Le Chasseur Implacable: Une sombre romance mafieuse (Guerre des Mafias t. 10) (French Edition)

Chapitre 2

2

 

Finn

 

U ne mer d’azur apparaît sous ses longs cils. De légères taches de rousseur parsèment ses pommettes. Ses lèvres rose pâle et pulpeuses se retroussent, mettant en valeur une fossette qui essaie de sortir, ce qui fait battre mon cœur plus fort encore. Elle se redresse, tordant inconsciemment une mèche de ses longs cheveux blond-fraise.

— Non, bien sûr. Asseyez-vous ! Vous aussi, dit une autre femme.

Je détourne les yeux de la luciole devant moi, momentanément seulement, pour découvrir son amie en train de regarder Maksim tout en battant des cils. Je fais glisser la chaise et m'assois, en me disant qu'il me faut rester calme. Dès que cette femme est entrée dans le bar, mes veines se sont mises à bourdonner. Plus je l'observais, évaluant chacun de ses mouvements, souhaitant que son sourire ou son rire réapparaisse, plus ma bite devenait dure, à tel point que mes couilles me faisaient souffrir. Dès qu'elle avait établi un contact visuel avec moi, j’ai su que j’étais fichu.

Elle est magnifique. Je pense qu'elle a un côté irlandais, ce qui est un avantage, mais même si ce n'était pas le cas, j'ignorerai la longue tradition des O'Malley et la ferai mienne. Il y a quelque chose en elle qui va au-delà de ses traits époustouflants, et je ne peux pas expliquer comment je le sais. Je ne l'ai même pas encore entendue parler, mais je le sens.

Une rougeur rosâtre s'insinue sur ses joues. Elle inspire légèrement, écarte les lèvres avant que sa langue ne les effleure.

Je retiens un gémissement. Cette fille est la femme la plus sexy que j'aie jamais rencontrée, et cela n'arrange pas vraiment le gonflement dans mon pantalon. Je pose ma main sur le dossier de sa chaise. Mes doigts effleurent le côté de son biceps. Je me rapproche d'elle et elle frissonne légèrement.

Jésus, aidez-moi !

Elle sent le soleil par temps de pluie, ce qui ne fait qu'ajouter au chaos diabolique qui saisit soudain chacune de mes cellules.

— Je m'appelle Finn. Quel est votre nom ?

Ses lèvres se courbent plus haut encore, intensifiant la douleur agréable à laquelle je ne peux échapper. L'air crépite entre nous. Sa voix dégouline de miel lorsqu'elle répond :

— Brenna.

Je souris.

— Vous êtes Irlandaise ?

Elle arque un sourcil.

— Oui.

— C’est un bonus.

Même avec la musique, son rire fait battre mon cœur à tout rompre. C'est un son que j'aimerais entendre plus souvent, et j'aimerais que nous soyons dans le pub de ma grand-mère plutôt que dans ce bar bruyant. C'est là que je traîne d'habitude, mais Maksim a insisté pour que nous venions d'abord ici, déclarant que celui des O'Malley était de plus en plus vétuste sur l’éventail des choix possibles pour la population féminine.

Je n'avais rien à y redire. Il y a surtout des habituées. De temps en temps, quelqu'une entre et nous surprend, mais ce n'est pas exactement plein de femmes célibataires dans la vingtaine. Et je ne sais pas ce qui se passe avec Maksim, mais il est tendu ces derniers temps. En fait, c’était le cas toute l'année dernière plutôt. Parfois, il disparaît et je dois partir à sa recherche. Souvent, son regard est hostile. Je ne sais pas trop de quoi il s'agit, mais dès que je l'interroge, il se tait. Cela fait longtemps qu'il n'a pas manifesté d'intérêt pour la ville. Alors quand il est venu me chercher au pub ce soir, pour draguer, je n'ai pas refusé. Et maintenant, je vais lui devoir une fière chandelle pour avoir choisi cet endroit en particulier.

Brenna demande :

— Donc je suppose que vous êtes Irlandais, vous aussi ?

