Le Chasseur Implacable: Une sombre romance mafieuse (Guerre des Mafias t. 10) (French Edition)

Chapitre 1

1

 

Brenna Doyle

21 ans plus tôt

 

N on. Non. Non. Ce n'est pas possible. J'ai l'impression qu'une main s'enfonce dans ma gorge et me tord violemment l'estomac. Je n'arrive plus à respirer. Tout le monde dans le restaurant nous regarde, y compris nos familles. C'est tellement silencieux qu'on entendrait une épingle tomber. Quelqu'un a même éteint la musique.

Les yeux bruns de Brad brillent d'un bonheur arrogant. Il a un genou à terre. Il tient un énorme diamant. Il doit faire au moins deux carats. Il est bien trop gros pour ma main ou mon goût.

— Veux-tu m'épouser ?

Mes entrailles frémissent, tout comme ma voix.

— Euh... Je... Oh mon Dieu ! Je mets ma main sur ma bouche.

Ces derniers temps, l'arrogance de Brad me rend folle. L'excitation initiale que j'avais ressentie lorsque nous avons commencé à sortir ensemble s'est estompée au cours du dernier mois. Chaque fois qu'il ouvre la bouche ou qu'il fait étalage de la richesse de sa famille, je me sens mal à l'aise. Ces derniers jours, j'ai envisagé de rompre avec lui. J'ai pensé annuler notre rendez-vous de ce soir, mais il m'a surprise au travail. Lorsque je suis sortie de l'hôpital après avoir fait ma tournée d'infirmière, il m'attendait. Il m'a raccompagnée chez moi et a attendu que je me prépare pour le dîner. J'ai ignoré la voix au fond de ma tête qui me disait de ne pas y aller. Elle avait hurlé encore plus fort lorsque nous sommes arrivés au restaurant et que nos deux familles étaient déjà là.

Maintenant, j'aimerais pouvoir revenir quelques heures en arrière, quand j'avais la possibilité de mettre fin aux choses entre nous avant d'en arriver à ce stade. Non pas que je m'attendais à ce qu'il me demandât en mariage.

L'air suffisant de Brad s'accentue. Il me prend la main et commence à faire glisser la bague à mon doigt.

Je la retire d'un coup sec.

— Brad ! Non. Je suis... Oh, Dieu…

Il se fige et je grimace. La pièce semble devenir plus silencieuse. Je vois son arrogance s'évaporer. Le sang percute mon crâne tandis que son visage se transforme en quelque chose que je n'ai vu qu'à quelques reprises. La colère. La trahison. La confusion. Tout s'enchaîne, créant une rage furieuse. Ses joues deviennent presque violettes et je recule lorsqu'il se lève et s'élance vers moi.

— Comment ça, non ?!

Je secoue la tête, soudain effrayée par ce qu'il pourrait faire. Il ne m'a jamais frappée auparavant, mais les seules fois où je l'ai vu aussi énervé, c’était lorsqu’il s'était battu dans des bars. Malgré tout, je redresse les épaules, je me tiens plus droite et le regarde dans les yeux.

— Je suis désolée. Je ne peux pas t'épouser.

— Pourquoi pas, putain ?!

Des halètements résonnent dans la pièce. La chaleur me brûle les joues. Je recule et me cogne contre la table.

Il se penche sur moi, ses yeux brûlant d'une fureur puissante. Il grince des dents à voix basse :

— Réponds-moi, Brenna !

Les larmes me montent aux yeux. Je murmure :

— Je suis désolée. Je ne peux pas.

Il grince des molaires, ses narines s'évasent et il enroule son bras autour de mon dos.

— J'ai besoin d'une meilleure réponse que celle-là, Brenna !

La façon dont il prononce mon nom me donne la chair de poule. C'est comme si j'étais son enfant et que j'avais des problèmes.

Derrière moi, j'entends mon père se racler la gorge. Sa main entoure mon poignet et me tire vers lui.

— Je crois qu'il est temps de rentrer à la maison.

Je tourne la tête, reconnaissante envers mon père de nous avoir interrompus, mais me sentant mal à l'aise. Je n'ai pas l'intention de blesser Brad. Ma famille l'adore. Je ne doute pas qu'il ait demandé la permission à mon père. Ma mère se lève et se tient à côté de mon père. Ses yeux sont évocateurs.

