Le Chasseur Implacable: Une sombre romance mafieuse (Guerre des Mafias t. 10) (French Edition)
Chapitre 30
30
Brenna
F inn m'entraîne dans le couloir. Nous venons de terminer le dîner et je jette un coup d'œil derrière nous. Pour… vérifier.
— Tu recommences, déclare-t-il.
— Désolée. Je ferme les yeux et il me rapproche de lui.
— Angelo ne te surveille pas et ses hommes non plus, répète Finn.
J'acquiesce, mais il n'est pas facile de se défaire de ses vieilles habitudes. Il n'y a pas un endroit où Giulio n'a pas eu les yeux rivés sur moi. Il ne le cachait pas non plus. Je marmonne :
— Je suis foutue.
Finn s'arrête.
— Non, ce n’est pas vrai. Cela va juste te prendre un peu plus de temps.
— Comment le sais-tu ? Et si je reste paranoïaque comme ça pour le reste de ma vie ?
Il me prend les joues et penche la tête.
— Il m'a fallu un certain temps pour m'adapter à la vie en dehors de la prison. C'est la même chose.
— Finn, c'est l'heure ! lance Dante.
Le visage de Finn s'assombrit.
— Donne-moi encore quelques minutes !
— Bien sûr. Tu sais où nous trouver. Dante tourne dans le couloir et s’en va.
Un mauvais pressentiment s'insinue jusque dans mes os.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Finn enroule une mèche de mes cheveux autour de sa main.
— Reste avec Arianna ! J'ai des choses à régler.
Mon cœur s'emballe. J'attrape son biceps.
— Ne me laisse pas !
— Je ne quitte pas la maison.
Une nouvelle peur m'envahit.
— Qui est là ?
Un des hommes d'Angelo passe et Finn me tire dans un coin. Il baisse la voix.
— J'ai les Baileys.
Mes tripes se tordent.
— Lesquels ?
— Jack et Fitz. J'aurais bien attrapé ce salaud de Sullivan aussi, mais il est déjà mort.
Je n'ai pas vu Fitz depuis le jour où Giulio m'avait achetée. L'expression libidineuse de Jack lors du mariage de Bella me revient à l'esprit et je passe la main sur mon ventre.
— Où sont-ils ?
— Te voilà ! Arianna, reste avec Brenna ! ordonne Killian.
Je me retourne et Arianna lance un regard complice. Elle ne discute pas. Elle redresse les épaules et me sourit.
Je jette un coup d'œil à Finn et je répète :
— Où sont-ils ?
Ses yeux se dirigent vers ceux de Killian.
— Dans un endroit où ils ne peuvent pas t'atteindre, répond Killian.
Je me retourne et pose ma main sur ma hanche.
— Ne fais pas comme si j'étais fragile ! Où sont-ils ?! Je jette un coup d'œil entre lui et Finn.
Finn ouvre la bouche, mais Arianna intervient :
— Ils sont dans le donjon de mon père. C'est dans le sous-sol de la maison.
— Merci de m'avoir dit la vérité, répliqué-je.
Arianna acquiesce.
— Tu joues aux cartes ou au billard ?
— Je ne l'ai pas fait depuis longtemps.
— Veux-tu rester dans la salle de jeux pendant qu'ils s'occupent de ce problème-là ?
— Bien sûr. Tu me laisses une minute ?
— Oui.
Ils continuent dans le couloir et je me tourne vers Finn.
— Tu vas les tuer ?
Il ne bronche pas.
— Oui.
Ma poitrine se serre.
— Et il n'y a aucune chance que tu sois en danger si tu vas là-bas ?
— Non, ma luciole.
Mon estomac est en proie à la nervosité, mais je respire profondément. Il n'y a pas moyen d'arrêter Finn. Mais même si c'était le cas, je ne le voudrais pas. Je ne cesse de me souvenir d'eux chez Mama Christian, ainsi que lorsqu'ils avaient déboulé dans le couloir de l'hôpital, essayant de m'emmener à Sullivan, prétendant que j'étais sa propriété.