— À cent pour cent ! me vanté-je fièrement, en gonflant ma poitrine. C'est plus fort que moi, les O'Malley sont fiers de leur héritage.

L'amusement grimpe sur son visage.

— Mon père l'est aussi. Ma mère a plus d'Anglaise en elle, en revanche.

— Je passerai outre, dis-je en lui faisant un clin d'œil. Bien sûr, j'en entendrai parler par ma grand-mère et le reste de la famille, mais je m'en accommoderai.

Ses joues s'échauffent. Elle reprend son verre.

— Vous vivez à Chicago ?

Ma poitrine se serre en attendant sa réponse. Il y a de fortes chances que les personnes que l'on rencontre dans cette ville ne soient que de passage, surtout en été. Je récite fiévreusement un Ave Maria en silence pendant qu'elle avale son verre.

— Oui. Et vous ?

— Né ici. Jamais parti.

Elle penche la tête.

— Jamais ? Vraiment ?

— Non. J'adore Chicago. Il y a tout pour plaire ici.

Une petite ligne se forme sur son front.

— Mmm... et la plage ?

— Eh bien, nous avons le lac Michigan.

— C'est vrai. Mais ce n'est pas l'océan.

— On dirait bien.

— Pas comme celui qu’ils ont aux Caraïbes.

— Vous y êtes déjà allée ? lui demandé-je.

Elle secoue la tête.

— J'ai toujours voulu y aller depuis que j'ai étudié la géographie à l'école et que j'ai vu une photo.

— Nous pourrons y passer des vacances. Mais nous vivrons à Chicago, lancé-je avec insolence.

Son visage devient aussi rouge qu'une betterave.

— Heu...est-ce que vous venez de dire que nous vivrons ?

Je passe mon pouce sur son épaule.

— Oui, c'est ça. Absolument !

Elle tourne la tête, mais pas avant que je la voie mordiller ses lèvres.

Je me rapproche.

— Vous aimez Chicago, n'est-ce pas ?

Elle croise mon regard et nos respirations se confondent. Le parfum de la tequila et du rhum épicé de son haleine se mêle au houblon de la mienne. Le bleu de ses yeux tourbillonne, comme l'océan qu'elle veut tant aller admirer.

— Et si je ne l’aimais pas, en fait ?

— Je dirais que vous n'auriez pas dit la vérité.

— Ah ouais ?

— Vous êtes une mauvaise menteuse, Brenna. J'espère que vous n'êtes pas avocate. Je jette un coup d'œil à ses lèvres et la surprend à retenir son souffle et à regarder les miennes.

— Comment savez-vous que je mens ?

— Vous avez hésité.

— Pas possible ! Vous avez fait un stage pour détecter si quelqu'un dit la vérité ou quoi ? lance-t-elle en plaisantant.

Je fixe à nouveau ses lèvres et réponds :

— On peut dire ça, ouais.

— Admettons ! Vous faites quoi dans la vie ?

Mes tripes se resserrent. Les O'Malley sont connus dans tout Chicago comme une famille de la mafia. Nous dirigeons cette ville, et ce n'est pas un secret. Mon oncle Darragh est le chef du clan. Je me suis engagé auprès d'eux alors que je n'avais que seize ans. Je réponds :

— Pas mal de choses en fait.

— Quel genre de choses ? demande-t-elle.

— Des choses qu'il vaut mieux ne pas savoir, avoué-je.

J'ai généralement quelques réponses à donner aux femmes lorsque je les rencontre pour la première fois et que la question de ce que je fais dans la vie se pose à un moment donné. Ce n'est pas exactement un mensonge, mais ce n'est pas non plus la stricte vérité. Je leur dis que je suis dans l'entreprise familiale et que j'aide ma grand-mère au pub. Cela semble tellement banal qu'elles n'en demandent pas plus, jusqu'à ce qu'elles découvrent mon nom de famille. C'est alors que toutes les questions fusent.

Mais, pour une raison ou une autre, mon instinct m’intime de ne pas raconter de conneries à Brenna.

