Les dieux du campus Tome 2 - Sander

F.V. Estyer · Chapitre 37 sur 44

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Les dieux du campus Tome 2 - Sander

36 - Jeremiah

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JEREMIAH

 

J’ai promis à Sander de passer à la soirée qu’ils organisent ce soir, mais pour être honnête, je ne suis pas certain d’avoir envie d’y aller. J’aspire juste à comater dans mon lit jusqu’à demain, ce qui est dingue étant donné que je ne l’ai pas vu depuis trois jours. Le championnat a commencé sur les chapeaux de roues, ces derniers jours ont été intenses.

Scott et les autres sont déjà là-bas, et eux non plus n’arrêtent pas de me harceler par message en me demandant ce que je fous. Je devrais être aussi euphorique qu’eux. Nous avons gagné nos matchs. Nous avons tout déchiré. Dans un peu plus d’une semaine, nous nous envolerons vers Boston pour le

Frozen Four 1. J’ai attendu ça durant toute la saison. J’ai donné le meilleur de moi-même pour arriver là où nous en sommes. Mes coéquipiers et moi avons sué sang et eau pour atteindre ce but, pour faire partie des quatre meilleures équipes du championnat. Alors pourquoi est-ce qu’un goût amer me reste en travers de la gorge ?

Peut-être parce que je suis en train de me rendre compte que je ne pourrai pas tenir ma promesse faite à Sander. Ça me tord le bide, me donne envie de chialer. La simple idée de ne plus être avec lui me tue à petit feu. Mais je n’ai pas le choix. Je dois penser à mon avenir. Je ne peux pas laisser mes sentiments grandissants pour Sander m’en détourner. Et je ne sais pas comment surmonter ça. Pire, je ne sais pas comment lui faire face, comment lui avouer que lui et moi, ce n’était qu’une histoire éphémère qui doit prendre fin.

Je passe une main dans mes cheveux et serre les dents, contrôlant mon souffle pour éviter de commencer à paniquer sérieusement. J’aurais dû tout arrêter quand il en était temps. Mais j’en étais incapable, parce que je voulais y croire. Je ne voulais que ça. La possibilité d’un avenir, si court soit-il, tous les deux. Mais ces deux jours de championnat ont agi comme un putain de coup de poing en pleine gueule, me ramenant à la réalité avec une telle force que j’en suis resté sonné. Le hockey, c’est toute ma vie. Je ne sais rien faire d’autre, et je n’ai pas envie de passer le restant de mes jours à servir des burgers à des gosses de riches ni à personne d’autre. Je veux une carrière, je veux pouvoir m’entraîner tous les jours, enfiler des patins, foncer sur la glace devant une foule déchaînée. Je veux rendre ma mère fière de moi, je veux apporter à ma famille tout ce dont nous avons manqué pendant si longtemps.

Qu’est-ce qu’un cœur brisé face à tout ça ? Rien. Un cœur peut guérir. Je suis sûr que je m’en remettrai. Sander aussi. Après tout, il n’a qu’à claquer des doigts pour avoir tous les hommes à ses pieds, pas vrai ?

Je pousse un soupir et me redresse, décidant que retarder le moment de tout lui avouer ne servira à rien. Reculer pour mieux sauter, c’est ce que nous avons fait jusqu’ici. Nous le savions tous les deux. Nous avons simplement préféré nous bander les yeux, rester aveugles à ce qui allait indubitablement arriver.

Et je ne le regrette pas. Je ne regrette aucun de ces moments passés tous les deux. Je ne regretterai jamais d’avoir appris à connaître le vrai lui. Je suis heureux d’avoir donné une chance à notre histoire, aussi courte fut-elle, parce que les quelques semaines que j’ai passées avec lui ont été les plus belles que j’aie jamais connues. Mais je ne peux pas faire semblant plus longtemps. Lui et moi, ça doit s’arrêter. Maintenant. Avant que la douleur soit trop grande, que la plaie de son absence dans ma vie soit si béante que je ne puisse plus cicatriser.

Il est minuit passé lorsque je m’avance en direction de la porte d’entrée de la maison des footballeurs. À travers la fenêtre éclairée, je peux voir des gens danser, d’autres discuter, d’autres rires. Jamais je n’ai eu autant envie de faire demi-tour qu’en cet instant.

Un ricanement sans humour s’échappe de ma gorge. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, je ne loupais aucune de ces soirées, par envie de voir Sander, par désir de le rendre fou. J’aimais être un empêcheur de tourner en rond. L’idée que ma présence le ferait sortir de ses gonds me donnait encore plus envie d’être là. Mais c’était avant que je sache ce qu’il cachait, avant qu’il ne me dise combien il était abîmé. À présent, je voudrais juste tourner les talons et m’enfuir, alors je serre les poings et prends une profonde inspiration. Puis j’entre.

L’avantage d’arriver à une heure aussi tardive, c’est que personne ne fait attention à moi. Tout le monde est trop occupé à discuter, à se dandiner, et à picoler.

Personne ne fait attention. Sauf Sander. Son regard se rive aussitôt sur moi. Nos yeux se rencontrent, les siens s’illuminent brièvement et il n’hésite pas avant de me rejoindre.

— Tu es venu, finalement, déclare-t-il en me souriant.