Elle a le cœur brisé et est déçue.

Mon père me dirige vers la sortie et je jette un coup d'œil en arrière. Brad est renfrogné, les poings serrés poing le long du corps. Une nouvelle vague de regrets me frappe encore. Je finis par lâcher :

— Je suis désolée.

Aucun mot n’est prononcé jusqu'à ce que nous montions dans la voiture et que mon père sorte du parking. Ma mère se tourne vers la banquette arrière et me fixe du regard.

— Brenna, pourquoi diable as-tu refusé Brad ?

— Sarah ! prévient mon père.

Elle penche la tête vers lui.

— Brian, ce garçon a tout à offrir à notre fille. Tout ce que nous n'avons pas pu lui donner...

— Ça ne signifie rien pour moi. Je ne veux pas épouser quelqu'un pour de l'argent ! éclaté-je d’un rire nerveux.

Ma mère soupire.

— Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit ! Bien sûr que tu ne l'épouserais pas uniquement pour l'argent. Mais Brad est un tout, et oui, l'argent en fait partie. Si tu n'as pas à te battre, pourquoi le ferais-tu ? Une femme choisit qui elle aime. Quand un homme comme Brad se présente, on l'attrape. On ne le jette pas à l'eau.

— Maman, tu t'écoutes parler ? lancé-je en regardant mon père qui serre le volant si fort que ses jointures deviennent blanches. Ce n'est pas la première fois qu'elle rabaisse mon père parce qu’il n’est pas riche. Il a deux emplois pour lui donner tout ce qu'elle veut dans la vie, et ce n'est toujours pas suffisant pour elle. Elle se plaint toujours de ce qui lui manque au lieu d'être reconnaissante de ce qu'elle a. À la façon dont elle se plaint, on pourrait croire que nous avons du mal à joindre les deux bouts alors qu’on vit dans un beau quartier de Chicago, dans une maison que mon père a rénovée deux fois en cédant à ses caprices.

Elle secoue la tête en me regardant de travers.

— Je suis sûre que si tu vas chez Brad ce soir, que tu t'excuses et que tu lui dis que tu as eu peur, il reviendra sur sa décision.

Je me déplace sur mon siège et déclare :

— Je ne ferai pas cela. Je ne l'épouserai pas, maman. Et ce n'est pas parce que j'ai peur. C'est fini entre nous depuis un moment déjà.

— Brad n'est pas de cet avis, dit-elle.

— C'est pourtant le cas maintenant, affirme fermement mon père.

Ma mère lui jette un regard noir.

— Brian...

— Ça suffit ! Brenna ne veut pas l'épouser. Laisse tomber ! lance mon père d'une voix qu'il n'utilise que rarement. Chaque fois qu'il le fait, ma mère sait qu'il ne faut pas le pousser davantage.

Le reste du trajet jusqu'à mon appartement se déroule dans le silence, entre le désir toxique de ma mère de faire de moi une potiche qui traîne toute la journée au country club et le cœur protecteur et bienveillant de mon père. Il n'arrête pas de me regarder dans le rétroviseur.

Quand il se gare devant mon immeuble, j'ouvre la porte.

— Merci de m'avoir sauvée. Désolée de t’avoir déçue, maman !

Elle soupire.

— Je pense que tu devrais y réfléchir, Brenna. Tu ne veux pas nettoyer des pots de chambre toute ta vie alors que tu pourrais vivre une vie facile.

En retenant mon gémissement, je tapote l'épaule de mon père.

— Merci, papa ! Je sors, échappant à un autre sermon de ma mère sur le fait que j'ai choisi une carrière horrible.

Selon elle, les infirmières sont les domestiques des médecins. Toute ma vie, j'ai voulu aider les gens malades. Quand j'étais petite, ma grand-mère avait été opérée. Deux infirmières extraordinaires s’étaient occupées d'elle. Elle leur envoyait des biscuits de Noël chaque année jusqu'à son décès. Le fait qu'elles aient non seulement aidé ma grand-mère à se rétablir, mais aussi qu'elles aient eu un tel impact positif sur elle, m'ont inspirée. Et je veux faire quelque chose de significatif de ma vie, sans qu'elle gravite uniquement autour de mon mari.