Le monde sera meilleur sans eux. Définitivement.
Pourtant, mes tripes continuent de se retourner. Je me dresse sur la pointe des pieds et j'embrasse Finn sur la joue.
— D'accord. Tu viens me chercher alors quand tu auras fini ?
Son expression s'adoucit.
— Toujours. Pour l’éternité.
Un autre morceau de mon cœur revient à la vie. Je ne pensais pas qu'il était possible de le réparer, mais chaque moment passé avec Finn semble le faire pourtant. Il recolle mes morceaux brisés. Il m'embrasse sur le front et m’emmène dans la salle de jeux, puis lui et Killian partent.
Arianna prend un jeu de cartes.
— Tu sais jouer au rami ?
— Cela fait longtemps. Veux-tu me rafraîchir la mémoire ?
— Bien sûr. Elle s'assoit à la table et je la suis.
J'aime bien Arianna. Elle est sincère et gentille. Je n'ai pas côtoyé de femmes gentilles depuis Bella, mais même elle a montré finalement son vrai visage.
Je grimace intérieurement en pensant à Bella et au chagrin qu'elle va devoir affronter à cause de la mort de son père. Même si je n'aime pas la cruauté dont elle a fait preuve à l'égard de sa mère, j'aimerais pouvoir la prendre dans mes bras. Pourtant, je sais que je ne pourrai jamais la revoir. C'est une douleur aiguë, semblable au chagrin que j'ai éprouvé en perdant Finn, mais je la repousse hors de moi. Une chose que j'ai apprise, c'est que la vie n'est pas toujours ce que l'on voudrait qu'elle soit. Bella sera toujours une Abruzzo. Elle a son père en elle, et rien ne changera jamais cela.
Arianna explique les règles du rami, nous jouons une main fictive, et c'est à moi de commencer. Nous faisons plusieurs parties. Elle me donne des nouvelles des O'Malley et des Ivanov. Je connaissais mieux Maksim que ses frères, mais il est intéressant de savoir comment leur vie a changé. Je suis également curieuse de rencontrer leurs épouses. Elle me dit que toutes les femmes sont gentilles et que je m'adapterai très bien à elles.
Je ne suis pas sûre de tout cela. Je n'ai pas eu d'amies depuis plus de vingt ans. En théorie, c'est une bonne chose. Seul le temps nous dira si je peux vraiment retrouver une vie normale.
Plusieurs heures s'écoulent. Angelo entre finalement dans la pièce et nous offre un verre de vin. Puis il s'assoit et joue avec nous.
Cela me choque. Giulio n'aurait jamais fait ça avec Bella. Il lui offrait des cadeaux et prenait de ses nouvelles, mais il aurait été indigne de lui de jouer aux cartes ou à tout autre jeu. Il avait de l'aide pour cela.
Il m'avait, moi.
Les émotions m'envahissent. C'est un autre exemple qui montre que Finn a raison. Les Marino sont des gens bien. C'est une famille de la mafia, donc je ne remettrai pas en question leur moralité, mais sous la violence se cachent de bons cœurs. C'est le contraire de tout ce que j'ai vécu dans le complexe des Abruzzo. Et je dois croire que les choix que font les Marino sur qui vit et qui meurt ne sont pas différents de ceux que j'accepte de la part de Finn.
Je ne suis pas différente.
Le temps a peut-être passé, mais j'ai tué deux hommes sans jamais me sentir coupable. La seule chose que je regrette, c'est d'être partie cette nuit-là et le fait que Finn ait passé vingt ans en prison pour un crime que j'avais commis. Mais si j'avais cru pouvoir sortir vivante de chez Giulio, je lui aurais arraché le cœur de mes propres mains.
Je m'excuse devant eux pour aller aux toilettes. J'ai besoin d'un moment pour faire le vide dans mon esprit qui s'emballe. Dès que la porte se referme, j'agrippe le granit couleur caramel et me regarde dans le miroir. Je porte des vêtements décontractés. Je ne suis pas maquillée et mes cheveux sont naturellement ondulés. Je me serais fait gifler si j'étais encore chez Giulio.
