Les dieux du campus Tome 2 - Sander

F.V. Estyer · Chapitre 4 sur 44

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Les dieux du campus Tome 2 - Sander

3 - Sander

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SANDER

 

La lumière filtre à peine à travers les stores de ma chambre au moment où j’ouvre un œil. La douleur lancinante qui me vrille le crâne m’empêche de réfléchir correctement. Nyx s’est vraiment lâchée sur la tequila dans ses margaritas, cette fois. Ou peut-être est-ce moi qui me suis lâché sur le cocktail hier soir. Une image de moi en train de boire à même le pichet me revient subitement. Oui, clairement c’est moi qui ai un peu abusé.

Après quelques minutes, mon cerveau semble suffisamment opérationnel pour percevoir les bruits de mes potes, en bas, qui doivent bruncher autour de la table de la salle à manger. En me concentrant bien, je crois même détecter l’odeur du café. La perspective du liquide fumant dans mon mug préféré achève de me réveiller. Je m’étire et sursaute presque quand le dos de ma main heurte quelque chose qui n’a rien à faire dans mon lit. Je tourne la tête pour observer le type qui dort encore à côté de moi. Ma gueule de bois est vraiment sans précédent pour que je n’aie pas remarqué sa présence dans mon pieu avant. De vagues souvenirs me reviennent. Si je ne distingue pas son visage, je reconnais le tatouage tribal qui orne son épaule droite et une partie de son dos. C’est sans aucun doute le type que j’ai baisé hier.

Un grognement sourd s’échappe de ma gorge. Je n’ai aucune envie de devoir taper la discussion à ce mec dont je ne me rappelle pas le prénom et qui est loin de m’avoir laissé un souvenir impérissable. Il va vraiment falloir que j’évite Jer à tout prix à partir de maintenant. Ce type m’énerve tellement qu’il me fait faire n’importe quoi. Il s’agirait de prendre vos responsabilités, Sander, m’assène la voix de ma psy dans un petit coin de mon cerveau embrumé. Bla-bla-bla, lui rétorqué-je. Ce n’est jamais bon quand je commence à inventer des conversations avec ma thérapeute, mais c’est quand même mieux que cogner dans un mur. Ou sur quelqu’un. Mais, à l’instant, c’est surtout moi que j’aurais envie de frapper pour avoir laissé ce type passer la nuit dans mon pieu. Ça crée un précédent fâcheux, et j’ai une réputation à tenir.

Prenant mon courage à deux mains, je le secoue par l’épaule dans l’espoir de le réveiller.

— Eh… Euh…

Je me reprends, à deux doigts de l’appeler « Machin ».

— Eh, mec !

Aucune réaction. Je le secoue un peu plus fort, puis encore plus. Il grogne à peine sans même se retourner ni changer de position. Je songe un instant à le pousser de mon lit avant de m’exclamer : « Oups, tu es tombé », mais j’écarte cette idée puérile, même si c’est à contrecœur. Ça finirait par se savoir. Encore cette histoire de réputation.

Mon mal de crâne redouble quand je m’assieds au bord de mon lit. Foutue margarita. J’attrape à tâtons la boîte d’ibuprofène toujours rangée dans le tiroir de ma table de nuit et avale deux comprimés avec l’eau que j’ai apparemment dû aller chercher à un moment de la nuit. Si seulement j’avais pensé à raccompagner Machin jusqu’à la porte par la même occasion…

Après quelques douloureuses minutes, je me lève et décide d’utiliser la manière forte pour me débarrasser de ce type. Mon brunch m’attend et j’ai tendance à être irritable – enfin, plus que d’habitude – quand j’ai faim. J’enfile un pantalon de survêtement et un tee-shirt avant de me diriger jusqu’à la fenêtre près de mon lit. J’ouvre totalement les stores vénitiens, permettant à la pâle lumière de ce premier jour de janvier de tomber pile sur la tête de la Belle au bois dormant. Je me réjouis que le soleil soit de retour, même si je suis certain qu’il fait un froid polaire dehors. Machin grogne et enfouit la tête sous l’oreiller qu’il tient entre ses bras. Je suis sûr qu’il a bavé sur la taie. Je retiens un haut-le-cœur et entame une to-do list mentale : « Laver mes draps. » Tu faisais moins le dégoûté quand il fourrait sa langue jusqu’à tes amygdales, hier soir, mon petit Sander, ne puis-je m’empêcher de me dire à moi-même. Je suis certain qu’on a fait des trucs bien plus intimes qu’échanger un peu de salive, mais quand je disais qu’il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, c’était littéral. La margarita a effacé ma mémoire. De cette nuit, je ne garde que le vague souvenir de ce tatouage tribal qui flotte devant mes yeux. Et même ça, ça reste très flou. J’ai vraiment fait fort. J’ai une gueule de bois d’anthologie, je me fais chier à devoir virer cet inconnu de mon lit, et je ne me souviens même plus l’avoir baisé.

