Les dieux du campus Tome 2 - Sander

F.V. Estyer · Chapitre 32 sur 44

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Les dieux du campus Tome 2 - Sander

31 - Sander

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SANDER

 

Une musique assourdissante me réveille le jour de la reprise après les vacances de printemps. Légèrement désorienté, je finis par comprendre que Dante a encore trafiqué le volume de son réveil sans s’en rendre compte. Habitué, je pourrais parier que ça ne le réveillera pas alors qu’il a la tête juste à côté.

— Dante ! grogné-je avant de hausser le ton pour qu’il ait une chance de m’entendre. Dante, putain ! Ta musique !

Rien n’y faisant, je ramasse tout ce qui me tombe sous la main à côté de mon lit pour le balancer contre le mur que je partage – malheureusement – avec mon frère jumeau. Tout y passe : chaussures, livres de bio, ballon de foot. Sans effet.

Je suis à deux doigts de me lever pour faire comprendre à mon frère à quel point je suis énervé – ce qui, me concernant, n’est jamais une bonne idée – quand des coups retentissent violemment contre la porte de mon frangin.

— Bordel, Dante ! hurle Knox.

La technique semble beaucoup plus efficace que mes tentatives désespérées, j’entends en effet mon frère grogner un « Désolé ». Le silence qui s’ensuit me fait pousser un soupir de soulagement. Je déteste ce genre de réveil en fanfare.

Comme s’il sentait ce dont j’ai besoin, Jeremiah se colle à moi en poussant un petit gémissement de bien-être que je ne me lasserai jamais d’entendre. Lui aussi s’est à peine réveillé malgré ce brouhaha.

— Ton frère est du genre bruyant, le matin ? me demande-t-il d’une voix encore ensommeillée.

— J’ai cru que tu n’avais pas entendu, m’étonné-je en soulevant le bras pour qu’il puisse poser sa tête sur mon torse.

— Comment j’aurais fait pour ne pas entendre ?

— Tes yeux sont encore fermés et tu as l’air franchement endormi, pour tout te dire.

Un léger sourire étire ses lèvres, mais il n’a toujours pas ouvert les paupières.

— C’est mon superpouvoir, plaisante-t-il.

— Tu veux dire, en plus de celui de me supporter depuis une semaine ?

Il rit doucement en me serrant encore davantage dans ses bras.

— Tu as raison, c’est ça, mon vrai superpouvoir.

Je commence à le chatouiller pour lui faire regretter ses mots. Il se rend très rapidement après s’être tortillé sous mes attaques.

— Je plaisante, bien sûr. Je n’ai pas de superpouvoir. Ma mère m’a eu très jeune, elle n’avait pas fini le lycée. Je n’ai jamais connu mon père. Enfin, je sais qui c’est, mais il n’a jamais fait partie de ma vie. Quand j’ai eu dix ans, ma mère s’est remariée et elle a eu trois autres enfants. Les deux plus petits n’ont que six et quatre ans, donc crois-moi, ça déménage le matin. J’ai pris l’habitude, je pense, c’est tout.

Je suis surpris que Jer me parle de son père soudainement. Il n’en a pas fait mention lorsque nous avons abordé le sujet l’autre soir. Je n’ai pas insisté, devinant qu’il avait sciemment choisi de ne pas l’évoquer. Qu’il le fasse aujourd’hui comme s’il voulait me confier les détails de son passé me fout un coup à l’estomac. Ou y fait naître des papillons, peut-être. Oui, c’est bien ça. Moi, Sander Campbell, j’ai des foutus papillons dans le ventre.

Se demandant sans doute pourquoi je ne dis plus rien depuis un moment, Jeremiah ouvre les yeux. Je me noie immédiatement dans l’immensité bleue qui se trouve derrière ses paupières.

— Salut, soufflé-je, subjugué.

— Salut, me répond-il avec un petit sourire timide.

Je passe une main derrière sa nuque, l’attire à moi, impatient tout à coup de goûter ses lèvres, comme si ça faisait des semaines que j’en étais privé. Un drogué qui a besoin de sa dose de Jer pour fonctionner le matin, voilà en quoi je suis en train de me transformer. Je vais peut-être réussir à me passer de café, finalement. Ça reviendrait à substituer une addiction par une autre, mais celle-ci atteint un niveau de plaisir inégalable.

Je m’empare de sa bouche et l’embrasse comme s’il ne devait pas y avoir de lendemain. Sa langue se faufile entre mes lèvres, danse avec la mienne, et je pousse un soupir de bien-être. Lorsque nous finissons par nous détacher, le sourire timide de Jer s’est transformé en quelque chose de beaucoup plus animal.

— C’est peut-être toi qui as un superpouvoir, finalement, lance-t-il, sa voix un peu rauque.