Mais ce n'est pas le cas ici, me le rappelé-je.
Peut-être est-ce dû à trop de comparaisons, trop de souvenirs, trop d'hypothèses, mais mes poumons se contractent et mes yeux se remplissent de larmes.
Au bout de quelques minutes, je me passe de l'eau froide sur le visage et jette un coup d'œil au plafond, pour vérifier qu'il n'y a pas de caméras, puis je me réprimande. Il faut que j'arrête de regarder partout tout le temps dans l’angoisse. Je retourne à la table et joue quelques parties.
Il est minuit passé lorsque les hommes arrivent. Finn est le premier à entrer dans la pièce. Il est fraîchement douché et ne dit pas grand-chose. Nous nous excusons et allons dans notre suite. Une fois sur place, je me fige.
Ses articulations enflées et sa main meurtrie me font frémir.
— Tu vas bien ? lui demandé-je en lui prenant la main et en l'embrassant.
— Oui.
— Tu es blessé !
— Non, je ne le suis pas. Tu sais comment je suis, luciole. Ses yeux se plantent dans les miens.
Des images surgissent de la première nuit où j'ai rencontré Finn, lorsqu’il avait tabassé les gars qui avaient sauté sur Maksim sur la piste de danse.
Je trace sa mâchoire serrée.
— Est-ce que tous les détails sont réglés maintenant ?
— Oui.
Mes yeux se remplissent à nouveau de larmes. Le soulagement m'envahit, et je ne m'y attendais pas. Les mots me manquent.
Il m'attire sur ses genoux, ramène une mèche de cheveux derrière mon oreille et m'embrasse sur le front.
— Es-tu prête à rentrer à la maison, ma luciole ?
La maison. Je déglutis difficilement. À part Finn, tout ce que j'ai toujours voulu, c'était retourner à Chicago. Tout me manque, mais qu'est-ce qui a changé ?
Il n'y a qu'une seule façon de le savoir.
— Oui. Rentrons à la maison !
N OUS PARTONS LE LENDEMAIN. L ORSQUE NOUS ARRIVONS SUR LE TARMAC, je regarde fixement le jet privé.
— Tu vas bien ? demande Finn.
Je réussis à sourire et à articuler un pénible « oui ». Je monte les marches et me fige à l'intérieur.
Ce n'est pas la première fois que je monte à bord d'un avion de ce type. Le transport aérien de Giulio a toujours été le meilleur des meilleurs.
Il a l'air tout neuf.
Pourquoi les O'Malley voyagent-ils dans cet avion super-luxueux ?
Peut-être que c'est celui d'Angelo, et que nous devons l'utiliser à cause d'Arianna ?
— Luciole ? murmure Finn à mon oreille.
Je fais un signe de tête à l'hôtesse de l'air qui me sourit et je m'assois sur le siège en face de Killian et d'Arianna. Quand Finn s'assoit, je murmure :
— C'est le jet d'Angelo ?
Quelque chose passe dans ses yeux. Il hésite.
— Pourquoi ne me réponds-tu pas ? demandé-je.
Il prend ma main et l'embrasse.
— C'est à nous.
Je le regarde bouche bée, puis me sens mal à l’aise. Cela fait plus de vingt ans que je n'ai pas vu les O'Malley. Et je ne sais pas quelle est la richesse de leur clan.
— Désolée, je ne voulais pas..., lâché-je.
— J'ai beaucoup de choses à te raconter.
Mon pouls s'accélère.
— Comme quoi ?
— Nous sommes riches, s'exclame Killian.
— Killian ! le sermonne Arianna lui donnant un coup de coude.
— Aïe ! C'était pour quoi ça ?
— Tu ne peux pas crier comme ça !
Il rit.
— Il n'y a que nous. En plus, c'est vrai.