Elle jette un coup d'œil sur le tatouage de mon cou, l'étudie.

— De mauvaises choses alors ?

Je lui saisis le menton et l'oblige à me regarder. Elle halète quand je lui réponds :

— Parfois, oui.

Ses yeux s'écarquillent. Le DJ entame une autre chanson, dont le bruit sourd résonne dans l'air. Passe outre ! Ne la laisse pas analyser tout ça ! me le répété-je plusieurs fois, ne voulant pas la perdre à cause de ma confession audacieuse.

— Et vous, vous faites quoi dans la vie ? Vous n’êtes pas avocate, n’est-ce pas ?

Elle inspire un grand coup et secoue la tête.

— Non. Je suis en dernière année d'école d'infirmières.

Mon pouls semble heurter dangereusement mon gosier.

— Vous êtes infirmière ?

— Bientôt, en fait.

Je marmonne :

— C'est chaud, ça… sans me rendre compte que je l'ai dit à voix haute jusqu'à ce qu'elle enroule ses cheveux autour de son doigt et détourne son regard du mien.

Un serveur s'arrête à notre table.

— Puis-je vous offrir une autre tournée ?

— Brenna, vous désirez quelque chose ? demandé-je.

— Non, merci. Je n’ai pas encore fini celui-ci.

Je brandis ma Guinness presque vide.

— Je vais prendre une autre pinte.

— Un autre pour Kim et une vodka, ajoute Maksim.

La serveuse acquiesce et s'en va. Je réalise que je ne me suis jamais présenté à l'amie de Brenna. Je lui tends la main.

— Je m'appelle Finn.

— Et moi Kim.

Maksim tend la main à Brenna et ils échangent leurs salutations.

— Vous avez un accent russe ? demande-t-elle.

— Oui. Maksim avale le reste de sa vodka. Il se rassoit sur son siège. Vous venez souvent par ici, Mesdames ?

— Eh bien, je suis venue ici plusieurs fois. Mais pas Brenna. Elle s'est finalement échappée et m'a laissée la sortir ! déclare Kim.

— Ah bon, échappée ? m’intéressé-je.

Brenna terrasse Kim d'un regard noir, puis se dandine un peu sans se sentir à l'aise.

Kim lève les mains en l'air.

— Quoi ? Ne me regarde pas comme ça ! C'est vrai ! Brad te tenait trop serrée en laisse et de façon totalement ennuyeuse.

Brenna se passe les mains sur le visage, ferme les yeux et gémit :

— Kim ! Enfin, t’exagères !

Mon estomac se retourne. Je demande :

— Qui est ce Brad ?

— Son ex-petit ami qu'elle a finalement largué aujourd'hui. Dieu merci, tu n'as pas accepté sa demande en mariage !

Demande en mariage ? Mon estomac s'arrête de s’agiter et plonge. A-t-elle aimé ce type ? Si elle ne l'a largué qu'aujourd'hui, a-t-elle encore des sentiments pour lui ?

Une expression mortifiée envahit le visage de Brenna. Elle marmonne :

— Pourquoi ne bois-tu pas un peu plus, Kim ? Tu n’as pas soif, soudain ?

— Oh, allez ! se lamente Kim.

Maksim me jette un coup d'œil, puis se lève et tire Kim vers le haut.

— Allons danser !

Elle lui sourit et il la raccompagne.

J'étudie Brenna, ne voulant pas imaginer les sales pattes d'un mec sur elle, mais n'arrivant pas à me sortir de la tête un connard sans visage. J'attends qu'elle dise quelque chose, mais elle se tourne vers la piste de danse et ne dit rien.

Rien à foutre !

Je me lève et la tire, la redressant sur ses pieds.

— Qu'est-ce que...

— Dansons ! Nous avons beaucoup de choses à célébrer, dis-je.

Elle plisse le front, confuse, et demande :

— Ah bon, qu'est-ce que ça pourrait bien être ?