Il se colle davantage à moi, glisse sa jambe entre les miennes. Son érection effleure la mienne, et je comprends pourquoi il parle de superpouvoir. De ce côté-là, avec lui, je suis infatigable. Je me mords la lèvre pour étouffer un gémissement et secoue la tête. Je ne peux tout simplement plus me passer de lui, de son corps contre le mien quand je me réveille. Ça m’effraie parfois un peu – souvent même – et ça me surprend complètement venant de moi-même. J’avais érigé tellement de barrières autour de moi après la mort de Parker qu’il me paraissait impossible que quelqu’un les fasse tomber un jour. Je m’étais enfermé dans ma petite tour, pour que personne ne s’approche trop, pour ne pas prendre le risque de m’attacher. Puis, Jeremiah est arrivé et il a réussi à tout faire exploser. Je ne sais pas comment il s’y est pris, j’étais bien trop occupé à essayer de le détester. L’important, c’est qu’il soit arrivé à percer cette carapace qui, je m’en rends compte maintenant, commençait à m’étouffer.

— Je suis content que tu sois resté hier soir, avoué-je d’une petite voix.

Nous sommes revenus tard du camp de vacances Campbell. Après avoir fait le trajet en tête à tête avec lui depuis le Tennessee, quand il m’a déposé devant la coloc, je n’arrivais pas à envisager de ne pas voir son visage en me réveillant. Je lui ai donc proposé de rester avec moi pour la nuit, et il a accepté.

— Maintenant que je suis là, répond-il, je crois que je n’ai plus très envie de partir.

— Tu crois ?

— Je veux dire, je n’ai pas très envie de retrouver la réalité, les cours, les entraînements. De ne plus passer toutes mes journées avec toi.

Je suis certain qu’il peut sentir à quel point mon cœur bat fort lorsqu’il prononce ces mots. C’est si intense qu’il doit même l’entendre dans le silence de la chambre.

— Je comprends ce que tu veux dire, mais on est dans la même fac. On pourra sans doute manger ensemble le midi, et se voir le soir.

Quelque chose passe dans son regard, mais c’est tellement fugace que je n’ai pas le temps de l’interpréter. Il baisse les yeux et demande d’une voix si basse que j’aurais presque pu ne pas l’entendre :

— On peut rester ici aujourd’hui ? Juste pour une fois ? On se cache pendant que le reste du monde reprend le cours normal de sa vie.

Je serais tenté de dire oui. Une immense part de moi est à deux doigts de le faire, mais la minuscule part restante me fait comprendre que c’est une manière pour Jer de reculer devant l’obstacle. Il préfère se planquer avec moi, là où aucun élève de la fac ne le verra plutôt qu’affronter la réalité. J’ai toujours été du genre à retirer le pansement d’un coup sec, et je ne suis pas sûr que je lui rendrais service en acceptant.

— J’ai un gros entraînement ce matin, Leander ne me laissera jamais le louper. Tu le connais, il est prêt à venir me chercher par la peau des fesses si je ne me bouge pas.

La déception de Jer est évidente dans son regard. Elle se mêle à d’autres émotions que je ne suis pas sûr de comprendre. La peur ? La résignation ?

— Mais je sais ce qui pourrait te donner un bon petit coup de fouet pour la journée, ajouté-je.

Jer me dévisage d’un air interrogateur. Je ne prends pas le temps de lui expliquer à quoi je pense avant de me glisser sous les couvertures. Son halètement de surprise est immanquable quand je m’installe entre ses cuisses qui s’ouvrent automatiquement, même si les sons me parviennent étouffés là où je suis.

Je glisse une main sous une de ses jambes et admire un instant son sexe érigé, offert pour moi. J’enroule mes doigts autour et passe ma langue sur toute sa longueur. Je prends tout mon temps parce que moi aussi, quelque part, j’aurais envie de passer ma journée ici avec lui. Alors je le déguste plus que je ne le lèche. Je me délecte de sa saveur et des gémissements qui s’échappent de sa bouche. Je suis tellement pris par ce que je fais que j’entends à peine les coups qui retentissent contre ma porte.

— Sander ! Bouge-toi le cul, mec ! On va être en retard à l’entraînement avec tes conneries.

La main toujours enroulée autour de sa queue, je remonte prestement le long de son corps et plaque la paume sur la bouche d’un Jer qui ne s’était pas rendu compte que mon meilleur ami tambourinait à la porte. Il me regarde, les yeux écarquillés. Je mets un doigt sur sa bouche pour lui faire signe de se taire. Pas évident pour lui alors que, sous les couvertures, je continue à le caresser. Je n’ai jamais dit que j’étais fair-play non plus.

— J’en ai que pour quelques minutes, crié-je pour répondre à Leander qui continue à me maudire dans le couloir.

— Si tu n’es pas en bas dans cinq minutes, on se barre sans toi !

L’oreille tendue, j’attends de l’entendre s’éloigner pour me retourner vers Jer.

— Tu l’as entendu ? Cinq minutes ! J’ai toujours adoré les challenges !

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