Je fixe Finn, ne sachant pas pourquoi je me sens bizarre à l'idée que les O'Malley aient de l'argent. Je ne devrais pas pourtant. Et en fait je ne suis pas mécontente de leur succès, mais c'est plus que de réussir dans la vie.
Je me sens peut-être mal à l’aise parce que la richesse que j'ai connue, c'était avec Brad et Giulio. Aucune de ces situations-là ne m'a rendue heureuse pour autant. Finn ne s'est jamais soucié de l'argent auparavant. Est-ce que c’est le cas désormais ?
Finn passe son bras autour de moi. Il me dit doucement :
— Tu as l'air de flipper.
Je fronce les sourcils.
— C'est... bizarre.
La compréhension passe dans son expression.
— Oui, c'est ça. Quand on atterrit, tu veux aller dans ma chambre d'hôtel cinq étoiles ou dans la maison ?
Mon cœur s'emballe.
— Tu as toujours la maison ?
Il se lèche les lèvres.
— Ma grand-mère n'a jamais laissé personne emménager. Quand elle est morte, Nora en a hérité. Elle l'a gardée telle quelle. Tout est encore là.
Mon estomac s'agite.
— Mon cabinet de toilette est encore plein ?
Ses lèvres se retroussent.
— Ouaip.
— Et le T-shirt que je portais tout le temps ?
— Dans l’armoire.
— C’est ma priorité !
Son sourire s'élargit. Ses lèvres se posent sur mon oreille.
— J'ai aussi une vidéo à te montrer.
J'ai du mal à respirer. Toutes ces années, j'ai attendu, me demandant à quoi cela ressemblait et où elle pouvait bien se trouver dans l'univers. Pendant tout ce temps, elle était restée au même endroit.
— Tu l'as montée ?
Sa main caresse ma cuisse. Son visage se décompose.
— Je l'avais terminée le matin où tout est arrivé.
Une vague de tristesse me traverse. Nous étions si près d'avoir tout ensemble jusqu'à ce que ce moment précis détruise tout.
— Alors qu'est-ce que tu préfères, ma luciole ? L'hôtel ou la maison ? demande-t-il.
L'angoisse s'installe insidieusement en moi. Qu'est-ce que cela va faire d'y retourner ? Serons-nous tristes de voir tout ce que nous étions et que nous avons perdu ?
Finn attend patiemment, mais je vois ce qu'il veut. Malgré ma nervosité, au fond de moi, je sais que c'est ce que je veux aussi. Je réponds :
— La maison.
C'est donc ce que nous faisons. On descend de l'avion à Chicago, on dépose Killian et Arianna à la maison, puis on va directement au pub. La voiture se gare devant, et Finn baisse la vitre.
— Laissez-nous sortir dans l'allée !
Lorsque la voiture s'arrête, mes papillons déploient leurs ailes. La neige recouvre la route et les bâtiments. C'est une épaisse couche qui n'en finit pas. Les yeux de Finn semblent nerveux. Je n'ai pas l'habitude qu'il soit autre chose que confiant cependant. Il me demande, la crainte dans la voix :
— Tu veux aller au pub et boire un verre d'abord ?
Je secoue la tête.
— D'accord. Il sort de la voiture et m'aide à descendre. Il met son sac en bandoulière et déverrouille l'appartement. Il me fait signe de passer.
L'entrée est petite, mais elle semble plus petite qu'avant. Le mur vert qui mène à l'escalier semble avoir été fraîchement repeint, mais j'arrive ensuite au palier supérieur.
C'est comme si j'étais dans une machine à remonter le temps et que j'étais revenue vingt ans en arrière. Tout est identique. Intacte. Indemne. Non marqué par les décennies de destruction que nous avons traversées, chacun de notre côté avant de nous retrouver.
C'est un cocon sûr qui nous protège du reste du monde.
Le bras de Finn enlace ma taille. Je m'appuie sur sa carrure musclée, et j'absorbe tout. Puis je lève les yeux vers lui.
— On peut rester ici ?
Il me pince les lèvres, ses yeux verts scintillent.
— Je pensais que tu ne le demanderais jamais.
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