Le Chasseur Implacable: Une sombre romance mafieuse (Guerre des Mafias t. 10) (French Edition)
Chapitre 20
20
Finn
Huit ans plus tard
— J e n'ai parlé qu'avec eux. Je le jure, plaide Cinco.
Il s'est engagé auprès des O'Malley il y a trois ans. C'est son cinquième et dernier séjour dans cet enfer. Il a été condamné à la perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle lors de sa précédente condamnation. À son retour, les prisonniers l'ont baptisé Cinco, car chaque fois que le sujet était abordé, il prononçait le mot avec fierté, comme s'il avait gagné un prix en revenant dans ce trou à rats. Il vit au huitième étage et, dès le premier jour, je ne lui ai pas fait confiance. C'était comme les fois précédentes où il était arrivé ici.
Un jour, il avait demandé à parler à Liam. Après une douzaine de demandes, nous lui avons finalement accordé un entretien.
Il semblait sincère quand il affirmait vouloir consacrer sa vie au clan, mais mon instinct me disait que ce n'était pas vrai. Liam, lui, l’avait laissé entrer. Ces dernières années, le pouvoir s'est déplacé, avec l'arrivée de plus en plus de gardes qui étaient déjà dans les poches des Bailey. Ils gagnaient du terrain, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ces murs. Des hommes arrivaient, déjà fidèles à leur clan. Les étages se transforment suivant le mélange des nouveaux prisonniers, et personne ne sait jamais de quel côté il se trouve. Les seuls étages dont on peut être certains sont le quatrième et le cinquième.
Et le bon vieux temps où les O'Malley étaient plus nombreux que les Bailey est désormais révolu. Darragh s'est arrangé pour avoir un chef de police dans sa poche. De nos jours, les crimes commis par les membres les plus importants du clan sont classés avant même d'arriver au tribunal. Ceux qui sont au plus bas de la hiérarchie y arrivent de temps en temps, mais ce n'est jamais pour de longues périodes. Ainsi, chaque fois qu'un nouveau prisonnier arrive, nous nous empressons de l'examiner, de décider s'il appartient déjà aux Bailey ou d'entamer le processus de recrutement.
— Tu leur as parlé de quoi ?! grogne Keith le Fou au visage de Cinco en le tenant par le cou.
Il secoue la tête.
— Rien d'important.
Ce sont des conneries. On ne parle pas à un Bailey. Jamais. La seule exception tolérée serait si tu étais un espion approuvé. Et ce n'était pas n'importe quel Bailey avec qui il a conversé. C'était le quatrième dans la ligne de commandement.
Liam me regarde, les yeux durcis, sa haine pour les Bailey guidant chacun de ses mouvements. Nous échangeons des mots non exprimés. Nous n'avons pas besoin de nous parler. Liam et moi pouvons lire dans les pensées l’un de l'autre maintenant.
Il renifle fortement et s'avance. D'une voix contrôlée, il déclare :
— Je t'ai permis d'entrer dans notre clan. Tu t'es engagé envers lui et envers moi. Tu as étudié toutes nos règles et tous nos codes, tu les as mémorisés comme le reste d'entre nous. Il essuie les peluches de sa combinaison orange et Cinco frissonne.
C'est une autre chose que Liam a inculquée à tout le monde.
La peur.
Mais ce n'est pas n'importe quelle peur. C'est une terreur calme. Chaque geste de Liam le fait progresser chaque fois un peu plus dans la peau du chef qu'il incarnera un jour lorsqu'il retournera dans le monde réel, à l’extérieur.
D'une certaine manière, je pense que Liam a opéré la transition vers la prison plus facilement que moi. Je pense que c'est parce que nous étions ensemble. Il y a très peu de moments dans la journée où nous ne sommes pas côte à côte. Mais même dans ces moments-là, il est entouré de nos meilleurs hommes.
— Qu'est-ce qu'on fait aux traîtres ? demande Liam.
Cinco secoue la tête plus fort. Les larmes lui montent aux yeux.
Je murmure :
— Merde ! Je savais que tu étais une mauviette.
— S'il vous plaît ! Pas ça ! supplie-t-il.
Liam l'étudie, le regarde se tortiller. Il finit par dire :
— De quoi avez-vous parlé ?
— De rien.
Liam recule et fait un signe de tête à Keith le Fou. Nous savons déjà ce dont ils ont parlé. Notre espion était là et nous a raconté tout ce qu'il a révélé sur notre clan.
Keith le Fou donne un coup de poing au visage de Cinco. Le sang gicle et Cinco hurle.
