Les dieux du campus Tome 2 - Sander

F.V. Estyer · Chapitre 19 sur 44

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Les dieux du campus Tome 2 - Sander

18 - Jeremiah

18

 

 

JEREMIAH

 

La maison est étrangement calme lorsque je passe la porte d’entrée après mon service au restaurant. Je suis le seul de mes colocataires – et coéquipiers – à être encore sur le campus. Carter et Blake doivent avoir embarqué pour Cancún, et Scott est sûrement en train d’avaler les derniers kilomètres qui le séparent de sa destination. Et de la mienne. J’ai eu beau aller voir Dante pour lui annoncer que j’avais changé d’avis et que je préférais ne pas venir, il n’a pas accepté ma réponse.

— Mec, tu viens. Fin de la conversation.

J’ai eu beau arguer que ce n’était pas une bonne idée, que je n’avais pas envie de gâcher les vacances de Sander, tout ce qu’il a rétorqué, c’est :

— Ce camp fait des centaines d’hectares. Pour un peu, vous ne serez même pas obligés de vous croiser.

Évidemment, ses mots ne m’ont pas convaincu une seule seconde. Nous savions tous les deux qu’à moins de m’isoler dans les bois, je passerais plusieurs heures en compagnie de son frère. Constatant que mon plan A avait foiré, j’ai voulu passer au plan B : avertir Sander de l’invitation de Dante et le laisser se démerder avec lui pour m’évincer. Je sais qu’il l’aurait fait. Tout comme je peux déjà imaginer sa tête quand il me verra.

Cette pensée ne me quitte pas tandis que, prêt à prendre un peu de repos avant de tailler la route, je me glisse sous mes draps alors que la nuit tombe. Elle ne m’a toujours pas quitté lorsque j’avale mon thé ce matin, que je balance mon sac dans mon coffre et que je laisse le campus endormi. Mon sommeil a été chaotique, mais j’ai promis à Dante d’être là en début d’après-midi, alors je ne peux plus différer mon départ.

Je peux presque entendre la voix de Sander résonner dans ma tête. Qu’est-ce que tu fous, Marner ? T’es pas le bienvenu ici. Rentre chez toi. Même si je suis persuadé du contraire, je pourrais être surpris. Après tout, ces dernières semaines, Sander et moi avons atteint un certain statu quo. Certes, c’est loin d’être de l’amour fou, pas même l’amitié que nous avons autrefois partagée et que nous ne retrouverons jamais, mais j’ai l’impression que les limites entre notre haine et le désir que nous ressentons l’un pour l’autre sont de plus en plus floues. Ces sentiments contradictoires, je peux presque les sentir nous envahir lorsque nous nous retrouvons dans la même pièce et que nos regards se verrouillent un peu trop longuement. Parfois, je dois lutter pour ne pas le plaquer contre un mur et l’embrasser. Parce que j’en meurs tellement d’envie que c’en est douloureux, mais peut-être pas autant que le serait sa réaction s’il venait à me repousser. Alors nous tâtonnons, essayant chacun de mettre de l’eau dans notre vin pour nous entendre, même si je suis conscient qu’il ne faudrait pas grand-chose pour nous faire basculer.

Lorsque j’arrive devant l’immense barrière en bois du domaine, j’avise plusieurs voitures garées dans l’herbe, dont la Jeep de Leander et la Mustang de Dante. Mon estomac se noue. Encore une fois, j’hésite à faire demi-tour, ce qui serait vraiment très con après avoir roulé pendant près de huit heures. Je me rencogne sur mon siège et passe une main dans mes cheveux, essayant de calmer le tremblement soudain de mes mains. J’attrape mon téléphone et appelle Dante pour le prévenir que je suis arrivé.

— Ne bouge pas, je suis là dans trente secondes.

En effet, il ne faut pas longtemps pour que j’entende le bruit d’un moteur avant de voir Dante débouler sur un quad. Il me fait signe avant de déverrouiller le portail fermé par un lourd cadenas en fer et de me laisser entrer. Je me gare à côté de la Jeep de Leander, et à peine suis-je sorti de la voiture que mon regard embrasse les hectares de terrain qui m’entourent. Mon souffle se coupe lorsque je découvre les centaines d’arbres formant un bois, ainsi que l’immense lac scintillant dans le lointain. Le vent porte des rires jusqu’à moi, rapidement étouffés par le bruit du véhicule de Dante.

— Allez, grimpe.

Je récupère mon sac dans le coffre et, après une dernière inspiration, saute derrière mon chauffeur. Voilà, il est trop tard pour reculer, désormais.

Durant le court trajet jusqu’au bâtiment principal tout en bois, je ne sais plus où donner de la tête. Cet endroit est incroyable.

Des visages souriants me saluent lorsque je m’avance vers eux. Leander m’offre une accolade, tandis que Chase et Scott me font signe depuis le Jacuzzi dans lequel ils se prélassent.