Je m'avance d'un mètre sur la piste en bois, la fais tourner autour de moi et plante fermement la paume de ma main sur le bas de son dos, l'attirant contre mon corps. Mon autre main serre ses cheveux. Sa respiration devient saccadée et des flammes bleues jaillissent de ses yeux, se plantant directement dans les miens. Je me penche à un centimètre de sa bouche, son parfum brûlant délicieusement dans mes narines.

— Vous n’avez pas commis la plus grosse erreur de votre vie en épousant ce type.

Ses yeux se portent brièvement sur ma bouche. Puis elle se concentre à nouveau sur mon regard.

— Comment le savez-vous ?

— Parce qu'il n'est pas moi.

Elle tire délicieusement sa lèvre inférieure sous ses dents. Tout en elle me donne envie de la traîner hors de ce bar et de l'emmener chez moi. Mais c'est trop tôt. Elle est visiblement encore trop bouleversée par ce récent épisode, et cela inclut aussi une petite dose d'anxiété.

Je me retiens, embrasse son front, puis la fais tourner.

Surprise, elle rit, s'illuminant comme une luciole, comme tout à l'heure lorsque je l'observais de l'autre côté de la pièce.

Nous dansons sur toutes les chansons du DJ. La serveuse vient plusieurs fois avec ses shots, mais nous n'y participons même pas. Au lieu de cela, nos corps se balancent ensemble, en parfaite synchronisation. Tous les morceaux sont rapides, jusqu'à ce qu'un slow arrive enfin. J'enlace mes bras autour d'elle, gardant ma bouche près de son oreille, et lui demande :

— Je peux t'inviter à sortir demain soir ?

Elle se fige, son corps se raidit.

Je l'embrasse légèrement sous l'oreille.

— Pourquoi ne dis-tu pas oui, ma luciole ?

Son souffle chaud touche la courbe de mon cou, provoquant des picotements jusqu'à mes orteils. Elle appuie sa tête sur ma joue.

— Luciole ?!

— Oui, quand j'étais gosse, j'étais obsédé par les lucioles. Je les attrapais dans des bocaux et les regardais briller toute la nuit. Tu me les rappelles. Tu illumines cette pièce et cette piste de danse. Alors, je pourrais m'asseoir et être heureux en te regardant briller toute la nuit, lui avoué-je.

Son corps se détend un peu.

Je passe mon pouce derrière son oreille. J'essaie à nouveau :

— Dis-moi que je peux te faire sortir demain soir !

— Je... euh... soupire-t-elle, et un souffle lourd frappe mon oreille. Je viens à peine de cesser une relation. Je ne sais pas si je devrais sortir avec quelqu'un juste maintenant.

J'ignore la façon dont l'air devient subitement vicié dans mes poumons. Je tire sa tête en arrière pour que mes lèvres ne se trouvent plus qu'à quelques centimètres des siennes, et la fixe intensément du regard.

— Tu l'aimes ?

Elle se pince les sourcils.

— Non.

— Tu penses que tu vas te remettre avec lui ?

Elle secoue la tête.

— Non.

— Tu en es sûre ?

— Oui.

— Alors quel est le problème ?

Elle déglutit difficilement et je me rends compte qu'elle est aux prises avec la peur.

Je l'éloigne de la piste de danse jusqu'à ce que nous soyons dans le coin à l'arrière du bar, l'endroit le plus éloigné du DJ. Je la plaque contre le mur et enveloppe mon corps autour du sien.

Sa poitrine se soulève et s'abaisse plus rapidement pendant qu'elle attend, alors que monte en elle le puissant mélange bleu d'hésitation, de confusion et d'un désir qui a grandi toute la nuit avec chaque regard qu'elle me lance, sans jamais s'éloigner de moi.

— Tu ne l'aimes pas. Tu ne te remettras pas avec lui. Alors quel est le problème ? Ne dis pas que je ne t'attire pas ! Je le vois. Je le sens. Alors dis-moi pourquoi tu penses que tu ne peux pas sortir avec moi ! exigé-je.

Elle ouvre la bouche pour parler, puis la referme. Ses yeux se posent sur mon cou.

