Les dieux du campus Tome 2 - Sander

F.V. Estyer · Chapitre 35 sur 44

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Les dieux du campus Tome 2 - Sander

34 - Jeremiah

34

 

JEREMIAH

 

Je me fige en entendant les mots prononcés par Sander, en discernant la douleur dans sa voix chaque fois qu’il prononce le prénom de Parker. Lui m’observe, le regard empli d’espoir, comme s’il attendait que je lui dise que tout ira bien, que je suis prêt à accepter de dévoiler une partie de moi que j’ai toujours préféré taire. Mais ce n’est pas le cas. Loin de là.

Et pas uniquement à cause de toutes les répercussions que ça pourrait avoir sur ma vie et mon futur, mais aussi parce que je ne suis pas sûr de lui.

— Qu’est-ce que tu cherches à me dire ?

Il pousse un nouveau soupir, croise les bras sur son torse.

— Je…

Il passe une main dans ses cheveux, me laissant deviner sa frustration. Elle fait écho à la mienne. Celle de me dire que nous sommes incompatibles sur un point. Mais qu’il s’agit d’un point crucial.

— Je ne sais pas, Jer. J’aimerais… que tu te libères.

Il a conscience de me demander un gros sacrifice. Je pourrais y réfléchir, si seulement… Je souris tristement en secouant la tête. C’est ridicule, je connais Sander depuis bientôt deux ans, je l’ai vu changer de partenaire comme de chemise. Je sais que cette chemise, ça finira par être moi. Je suis déjà surpris que nous deux, ça dure depuis si longtemps. Cette pensée me donne envie de ricaner, parce qu’en réalité, ça fait à peine deux semaines. Certes, le désir couve depuis bien plus longtemps, mais je pensais qu’une fois que nous l’aurions assouvi, nous passerions à autre chose. Je me raccroche toujours à cette idée pour réfréner mes sentiments naissants, qui ne cessent de vouloir s’affirmer. Le jour où ce que nous partageons se terminera, je n’ai pas envie de souffrir.

— Je ne suis pas prêt à être celui que tu attends de moi, Sander.

Les mots me brûlent la gorge, mais je les lui dois. Je n’ai pas l’intention de faire des promesses que je serai incapable de tenir. Notre fin arrivera peut-être encore plus tôt que je ne le crois.

La serveuse arrive à cet instant avec nos boissons. Sander lorgne la sienne comme s’il espérait y découvrir les secrets de l’univers.

— Tout va bien ? demandé-je.

Il secoue la tête et mon cœur se serre. Puis il se fissure lorsqu’en sortant son téléphone pour lancer l’application Uber, il poursuit :

— En fait, je crois que je ferais mieux de rentrer.

— Sander, s’il te plaît.

Il ne m’écoute pas. Il se lève, dépose un billet sur la table, s’excuse auprès de la serveuse et commence à slalomer entre les tables. Il a sûrement envie d’être tranquille, mais j’ai l’impression que si je le laisse partir maintenant tout sera terminé.

Une part de moi se demande si ce ne serait pas un mal pour un bien. Si ce ne serait pas mieux d’arrêter tout de suite. Parce que plus on attendra, plus ce sera difficile. Ça l’est déjà, pour être honnête. L’idée de ne plus pouvoir le toucher, l’embrasser, le serrer dans mes bras… de ne plus l’entendre rire, me fout en l’air. Arrête tes conneries et cours-lui après, putain !

Si tout doit se terminer ce soir, je ne veux pas que ce soit en restant en plan dans un restaurant. Je me lève à mon tour, devant la serveuse qui n’a pas bougé et m’observe, puis je sors de l’établissement à la suite de Sander. Je le retrouve sur le trottoir, une main dans sa poche, l’autre tenant son téléphone qu’il scrute comme si sa vie en dépendait.

— Annule ton Uber.

— Jer…

Je m’approche d’un pas, lui arrache son portable et décide de le faire à sa place. Sander ne bronche pas. Lorsque je lève la tête vers lui, je suis surpris par le léger sourire qui ourle ses lèvres.

— Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?

— Rien, répond-il en haussant les épaules. J’ai juste l’impression de me retrouver dans un film.

Sans attendre de réponse, il se dirige vers le parking où est garée la voiture. Je le suis en silence, les rouages de mon cerveau tournant à cent à l’heure.

— Dommage qu’il ne pleuve pas, dans ce cas, finis-je par dire quand nous nous retrouvons devant la caisse.

— Pourquoi ?

— Les ruptures sous la pluie sont plus… Tu sais… Mélancoliques.

— Les ruptures ? répète-t-il.

— Ouais, avec l’eau qui se mêle aux larmes. Pas que je compte chialer, mais…

— De quelle rupture tu parles, exactement ?

