascenseur.
Je rentre directement chez moi et allume l'ordinateur. J'ai une heure à tuer avant d'aller à l'entrepôt O'Malley. Je la passe à travailler sur les derniers montages de notre sextape. Je suis totalement absorbé et enregistre mes modifications lorsqu'on frappe à ma porte.
— Finn ! Ramène tes fesses ici ! retentit la voix de Darragh.
Merde ! Merde, merde, merde !
J'arrive à l'escalier et la porte est grande ouverte. Darragh se profile dans l'embrasure, la lumière du soleil l'éblouissant derrière lui. Mon estomac se noue. Je trottine jusqu'en bas, et Darragh m'attrape par le col, me plaquant contre le mur.
— À quoi tu pensais, putain ? rugit-il.
Je me retiens de passer en mode combat. Si je voulais éliminer Darragh, j'en serais capable. Mais c'est le chef. Il y a une chose qu'on n’a pas le droit de faire : c'est essayer de se protéger ou de se défendre quand le patron vous touche. Je lâche :
— Il la harcèle !
— Je t'ai dit que si quelque chose arrivait, tu devais venir me voir ! s'emporte-t-il.
— Je contrôle la situation.
— Ah oui, tu la contrôles ?! Keiran Kelly vient d'appeler. Toutes nos affaires viennent d'être transférées à son père.
Le sang s'écoule de mon visage. Keiran est l'avocat des O'Malley.
— C'est ça. Darragh me donne un coup dans la poitrine. Nos garçons seront condamnés par le juge Peterson, pas par le juge que j’avais dans ma poche.
Sans voix, ma bouche devient sèche et la bile remonte dans ma gorge.
— Je ne sais pas ce que tu as fait, et je ne veux pas le savoir. Mais c’est ta faute, Finn.
— Je vais arranger les choses.
Darragh se moque.
— Arranger les choses ? Fiston, tu n'as pas la moindre idée de la façon dont ce monde fonctionne ! Tu ne peux pas te contenter « d'arranger les choses » !
J'expire lourdement par le nez.
— Sortons-le du jeu !
Le visage de Darragh s'assombrit.
— Après que toutes nos affaires lui ont été confiées ? Encore une idée stupide !
— Son fils s’en prend à Brenna.
— Tu n'as pas suivi mes ordres. Tu vas passer devant le conseil.
— Non ! résonne la voix de Nana dans l'air.
Darragh tourne la tête. Elle est debout, la main sur la hanche, le visage rouge de colère.
— Ne t'en mêle pas, Mam ! prévient Darragh.
— Tu n'emmèneras pas mon petit-fils, la chair et le sang de ton frère, devant le conseil. Je me fiche de ce qu'il a fait. Je dis non. Maintenant, laisse-le partir ! ordonne-t-elle.
Darragh hésite puis me relâche. Il me pointe du doigt.
— Tu ne t'approches plus de ce garçon. Tu m'entends ?
Je reste silencieux, mes entrailles en ébullition à cause de toute cette situation pourrie. Je fais du tort à ma famille. J'ai peut-être mis Brenna en danger. Je n'ai pas réfléchi avant d'aller au country club au lieu d'aller le chercher le soir et de mettre fin à ses jours.
— Darragh, rentre chez toi ! exige Nana.
Il secoue la tête, son air renfrogné s'accentue, et recule.
— Tu es peut-être l'héritier de Liam, mais je te priverai de tous tes droits de naissance si tu me désobéis à nouveau. Sans hésiter ! Et ta grand-mère ne m'en empêchera pas.
Ma poitrine se serre.
— Deux mois. Sans salaire. Ne sois pas en retard à l'entrepôt aujourd'hui ! Il monte dans sa voiture et s'en va.
Mes tripes plongent encore plus. Je vais rater des mensualités pour la bague que j'ai choisie pour Brenna.
Nana demande calmement :
— Dans quoi cette fille t'a-t-elle impliqué ?
Je la fixe du regard.
— Rien. Ce n'est pas sa faute.
Nana arque un sourcil.
— Je sais que tu l'aimes, mais tu ne peux pas la laisser détruire ta vie comme ça.
— Détruire ma vie ? Elle est ma vie ! m'écrié-je.
— Si tu continues à prendre de mauvaises décisions, tu n'en auras pas. Je ne peux pas te sauver de toi-même, Finn. Elle me donne une tape sur l'épaule et entre dans le pub.
— Putain ! hurlé-je en frappant mon poing contre le mur et en brisant la cloison sèche. Mais la douleur déchirante qui éclate dans mon avant-bras n'est rien comparée aux conséquences de ce que j'ai fait.
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