Chacun a ses forces et ses faiblesses. Le surnom de Keith le Fou n'est pas sans raison. J'ai appris très tôt à le laisser être l'homme de main. Il pouvait canaliser son comportement fou sur nos ennemis, et cela lui permettait de garder les pieds sur terre.
Et quelqu'un devait être la brute, à part moi. Darragh a été clair quand j'ai pris ce rôle-là. Lorsque Liam est arrivé ici, Darragh nous a fort justement rappelés que nous étions trop précieux pour le clan pour risquer de nous voir ajouter du temps de réclusion en cas de mauvais comportement. Apprendre à contrôler notre rage et à laisser les autres jouer leur rôle faisait partie de nos responsabilités.
— Emmenez-le aux douches ! ordonne Liam.
— Quoi ? Non ! S'il vous plaît ! hurle Cinco.
Un bâillon est enfoncé dans la bouche de Cinco pour l'empêcher d'attirer l'attention des mauvais gardiens. Puis on lui met un sac sur la tête. Trois hommes, menés par Keith le Fou, le transportent jusqu'aux douches.
Nous avons appris il y a longtemps que tuer un homme dans cette pièce est le meilleur endroit de la prison. Le sang se rince facilement sur le carrelage. Nos hommes se déshabillent, tuent l'ennemi à poil, puis se douchent pour effacer toute trace de sang. Une autre équipe, celle du service d'entretien, apporte une poubelle surdimensionnée sur roues. Ensuite le corps est tailladé d'un B celtique, puis déposé au cinquième étage, pour que l'on croie que ce sont les Bailey qui l'ont fait.
Liam regarde notre clan une fois que Cinco est parti avec les autres. Il scrute chacun d'entre eux puis leur rappelle que les O'Malley ne toléreront pas la présence de traîtres dans leur rangs. La salle se met à applaudir.
Liam et moi nous frayons un chemin dans la prison, sans parler jusqu'à ce que nous arrivions dans notre cellule. Dès que nous sommes seuls, il déclare :
— Frappe-moi la prochaine fois que je ne t'écoute pas au sujet des recrues !
Je ne dis rien. Liam est déjà assez dur avec lui-même quand il commet une erreur. Je n'ai pas besoin d'en rajouter. De plus, j'ai commis mon lot d'erreurs en cours de route.
— Finn, ton avocat est là, annonce Ramos.
Liam hausse les sourcils.
Confus, je fais un signe de tête pour que les gars en cellule de l'autre côté de l'allée gardent un œil sur Liam. J’emboîte le pas derrière Ramos jusque dans la salle privée où les avocats rencontrent leurs clients et m'assois en face de Keiran.
Dès que la porte se referme, je lui demande :
— Que se passe-t-il ?
Keiran n'a aucune raison d'être ici, sauf si Darragh a un message pour nous. Il n'y a rien dans mon dossier qui me permette de faire appel ou qui me fasse espérer une réduction de peine. Et le juge Peterson s'est bien assuré que je n'aurai jamais la chance d'être libéré sur parole.
Keiran tape sur un dossier, mais c'est un mouvement nerveux.
Mes tripes plongent dans le vide. Je grogne :
— Crache le morceau, Keiran !
Il me regarde avec sympathie et j'ai envie de ramper sur la table et de l'étrangler.
— Qu'est-ce qui se passe, putain ?! aboyé-je avant qu'il ne puisse parler.
— L'un des garçons que nous avions mis sur le coup pour espionner les Bailey a décroché des photos lors d'un pari, déclare-t-il.
Les poils de mon cou se dressent.
— Quel genre de photos ?
Ne sois pas morte ! Ne sois pas morte. Oh putain, Brenna ! S'il te plaît, ne sois pas morte !
Ces derniers mois, je n'arrive pas à retrouver cette sensation que j'avais dans mes rêves. Je la vois, mais je ne la sens pas dans mes bras. À chaque fois, je me réveille en sueur. Et depuis treize ans que je l'ai tenue la dernière fois dans mes bras, aucune information n'est apparue sur elle.
Keiran me fait glisser le dossier.
— Elles sont évocatrices.
Je renifle avec force, fixant le dossier, la main sur le point de trembler. Je saisis le bord du papier et le retourne.
Mes tripes plongent, la rage m'envahit et mon poing se serre avec une violente énergie. J'étudie chaque photo avec horreur, les parties de son corps bien en évidence, son expression la plus effrayée que j'aie jamais vue.