C'est peut-être comme ça que je sais que Brad n'est pas le bon choix pour moi. Il a la même opinion que ma mère. Plus d'une fois, il m'a dit que je devrais quitter l'école d'infirmières puisque je n'avais pas besoin d'un travail pendant que j'étais avec lui. Cela me mettait toujours mal à l'aise. J'avais beau insister sur le fait que je voulais travailler, il agissait comme si j'étais idiote.

Je rentre dans l'appartement, puis dans la chambre de ma colocataire.

— Je suis là !

Ses manuels sont éparpillés sur son lit. Ses cheveux bruns sont coiffés en chignon. Elle est assise en tailleur et fronce les sourcils.

— Tu rentres tôt.

Je déplace une pile de ses livres et m'assois.

— Eh bien, c'est parce que mon père a dû me sauver.

— De quoi ?

Mon pouls s'accélère en pensant à la demande en mariage de Brad et à l'insistance de ma mère pour que je m'excuse auprès de lui en lui demandant pardon. Je me racle la gorge.

— Brad m'a demandée en mariage.

Elle reste bouche bée, saisit ma main, puis penche la tête.

— Tu as dit non ?

— Oui. Je t'ai dit que j'avais des doutes à son sujet. Je ne vais pas l'épouser si je ne suis même pas sûre de vouloir sortir avec lui. En plus, je n'ai que vingt-deux ans. Qui se marie si tôt de nos jours ? On n'est pas en 1950 quand même !

— Eh bien, il n'a pas vingt-deux ans. Il en a vingt-cinq. Elle sourit.

Je lève yeux au ciel.

— Peu importe.

— Comment ta mère l'a pris ?

Je grogne.

— Comme si j'avais gâché toutes mes chances d'avoir une vie spectaculaire.

Les lèvres de Kim se contractent.

— Pauvre Sarah !

—Mon pauvre père, plutôt ! Je ne sais pas comment elle arrive à vivre avec, en le faisant se sentir si inutile. Il n'a fait que l'inonder de tout ce qu'elle a toujours voulu, et ce n'est toujours pas suffisant, lâché-je.

L'expression de Kim s’emplit de sympathie. Elle demande doucement :

— Comment Brad l'a-t-il pris ?

Ma poitrine se serre, je me souviens de ses yeux.

— Il me déteste.

Elle m'étudie puis saute du lit. Elle saisit ma main.

— Viens !

— Où allons-nous ?

— Choisir une tenue pour ce soir.

— Ce soir ?

— Ouai ! chantonne-t-elle en faisant sauter le « p ». T’es célibataire. Je suis célibataire. Il est temps de sortir.

— Waouh ! Je ne cherche pas à m'impliquer dans quoi que ce soit d'autre pour l'instant. J'ai été au pays de Brad ces six derniers mois. Laisse-moi respirer un peu, là !

Elle soupire.

— Tu pourras respirer au bar. Je n'ai pas eu un seul copain pendant la moitié de l'année. C'était très ennuyeux, d'ailleurs.

Je grimace.

— Désolée de l’apprendre.

Elle grogne puis agite la main.

— C'est bon, ça va. J'ai compris. Mais ton prochain petit ami a intérêt à avoir des amis sexy et à ne pas être trop centré sur lui-même.

Je pose ma main sur ma hanche.

— Tu n'aimes pas Brad ?

Elle me lance un regard complice.

— Pourquoi n'as-tu jamais rien dit ? lui demandé-je, surprise qu'elle ait gardé cela pour elle.

— Ce n'est pas mon genre. Et si tu l'épousais ? Je ne voudrais pas que tu me détestes.

— Pourquoi ne l'apprécies-tu pas alors ?

Elle ouvre la porte de son placard et fait voler ses vêtements sur la barre.

— S'il te plaît, arrête un peu ! Il est renfermé sur lui-même, coincé, et plutôt ennuyeux d'après ce que j'ai vu.

Je me mords la lèvre.

Elle plaque un haut extensible violet sur moi.

— Ne m'en veux pas !

— Non, ça va, pas de souci. J'essaie de me souvenir de ce que j'ai pu voir chez lui.

— Donc tu ne vas pas te remettre avec lui alors ?

— Non. C’est fini. Et c'est un soulagement, en fait, avoué-je.

Elle sourit.

— Tant mieux. Porte-ça avec ton nouveau jean et tes bottes ! Je serai prête dans quinze minutes.