Je voudrais lui répondre, mais les mots restent coincés dans ma gorge. Parce que j’ai l’impression d’être un enfoiré. Alors, au lieu de l’affronter, j’ôte ma veste et me dirige vers le bar. Peut-être qu’un verre me filera le courage dont je manque.

Malgré le fait que j’ai le dos tourné, je le sens, juste derrière moi. Alors que je m’apprête à lui dire que je suis désolé, que je me comporte comme un connard, des bras m’enserrent le cou et une voix éclate près de mon oreille.

— Putain, pas trop tôt, mec !

Je tourne la tête pour découvrir Scott, les yeux brillants, l’air déjà bien bourré, qui m’entraîne vers notre groupe de potes. Je me laisse faire, docile, sans même jeter un regard en arrière.

— On peut se parler ? demande Sander alors que je suis en pleine conversation avec les gars.

Je hoche la tête. Après tout, il est la raison pour laquelle je me suis pointé, au départ, non ? Même si c’était plus facile de l’oublier, de me perdre dans des conversations faciles. Il tend le bras, comme pour attraper ma main, mais la peur doit se lire sur mon visage parce qu’il le laisse tomber avant de lancer un « Suis-moi » froid et amer qui me suffit à comprendre dans quel état d’esprit il est.

J’obéis, observe son dos aux muscles tendus alors qu’il se fraie un chemin à travers la foule jusqu’à sa chambre, à l’étage. Lorsque la porte claque derrière nous, nous laissant seuls dans cette pièce où nous avons partagé quasiment toutes nos nuits depuis notre retour du camp de vacances, je crois que je peux entendre mon cœur se briser.

Nous nous observons un long moment, dans un silence pesant. Puis Sander prend la parole.

— Je suis perdu, Jer, souffle-t-il.

Je pensais qu’il allait s’énerver, crier, m’en mettre plein la gueule. Cependant, c’est tout le contraire. Sa voix est empreinte d’une telle douleur que je voudrais le prendre dans mes bras et l’embrasser. Mais c’est impossible. Il me suffirait de tendre la main pour le toucher, pourtant j’ai l’impression que des milliers de kilomètres nous séparent l’un de l’autre.

J’aurais préféré les cris. J’aurais préféré la colère. J’aurais peut-être su comment la gérer. Face au type paumé qui se tient en face de moi, j’ai l’impression d’être totalement impuissant. Et tout est ma faute. Alors je reste là, les bras ballants, à chercher quoi répondre. Chaque mot semble mourir dans ma gorge avant de pouvoir franchir le barrage de mes lèvres.

— Parle-moi, s’il te plaît.

— Je…

Ma voix est enrouée. Je secoue la tête avant de faire une nouvelle tentative. Je lui dois bien ça.

— Je ne suis pas prêt, Sander, avoué-je en baissant la tête, incapable d’affronter son regard. Je pensais finir par l’être. Je voulais tellement que ce soit le cas… Mais… Je ne peux pas. Je ne peux pas t’offrir ce que tu attends de moi. Et ça me tue, putain. Ça me tue parce qu’être avec toi, c’était l’une des plus belles choses qui me soient arrivées. Et je…

Je m’arrête pour reprendre mon souffle.

— Je voudrais te promettre de changer, même si ça me prend du temps, mais j’en suis incapable. Je ne suis pas comme toi. Je ne suis pas suffisamment fort pour ça. Pour dévoiler qui je suis, au risque de foutre en l’air ma carrière. Je ne peux pas. Je…

Je me tais en sentant le corps de Sander tout près du mien, et cesse de respirer lorsqu’il saisit mon menton entre ses doigts pour m’obliger à lever la tête. Ses yeux s’ancrent aux miens, tandis que je sens des larmes pointer derrière mes paupières. Soudain, sa bouche se pose contre la mienne. Il m’embrasse avec une telle tendresse que c’en est presque insupportable. Et moi, je me laisse totalement aller dans ce baiser, je lui offre tout ce que je suis capable de lui donner, même si ce n’est pas grand-chose.

Lorsqu’il glisse ses mains sous mon tee-shirt pour effleurer ma peau, je frissonne et le laisse faire volontiers. Nous ne parlons plus, nous laissons nos corps prendre le relais. Nous nous embrassons sans jamais nous arrêter, nous nous caressons, partageant nos soupirs et nos gémissements. Dans un silence presque religieux, nous faisons l’amour, avec tendresse, lentement, comme pour prolonger la nuit.

Je me noie dans son étreinte, je me gorge de chacun de nos baisers, de chacune de nos caresses. Je ferme les yeux, pour mieux ressentir, pour mieux m’imprégner de cet instant qui signe notre fin.

Après avoir joui, il referme ses bras autour de moi. Son corps puissant et chaud forme un cocon protecteur. Je pose ma main sur son cœur et l’embrasse, chuchotant contre ses lèvres ces quelques mots que je ne peux plus lui refuser.

— Je t’aime, Sander.

Ses yeux brillent, parfait reflet des miens. Et mon cœur saigne de cette perte que je ne suis pas sûr de savoir gérer, d’autant plus lorsqu’il ôte une mèche de cheveux de mon visage avant de déposer le plus aérien des baisers sur mon front et de murmurer à son tour :

— Je t’aime aussi.

 

1. Le Frozen Four regroupe les demi-finales et la finale du championnat NCAA (National

Collegiate Athletic Association) qui est le championnat universitaire.

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