Quand ledit inconnu ne semble plus incommodé par la lumière du jour qui lui arrive en pleine figure, et paraît se rendormir, je prends le taureau par les cornes et ouvre ma fenêtre en grand. S’il ne veut pas se choper des engelures sur le bout de la bite, il va fatalement falloir qu’il se lève.

Appuyé contre le mur, j’attends patiemment que le courant d’air glacial le fasse réagir. Avec un sourire en coin, je le regarde s’asseoir précipitamment dans mon lit. Il cherche un instant la couette repoussée à ses pieds, mais je suis plus rapide que lui.

— Non, non. Tu n’as plus besoin de ça.

Il me regarde avec un air ahuri. Lui aussi doit avoir du mal à se souvenir de la nuit dernière.

— Bonjour, Cendrillon. Je suis au regret de te dire que ton carrosse est parti sans toi. Ta robe de bal se trouve sur la chaise juste là. Je te laisse te rhabiller, la porte de sortie est juste en bas de l’escalier.

Il se frotte le visage. Mes mots doivent tourner dans son cerveau aussi embrumé que le mien.

— Pas très prince Charmant de ta part de me foutre à la porte comme ça, finit-il par grogner.

Je me dirige vers la porte en éclatant de rire.

— Tu as confondu, le prince Charmant de cette maison dort dans la chambre à côté, mais malheureusement pour toi, et pour moi, il a déjà trouvé sa Blanche-Neige.

Je ris tout seul. Nyx va être ravie de ce nouveau surnom.

— Ne m’en veux pas si je ne te raccompagne pas, hein.

Sans scrupule, je referme la porte derrière moi et me laisse guider par l’odeur du café, des pancakes et des œufs brouillés. Un bon brunch plein de graisse et de calories, rien de tel pour se remettre d’une gueule de bois.

Je descends les marches d’un pas presque léger et pénètre dans la salle à manger en lançant un tonitruant « Bonne année ! ». Tous mes potes me regardent comme si j’avais mis mes vêtements à l’envers avant d’éclater de rire.

— Pas trop mal à la tête, mec ? me demande Leander en m’attrapant par le cou une fois que je suis assis à côté de lui.

— Nope, mais si tu pouvais arrêter de me crier dans les oreilles, ça serait bien.

— C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité ! Nyx et moi, on a été obligés de mettre des bouchons antibruit pour dormir, cette nuit. Je sais que c’est le revers de la médaille d’avoir une chambre à côté de la tienne, mais quand même. J’espère qu’il en valait la peine.

— Aucune idée, ta dulcinée a dû trop forcer sur la tequila dans le cocktail, je ne me rappelle rien.

— Ma margarita était parfaite, s’offusque cette dernière. Le problème, c’est que tu m’as demandé de t’en refaire.

Je n’ai pas le temps de répondre que des bruits de pas se font entendre dans l’escalier. À mon avis, j’ai dû vexer Machin parce qu’il fait autant de raffut qu’un troupeau de gnous. Il ralentit en passant devant la salle à manger et finit par s’éclipser quand il se rend compte que je ne lui prête aucune attention.

— Encore une victime de notre Sander adoré, se marre Leander, pauvre… C’est comment son prénom, déjà ?

Mon meilleur ami est tourné vers moi, attendant ma réponse.

— Aucune idée.

Toute la tablée éclate de rire, à part Nyx qui me regarde avec inquiétude. Foutu Jeremiah !

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