Je me mets à rire de bon cœur.

— Alors, on sort toi et moi, juste comme ça, hein ?

— Oui, j'ai le cerveau en bouillie. J'ai besoin de quelques verres, d'un beau gosse qui sait danser et de m'amuser. Vas-y ! Prépare-toi ! Elle fait un geste de la main en direction de ma chambre.

J'obéis, et quinze minutes plus tard, un taxi s'arrête devant nous. On y monte, et elle dit :

— On va au « Triple Shots ».

— C'est quoi ce truc ?! demandé-je.

Elle tire une grimace d’un mètre de long.

— Eh… quoi ? Tu as vécu dans une grotte ou quoi ?!

— Non. Eh bien... je ne sais pas. Tu crois ?

— Si tu ne sais pas ce qu'est le « Triple Shots », tu pourrais tout aussi bien ne pas être de Chicago. Jésus ! Ton mec t'a pas sortie quelque part ?

— Je suppose que non. Et ne l'appelle plus « mon mec » !

— Désolée. « Ex-mec » alors. Ça te va ?

— Beurk ! Est-ce qu'on pourrait ne plus en parler maintenant ?

Elle sourit.

— Ça roule.

— OK. Et ne m'impose aucun mec ce soir. Je suis sérieuse quand il s'agit de respirer. J’ai vraiment besoin d’un bol d’air.

Elle gémit.

— Tu es devenue beaucoup trop sérieuse. Quoi qu'il en soit, allons nous éclater ! Voyons où la nuit nous mène. Ça fait trop longtemps pour moi : je ne suis pas sortie depuis une éternité !

Ça, c’est la façon dont Kim annonce publiquement qu'elle est prête à dénicher les mecs chauds et baisables.

— Je suis prête à prendre un taxi pour rentrer chez moi. Ne me laisse pas t'en empêcher ! Mais je n'irai chez aucun mec à la fin de la nuit, sauf chez nous, à la maison. Que ce soit clair !

Elle roule sa tête vers la mienne.

— C’est pas possible, ça ! Tu es ma compagne de route jusqu’à la mort. Nous restons ensemble !

— Je suppose que nous nous retrouverons dans nos lits bien chauds ce soir, dis-je en gazouillant.

Le taxi s'arrête devant un immeuble où une file d'attente s'étire jusqu’au coin de la rue. Elle donne de l'argent au chauffeur, nous sortons et nous nous donnons le bras. Nous faisons la queue pendant vingt minutes avant d'être finalement admises dans le bar.

Le « Triple Shots » est bondé. Il y a des cabines, des tables à quatre tabourets et des tables pour consommer debout. La plupart sont occupées. Chaque tabouret du bar est pris par quelqu'un. La salle brille d'une douce couleur rose-violet. Une cabine de DJ est installée dans un coin, à l'avant de la piste de danse. Nous prenons l'un des quatre derniers tabourets au milieu de la salle.

Une serveuse aux seins énormes et au décolleté suggestif s'approche de nous. Sa chemise est nouée, laissant apparaître son ventre. Son short coupé couvre à peine ses fesses et ses cheveux décolorés sont attachés en queue de cheval. Elle s'écrie :

— Ce sera quoi pour vous mesdames ?

— Deux verres de tequila, et je prendrai un Captain and Coke. Et toi Brenna ? répond Kim.

— Capitaine and Coke, ça marche aussi pour moi, merci.

Le serveur s'en va et Kim arpente la salle. Je fais de même. Si je devais deviner l’âge des gens ici, je dirais que tout le monde a moins de trente ans.

Kim lance :

— Il est encore tôt. Dans une heure environ, ça sera super chargé ici !

Je n'en doute pas. Le bar est manifestement le nouvel endroit à la mode. Je lui demande :

— Depuis quand est-ce que ce bar est ouvert ?

Kim secoue la tête sans comprendre.

— Quoi ?! m'écrié-je.

— Dieu merci que tu as dit non à Brad ! Ta vie n'aurait été qu'une succession d'événements ennuyeux.

Je me passe les mains sur le visage et gémis.

— Je croyais qu'on n'allait pas parler de lui toute la nuit, non ?

— Désolée. Non, pas du tout. Mais cela fait trois mois que ce bar est ouvert, m'informe-t-elle.