— Tu n'aimes pas mon tatouage ? lui demandé-je.

Elle tend la main et en trace les contours sublimés à l’encre.

— Si, c'est magnifique !

Sous ses doigts, des étincelles parcourent ma peau. Je me rapproche et lui relève le menton.

— Brenna, qu'est-ce qu'il y a ?

— Ce n'est pas… Elle ferme les yeux et je me retiens de l'embrasser. Elle les ouvre et se lance : Je me suis dit que je me concentrerais sur les études et que...

— Et que ?

— Je ne sais pas. Il faut que je respire. Elle grimace.

Je lui lance :

— Je n’interférerai pas avec tes études. C'est ce qu'il a fait, lui ?

Elle hausse les épaules et secoue la tête.

— Je ne sais pas. Il...

— Il quoi ?

— Il ne voulait pas que je travaille.

— Et tu veux travailler, toi ?

— Oui.

— D'accord. Je ne t'en empêcherai pas. Je fais glisser mon doigt sur ses lèvres. Je ferai même semblant d’être ton patient si tu as besoin de t'entraîner. Je remue les sourcils.

Elle essaie de ne pas sourire mais finit par rire.

Je continue, mes lèvres effleurent les siennes, l'électricité explose autour de nous.

— Es-tu en train de dire que tu ne peux pas respirer en ma présence ?

— Je…

La musique s'arrête, une femme hurle et le bar explose en centaines de bris de verre. Les hommes crient et les clients se précipitent vers la porte. Je me tourne vers la piste de danse, et Maksim s’y trouve au milieu d'une bagarre avec quatre voyous, ses poings volant dans tous les sens.

Kim est à quelques mètres, hurlant pour qu'ils s'arrêtent.

— Reste ici ! Je lâche Brenna et vole vers la piste de danse, arrachant un voyou du dos de Maksim et lui assénant un violent coup de poing sur le crâne. Il s'écroule, et j'esquive quand son ami me donne un coup de poing. Il se précipite sur moi et son corps me heurte le torse, mais j'ai l'habitude du combat. Tous les hommes des O'Malley grandissent dans la salle de sport, entraînés à se battre. Maksim n'est pas non plus étranger à l'idée de se défendre.

Il élimine un homme et nous poussons les assaillants l'un contre l'autre, de sorte que leurs têtes se heurtent à celles des autres. Ils tombent au sol. Le premier gars que j'ai mis sur la touche se lève et me lance une bouteille de bière cassée, me tranchant le bras.

Brenna crie et je jette un coup d'œil dans sa direction, craignant qu'elle ne soit blessée, mais Kim la protège de son bras pendant qu'elles regardent.

Mon court moment de distraction permet au type d'entrer à nouveau en contact avec moi, et il m'assène un crochet du droit sur le nez. Du sang jaillit de mes narines et Brenna hurle à nouveau.

Cette fois-ci, le véritable animal qui est en moi se réveille. La bête que j'ai appris à contrôler, celle que je garde en cage et que je cache au monde, s'élance vers mon ennemi. Je le mets à terre avant de lui asséner tant de coups de poing sur le visage qu'il en devient méconnaissable.

Tout autour de moi semble se réduire à un tunnel jusqu'à ce que la police crie dans un mégaphone de nous mettre à terre ou alors ils ouvriront le feu.

Je parviens tant bien que mal à contenir la rage incontrôlable qui anime la moindre de mes cellules et m'allonge finalement sur le sol. Du coin de l'œil, je distingue Brenna, horrifiée. Ses yeux bleus rencontrent les miens, pleins de larmes et de quelque chose d'autre que je ne veux pas reconnaître.

Mon cœur saigne, ne sachant pas comment m'occuper d'elle pour qu'elle ne soit pas angoissée, mais une prise de conscience plus profonde me frappe. Je ne peux pas faire semblant de ne pas savoir ce qui se cache derrière son expression désemparée.