— Tu as fait bonne route ? demande Leander en me tendant une bière que j’accepte avec gratitude.

Peut-être qu’elle m’aidera à ôter la boule qui me noue la gorge.

— Ouais, mais j’ai la dalle.

— Ça tombe bien, déclare Dante en passant un bras autour de mon épaule. Knox est en train de s’occuper du barbecue.

Il n’est pas loin de quatorze heures, mais je suppose qu’ils ont dû arriver tard hier et faire la grasse matinée. Je tourne la tête, cherchant Sander du regard malgré moi. Il n’est nulle part en vue.

— Il est au lac avec Nyx, Eva, et Dee, murmure Dante à mon oreille.

Ils se baignent ? Certes, le soleil est radieux, mais il fait tout de même froid.

— Tu veux faire le tour du propriétaire et déposer tes affaires ? Je vais te montrer ton chalet.

Mon chalet ? C’est une blague ?

Apparemment non. Nous remontons sur le quad pour traverser une vaste étendue herbeuse jusqu’à une rangée de petites cabines en bois. J’en compte sept en tout, dans ce coin du parc. Peut-être y en a-t-il ailleurs.

Docilement, je suis Dante jusqu’à la mienne. Lorsque je pénètre à l’intérieur, je remarque qu’elle est inoccupée. Aucune fringue ne traîne, indiquant que quelqu’un d’autre dormirait ici.

— Estime-toi chanceux, tu as le chalet pour toi tout seul.

Je souris en avisant son visage amusé.

— Merci, mec.

— Arrête de me remercier. Ça me fait plaisir que tu sois là.

— Pas sûr que ce soit le cas de tout le monde, ne puis-je m’empêcher de grommeler.

Plus les minutes défilent, plus le stress monte.

— Eh. Tu es mon invité, je me fous de ce que mon frère en pense.

J’aimerais me convaincre que je m’en fous tout autant, mais la vérité, c’est que je flippe. J’aimerais que cette semaine nous permette de… Je ne sais pas vraiment, en fait. Nous rapprocher ? Parler à cœur ouvert ? Cette simple idée me fait grimacer.

— Allez, viens. Allons dire bonjour aux filles.

Et à Sander, même s’il ne le dit pas. Je sens que je vais rapidement m’en mordre les doigts.

Je comprends vite l’intérêt des quads pour circuler dans le domaine. Même si tout est faisable à pied, le camp est tellement étendu que le véhicule est un gain de temps important.

Une fois devant le lac, on rejoint les filles qui sont sorties de l’eau et discutent sur l’herbe, emmitouflées dans des serviettes.

— Tu nous rapportes à boire ? demande Eva en avisant Dante.

— Mieux que ça, répond-il en se poussant pour qu’elles me voient.

Le visage d’Eva s’illumine et elle se relève avec agilité avant de me foncer dessus. Ses bras s’enroulent autour de mon cou et je la serre contre moi.

— Je ne savais pas que tu viendrais ! murmure-t-elle.

— J’ai hésité, pour être honnête.

Je finis par la relâcher et plisse les yeux en entendant le bruit d’un jet-ski fendant l’eau. Mon cœur rate un battement en découvrant Sander filer sur le lac, éclaboussant tout autour de lui.

— Je crois que le déjeuner est bientôt prêt, les filles. Vous venez ?

Dee et Nyx se lèvent. Alors que cette dernière passe devant moi, elle me fait signe de me pencher vers elle. Elle est si petite que je dois presque me plier en deux pour être à sa hauteur.

— C’est ta chance, Jer. Et la sienne aussi. Ne vous entretuez pas.

J’ai à peine le temps de comprendre ce qu’elle a voulu dire que tout le monde s’éclipse, me laissant seul. Seul ? Pas vraiment.

Doucement, je m’approche de l’eau, et observe Sander faire des pirouettes avec son jet-ski. Je m’attarde sur ses cuisses puissantes, ses cheveux mouillés qui rebiquent dans tous les sens. Je profite du fait qu’il ne m’ait pas encore remarqué pour me gorger de la vision de ce type ne portant pour tout vêtement qu’un short de bain, de ses épaules nues et carrées, de son dos musclé, de ses fesses parfaites tandis qu’il se penche vers l’avant.

Je suis tellement perdu dans ma contemplation que je ne remarque pas que le moteur s’est arrêté, plongeant le lac dans un silence total. Je cligne des paupières.

Lorsqu’il approche de la rive, je manque de m’étouffer avec ma salive. C’est la première fois que je le vois torse nu, des gouttes d’eau dévalant sa peau et, alors que mon regard s’attarde sur ses pectoraux bien développés, sur ses abdominaux ciselés, sur ce V qui m’oblige à baisser les yeux jusqu’à son short… je commence à bander. Une érection qui se flétrit aussi vite qu’elle est apparue lorsque je remonte vers son visage et croise son regard vert braqué sur moi.

— On peut savoir ce que tu fous là ?

Je l’aurais parié.

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