La serveuse dépose nos shots et nos boissons. Je lui donne de l'argent et elle s'en va.

— La prochaine tournée est pour moi ! déclare Kim en se léchant le poignet.

Je fais de même, je saupoudre de sel et pêche le citron vert. Nous tenons nos shots en l'air.

Kim s’écrie :

— À la liberté !

— Amen ! renchéris-je. Nous faisons tinter nos shots, je lèche le sel, jette la tequila dans ma bouche, avale et mords le citron vert en grimaçant.

Kim fait de même puis se penche plus près.

— Quand as-tu su que c'était fini avec Brad ?

Je hausse les épaules, puis trinque à nouveau.

— J'ai essayé de me convaincre de rester avec lui pendant au moins un mois.

— Pourquoi ça ?

— Je ne sais pas. Chaque fois que je pensais que c'était fini, il se rachetait, et je me disais que c'était un bon gars. Je bois une autre gorgée de mon verre, puis avoue : En plus, je savais que ma mère allait en avoir le cœur brisé.

Kim arque les sourcils.

— Ta mère devrait le baiser, alors !

Je lui frappe le bras du dos de ma main.

— Arrête, c’est pas drôle !

— Au moins, ton père est normal lui, dit-elle en guise de taquinerie.

Mais c'est vrai en fait. S'il n'avait pas été là pour me faire garder les pieds sur terre, j'aurais tué ma mère à l'heure qu'il est. Ou peut-être que je serais devenue une personne différente de celle que je suis. Une personne dont ma mère serait fière au lieu d'être constamment déçue.

Je me tourne vers la piste de danse. Elle était vide lorsque nous sommes arrivées, mais plusieurs personnes s'y trouvent maintenant.

— Je me suis sentie mal en fait. Tout le restaurant nous regardait pendant sa demande.

Kim fronce le nez.

— Argh ! Je ne comprends pas pourquoi les hommes font ça. Cela semble si peu romantique de faire sa demande en mariage devant un groupe de personnes, sans parler d'une pièce remplie d'étrangers !

Je ne peux pas ne pas être d'accord avec elle, et ajoute :

— Eh bien, tu connais Brad. Tout devient un spectacle pour lui. Tu aurais dû voir la bague !

— Quelle était sa taille ?

— Énorme !

Kim me donne un coup de coude.

— Quoi encore ?

— Tu aurais dû prendre la bague et rompre avec lui. Tu aurais pu en faire un collier ou quelque chose comme ça.

— Kim, enfin ! T’as pas honte ? la réprimandé-je en riant.

— Quoi ? Tu pourrais aussi bien obtenir quelque chose en compensation pour les six mois que tu as passés avec lui, non ? dit-elle en guise de taquinerie.

— Ha ha ! Que c'est drôle, ça ! Je remue les pailles dans mon rhum. Je ne peux pas m'imaginer porter quelque chose d'aussi grand et d'aussi voyant. C'est un autre signe que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre en fait. Peu importe le nombre de fois où je lui ai dit que je n'aimais pas ce genre de bijoux, il ne m'a jamais écoutée.

Elle termine son verre et fait signe au serveur de nous apporter une autre tournée.

— Au moins, on pourra te trouver un mec cochon et sexy au lieu de M. Country Club. Elle parcourt à nouveau la salle du regard.

Je la préviens :

— Je te l'ai bien dit. Je ne suis pas ici pour rencontrer des mecs ce soir. Ne m'impose personne ! C'est la dernière chose dont j'ai besoin en ce moment. Mes priorités sont de finir l'école d'infirmières, de trouver un bon job, puis peut-être de recommencer à sortir avec des hommes. Mais après !

Les lèvres de Kim se retroussent en un sourire narquois.

— Qui a parlé de sortir avec quelqu'un ? Que dirais-tu d'une nuit chaude pour te rappeler ce qu'est une bonne partie de sexe ?

Je penche la tête.

— Je n'ai jamais dit que Brad était mauvais au lit.

Kim soupire.

— Oh, arrête, s’il te plaît ! Je doute fort que M. Country Club ait été généreux avec toi. Je suis sûre que tout tournait autour de lui, comme tout le reste de sa vie d’ailleurs.