Elle a vu le monstre que je suis. Ce n'est pas moi qui lui ai dit ce que j'étais capable de faire. Elle en a été témoin, concrètement. Si la police n'était pas venue, j'aurais tué ce mec. Le démon qui réside en moi, elle l'a vu. Et la prise de conscience qu'elle a affichée dans ses yeux quand la police me fait passer devant elle me fait me détester.

On me lit mes droits et les policiers me poussent à l'arrière de leur voiture. Maksim est déjà à l'intérieur. Nous restons silencieux jusqu'à ce que nous passions par la procédure d'enregistrement et que nous soyons jetés dans une cellule ensemble. Deux autres hommes occupent déjà l'espace, et nous les ignorons, nous blottissant dans un coin.

— Qu'est-ce qui s'est passé, bordel ? demandé-je.

Maksim renifle fort. Il jette un coup d'œil au plafond.

J'attrape sa chemise.

— Ne t'avise pas de me faire ça ! Pas maintenant ! J'ai passé un an à subir ton silence. C’étaient qui ces mecs, putain ?

Il me repousse et ses yeux bleus se transforment en glace.

— Les Petrov.

Le sang quitte subitement mon visage. La mafia russe n'est pas le genre de partenaire avec qui on peut jouer. Mon oncle Darragh nous a toujours dit de nous tenir à l'écart et de ne pas créer de problèmes avec ces gars-là. Je baisse la voix.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Rien.

— Maksim, grogné-je, j'en ai assez de tes cachotteries permanentes !

Il secoue la tête et marmonne :

— Ils m'ont sauté dessus.

— Pourquoi ?! insisté-je, déterminé à obtenir enfin une réponse.

Quelque chose d’étrange et de sombre passe alors dans son expression. Cela me fait peur, et je ne sais pas pourquoi. Pourtant, aussi vite que c'est arrivé, c'est déjà reparti. Il finit par répondre :

— Je suppose que j'ai refusé leur offre de rejoindre Zamir.

Zamir dirige les opérations des Petrov aux États-Unis. J'ai la chair de poule en pensant à Maksim qui doit faire face à ces menaces.

— Ils s'en prennent aussi à tes frères, c’est ça hein ?

Son silence en dit long. C'est une question stupide de ma part. Bien sûr que c’est le cas !

Je lance :

— Nous devrions le dire à Darragh. Voir s'il peut nous aider.

Maksim grogne puis renifle à nouveau.

— Non. Il n'y a aucun moyen de l'éviter. Je suis Russe. C'est une bataille permanente, et tu le sais. Il n'y a rien que Darragh ou qui que ce soit d'autre puisse faire.

— Mais...

— Laisse tomber ! grogne-t-il.

Je décide de faire marche arrière. Je ne sais pas ce que c'est que d'être à sa place. Mais si c'est pour cela qu'il est resté distant cette année qui vient de passer, je ne peux pas lui en vouloir. Les Petrov ne sont pas des gens que l'on veut énerver. Et depuis que le père de Maksim est mort, il doit s'occuper de ses quatre frères.

Un long moment s'écoule. Je sais que ce n'est pas gagné, mais je dois retrouver Brenna. Je demande :

— Par hasard, Kim aurait-elle mentionné le nom de famille de Brenna ou l'endroit où elle vit ?

Maksim se balance d’un pied sur l’autre.

— Non.

Nerveux, je me tire une mèche de cheveux.

— Super !

Maksim s'approche des barreaux et ses épaules s'affaissent. Je le rejoins et passe ma main autour des barreaux. Il marmonne :

— J'ai toujours eu pour objectif de ne pas me retrouver derrière ces barreaux-là.

— A qui le dis-tu !

Soudain, un gardien apparaît, se dirige vers la cellule et déverrouille la porte.

— Ivanov ! O'Malley !

Je donne une tape dans le dos de Maksim.

— N'en faisons pas une habitude, cependant !

Il grogne.

— Ce n'est pas prévu de sitôt.

J’emboîte le pas au gardien, me jurant deux choses. Je ne mettrai plus jamais les pieds dans une autre cellule et je ferai tout ce qu'il faut pour retrouver Brenna.

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