Mais son visage… Je mets ma main sur ma bouche, respirant à travers le frémissement de ma poitrine. Je trace sa joue, le trou dans mon cœur s'agrandit alors que je pensais déjà qu'il ne pouvait pas être plus douloureux.
Pendant treize ans, elle n'a été présente que dans mes souvenirs. La voir comme ça pulvérise toute la maîtrise de mes émotions que je m'efforce d'avoir tous les jours face au drame affreux de sa disparition. Je saisis la photo, je me dirige vers le mur et reste là pendant de longues minutes, en serrant les yeux et en essayant de ne pas laisser les émotions s'échapper. Ma voix se brise. Fixant toujours le mur de béton blanc, je demande enfin :
— Où les a-t-il eues, et de qui ?
— À Détroit. Sullivan Bailey les avait. Il a prétendu l'avoir achetée, mais elle n'a jamais été livrée. Un autre homme l'avait, et il a payé Sullivan pour l'avoir.
En colère, je me retourne. J’ai tant prié pour que cette réalité-là ne soit jamais la sienne, mais ce destin affreux se concrétise malgré tout.
— Qui l'a achetée ?!
— Il ne l'a pas dit.
— Putain de merde ! crié-je.
— C'est tout ce que nous savons, Finn. Darragh pense que Jack Christian l'a vendue aux Bailey.
La haine que j'éprouve pour Jack ne fait que se multiplier. Je mets la photo du visage de Brenna sous ma chemise, resserre le cordon de mon pantalon, puis ferme le dossier et le glisse à Keiran.
— Dis à Darragh que je veux qu'on aille chercher Sullivan !
— Il est déjà sur le coup, mais Sullivan est de retour en Irlande. Nos gars là-bas s'efforcent de mettre la main dessus, mais ils ont beaucoup d'autres problèmes. Ce ne sera pas facile.
Je frappe la table de ma main.
— Je me fous de ce qu'ils font ! Il faut l’attraper. Lui !
Keiran soupire, et l'expression sympathique que je méprise est de retour. Il tente de me rassurer.
— Darragh y travaille.
Je pars, les entrailles en ébullition, avec l'envie de tuer tous les hommes que je croise. Quand j'arrive à la cellule, Liam reste silencieux, me scrutant attentivement.
Je lui tends la photo.
Ses yeux s'écarquillent. Je lui explique la situation, mon envie de tuer quelqu'un grandissant à chaque mot.
Je dois sortir de ce putain d'enfer.
Où est-elle ?
Que lui est-il arrivé ?!
Le reste de la journée, je ne parle à personne. Je ne quitte pas mon portable. Tout ce que je fais, c'est fixer son visage, lutter contre mes démons, céder à la douleur que je réserve habituellement pour la nuit.
Lorsque l'appel à l'extinction des feux est lancé, la cellule est fermée à clé, comme tous les soirs depuis treize ans. Tout est calme jusqu'à ce que notre voisin de cellule, notre deuxième cousin Ryan, crie :
— Tais-toi !
— C’est toi qui la ferme ! Je m'occupe de mes affaires ! lance Mickey.
Ryan rugit :
— Je me fous de savoir qui sont ce juge et cet enculé de chrétien. Laisse tomber !
Je me redresse, tout comme Liam. J'ai la chair de poule. Il saute de la couche supérieure et nous nous tenons tous les deux devant les barreaux.
— Je peux les abattre. Tous les deux ! crie Mickey plus fort.
— Ferme ta gueule ! ordonne un autre homme.
La voix de Mickey se fait plus forte.
— Je détruirai le cul pompeux de Jack Christian même si c'est la dernière chose que je ferai !
— Ferme-la ! hurle Ryan.
— Non, tu la ferme, Ryan ! Mickey, approche-toi ! exigé-je.
Je perçois une vive agitation, et il répond finalement :
— Quoi ?
— Que sais-tu sur Jack ?
Il rit comme un ivrogne.
— Comment l'abattre là où ça fait le plus mal.
— Comment ça ?
— Par l'intermédiaire de sa société. Alors ce connard de juge y perdra aussi son cul. Ils perdront tout ! Tous les deux !
Les yeux de Liam brillent dans l'obscurité et s'agrandissent. Il demande :
— Comment ferais-tu cela ?
Mickey grogne.
— C'est facile. Par le biais du marché boursier lorsque sa société sera cotée en bourse dans les six ou sept prochaines années. Tout est déjà prévu.
Je m'agrippe aux barreaux, sentant les racines de la vengeance se planter profondément dans mon âme.
— Dis-nous en plus, Mickey !
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