Je reste silencieuse, ne pouvant pas nier ça non plus. Le sexe avec Brad n'était pas mal, mais Kim vient de mettre le doigt sur le vrai problème. Pourtant je lui déclare :

— Je n'aime pas les aventures d'un soir. Tu le sais bien.

Elle gémit.

— Il faut que tu te remettes en selle, là.

— Hé, je ne juge pas. Mais franchement, tout ça n'est pas pour moi.

— Pourquoi pas ?

Je me dandine un peu sur mon tabouret.

— Premièrement, je n'ai jamais rencontré quelqu'un avec qui je voulais passer une nuit, et deuxièmement...

— Deuxièmement quoi ?

Mon visage s'échauffe.

— Je ne sais pas. Je pense juste que ce serait trop bizarre.

— Bizarre comment ?

La serveuse dépose d'autres boissons et Kim paie.

Je continue :

— Qu'est-ce que tu lui dis quand c'est fini ? Merci de m'avoir baisée, maintenant pars ?

Kim rit.

— Eh bien, je suppose que tu pourrais faire ça, oui. D'habitude, je dis au gars que je dois me lever tôt, puis je m’en vais, ou alors ça lui donne l'idée de foutre le camp de chez nous.

Je sursaute.

— Aïe ! C'est dur ça. Ouais, en fait j’pourrais pas faire ça.

— Et si le mec était canon et qu'il te regardait comme s'il voulait te manger au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner ? demande Kim avec nonchalance.

Mon cœur se serre. Je me tortille à nouveau sur mon tabouret.

— Tu vois, ça n'arrivera pas. En théorie, ça a l'air chaud, mais les hommes ne regardent pas vraiment les femmes de cette façon-là. Et s'il y a des mecs comme ça, eh bien je suis sûre qu’on ne va pas les rencontrer ce soir !

— On fait un pari ? La perdante lavera la vaisselle pendant une semaine. Elle me tend la main.

Je jette un coup d'œil dans la salle et décide qu'elle va perdre.

— Très bien. C'est à toi de jouer alors ! Je lui serre la main et nous avalons nos shots d’un trait.

Dès que nous posons nos verres et finissons de sucer nos citrons verts, Kim glisse son bras autour de mon épaule.

— Tu ne devrais pas faire des paris que tu ne peux pas gagner.

Mon pouls s'accélère.

— Qu'est-ce que tu racontes là ?

— Ne regarde pas maintenant, mais le gars dans le coin sombre là-bas voudrait bien prendre un échantillon de toi à chaque repas.

Je me fige.

— Qu'est-ce que tu délires encore ? Où ça ?

— Ne regarde pas ! Tout au bout du bar, vers la porte.

Je tourne sur ma chaise et mon cœur tressaille plusieurs fois de suite. Des papillons déploient leurs ailes et s'envolent à l'intérieur de mon ventre, me faisant tourner la tête.

— J'ai dit de ne pas regarder ! s'écrie Kim.

Je l'ignore, incapable de comprendre quoi que ce soit. Debout contre le mur, fixant intensément son regard sur moi, se tient un homme grand et bien bâti. Son tee-shirt s'étire sur son torse à la perfection, narguant le monde environnant de ses muscles bien saillants. Son visage est ciselé et, contrairement à l'apparence de Brad, qui a l'air tout droit sorti d'un country-club ou d'un gars appartenant à une célèbre fraternité universitaire, cet homme-là arbore un air dangereux. Des tatouages descendent le long de son bras. L'un d'eux dépasse de son tee-shirt, comme si l'artiste avait pris un pinceau et avait tracé des traits jusqu'au milieu de son cou.

Un autre bel homme s'approche de lui et lui tend un verre. Il le prend, garde ses yeux rivés sur les miens, ne dit rien à son ami et s'approche de moi.

Chaque pas qu'il fait rend ma respiration plus difficile encore. Lorsqu'il arrive enfin à notre table, je retiens à peine l'oxygène et mon cœur s'emballe. L'air autour de moi devient si électrique que ma peau en bourdonne. Personne d'autre que nous deux ne semble exister dix mètres à la ronde.

Ses lèvres se retroussent légèrement. Il pose sa main sur le dossier de la chaise à côté de moi. Soudain, la voix la plus sexy que j'aie jamais entendue s’adresse à moi et demande :

— Lass, ce tabouret-là est-il occupé ?

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