Est-ce qu’il est sérieux ?

— De la nôtre.

Sander pouffe de rire. Un rire un peu hystérique. Un rire sans aucun humour.

— Alors, c’est tout ? On se prend un peu la tête, et toi… toi, tu… tu es prêt à tout jeter comme ça ?

— Je…

Je suis totalement à court de mots. Une prise de tête ? C’est tout ce que c’était ? Est-ce que je me suis fait des films ? Est-ce que j’ai pensé au pire sans aucune raison ?

— Je pensais que tu te serais battu un peu plus que ça, finit-il par déclarer.

Je m’approche de lui, me rendant compte que j’ai été stupide. En fait, non, je crois que j’ai surtout flippé.

— J’ai cru…

Je me racle la gorge et reprends :

— Je t’ai dit que je n’étais pas prêt, et tu as décidé de partir, j’ai cru que…

Sander tend les bras et attrape les pans de ma veste pour me rapprocher de lui.

— Je sais. Et je ne te demande pas d’annoncer à la terre entière que tu es avec moi. Je n’attends même pas que tu fasses ton coming out à la fac, ni même auprès de ton équipe. Je n’ai pas le droit de te demander ça.

Il me tire encore davantage vers lui et mon torse percute le sien. Je me plaque contre lui, appréciant de sentir son corps ferme collé au mien.

Je ferme les yeux lorsque sa main se pose sur ma joue.

— Je ne sais pas si c’est le bon moment pour t’annoncer ça, mais… tu me plais, Jer.

Je cligne des paupières tandis qu’un rire m’échappe.

— J’avais compris cette partie. Ou alors tu as un côté masochiste et tu aimes coucher avec des mecs qui ne t’attirent pas.

Je tente de plaisanter, pour mieux gérer les battements de mon cœur qui se sont emballés.

— Justement. J’ai couché avec beaucoup de mecs.

— Merci de me le rappeler, grogné-je.

— Tais-toi et laisse-moi parler.

Je hoche la tête, mon sourire mourant sur mes lèvres lorsque je comprends à quel point il est sérieux.

— Tu me plais, vraiment. Vraiment. Beaucoup. Et je… j’ai du mal à gérer ça. À savoir si c’est une bonne chose.

— Je ne te suis plus.

— J’ai envie d’être avec toi, Jer. Pas pour une nuit ni pour une semaine. Mais vraiment envie d’être avec toi. Ça ne m’était pas arrivé depuis Parker. Sa perte m’a presque tué…

Il laisse retomber sa main et je saisis son poignet pour entrelacer mes doigts aux siens. J’ai envie d’être avec toi. J’ai bien entendu ? Il a dit qu’il avait envie d’être avec moi ? Moi aussi, putain. Tellement que ça me fait mal. Est-ce que les choses ne vont pas devenir trop compliquées ?

Sander a raison, notre histoire ressemble à un film. Un film retraçant une histoire d’amour impossible entre un homme qui refuse de se cacher et un autre qui n’est pas prêt à assumer.

— Et toi, tu t’es pointé, avec ton putain de sourire et ton air sûr de toi… Quand tu m’as repoussé la première fois, je me suis promis de ne pas recommencer les mêmes erreurs, de ne pas craquer pour des types qui n’assumaient pas.

— Alors tu as préféré qu’on se tape sur la gueule, raillé-je, l’incitant à ricaner.

— On peut appeler ça des préliminaires, déclare-t-il avec un clin d’œil.

Je souris, effleure sa lèvre du bout de mon index avant d’y déposer un baiser, doux, chaste, mais un baiser tout de même.

— Je suis désolé pour ma réaction dans le resto. C’est juste que j’ai… j’ai besoin de m’ajuster. Mais je te l’ai dit, je ne suis pas prêt pour plus que ça. Et c’est injuste pour toi.

— Je peux attendre, Jer. J’ai envie de croire que tu en vaux la peine. Qu’on en vaut la peine, toi et moi.

— Mais combien de temps ?

Parce que toute la question est là. Combien de temps avant la prochaine engueulade à ce sujet ? Combien de temps avant que nous finissions par nous faire souffrir ? Que je finisse par le faire souffrir ?

J’ancre mon regard au sien et caresse sa mâchoire, sa joue, son front, glisse ma main dans ses cheveux.

— Je ne sais pas, murmure-t-il. Mais est-ce qu’on peut au moins essayer ? Je n’ai pas envie que tout s’arrête avant d’avoir commencé.

Je hoche la tête et dépose un autre baiser sur ses lèvres.

— Moi non plus.

Peut-être que c’est une connerie, peut-être que ça ne nous mènera à rien de bon, mais moi aussi, j’ai envie d’essayer. Je ne peux pas imaginer ne plus être avec lui.

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